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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404374

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404374

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantGODDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2024, Mme A C B, représentée par Me Goddet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 12 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé un pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai de huit jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- elle s'est estimée liée par les décisions rejetant sa demande d'asile ;

- les décisions ont été prises en violation du droit d'être entendue ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en ce qu'elle est prise pour l'exécution d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles 1er, 4 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en ce qu'elle est prise sur le fondement d'une mesure d'éloignement elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code précité ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 juin 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme B ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 juillet 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger (). ".

2. Mme B, originaire de Côte d'Ivoire, est entrée en France le 4 septembre 2021 pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 14 novembre 2023. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de deux certificats médicaux émanant de praticiens du centre hospitalier du Vinatier, que Mme B souffre d'un état de stress post-traumatique " d'une extrême sévérité ", trouvant son origine dans son parcours d'asile très éprouvant au cours duquel sa jeune fille de dix ans est décédée en pleine traversée du désert de Lybie et a été abandonnée sur place. Les deux médecins attestent de la nécessité pour Mme B d'être prise en charge via un accompagnement psychologique régulier et un traitement médicamenteux, dont les résultats sont déjà encourageants, et exposent, dans des termes particulièrement circonstanciés, que toute rupture de suivi ou même un simple changement de domiciliation aggraverait considérablement l'état de la requérante. Ils font enfin valoir que Mme B a besoin du soutien de sa sœur, hébergée au même centre d'accueil, qui contribue à l'amélioration de son état psychique, la requérante ayant par ailleurs trouvé sécurité et stabilité auprès de son entourage et de la communauté religieuse qu'elle fréquente. Dans ces circonstances particulières, l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de Mme B est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle. Elle doit donc être annulée, de même que, par voie de conséquence, les décisions accordant un délai de départ volontaire de trente jours, fixant un pays de destination et interdisant à Mme B de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

3. Le présent jugement implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la préfète du Rhône délivre une autorisation provisoire de séjour à Mme B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requérante. En revanche, il ne ressort pas des termes de cet article L. 614-16, pas plus que d'aucune autre disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette autorisation provisoire de séjour doive permettre l'exercice d'une activité professionnelle.

4. Le présent jugement implique également que la préfète du Rhône procède à l'effacement du signalement de Mme B dans le système d'information Schengen. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions de la préfète du Rhône du 12 avril 2024 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à Mme B une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai de quinze jours suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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