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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404416

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404416

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2024, M. A B, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 9 février 2024 par lesquelles le préfet de l'Ardèche a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, et l'a obligé à se présenter trois fois par semaine auprès des services de la brigade de gendarmerie d'Annonay pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Ardèche de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir sous cinq jours d'un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions précédentes ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions précédentes ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions précédentes ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de se présenter aux services de police :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions précédentes ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clément, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant kosovien né le 12 avril 1986, est entré irrégulièrement en France le 11 octobre 2020. Il a fait l'objet, suite au rejet de sa demande d'asile, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français du 6 octobre 2021 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Lyon le 10 janvier 2022. L'intéressé a sollicité le 13 juillet 2023 la délivrance d'un titre de séjour qui lui a été refusée par une décision du 7 août 2023 assortie d'une obligation de quitter le territoire français et d'une interdiction de territoire. Par un jugement du 30 janvier 2024, le tribunal administratif de Lyon a annulé les décisions du 7 août 2023 et a enjoint au préfet de l'Ardèche de procéder au réexamen de la situation du requérant. Par des décisions du 9 février 2024, le préfet de l'Ardèche a à nouveau refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a obligé à se présenter trois fois par semaine auprès des services de la brigade de gendarmerie d'Annonay pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les raisons pour lesquelles M. B ne peut obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement, indiquant à cet égard que son épouse, de même nationalité que lui, est en situation irrégulière, qu'il ne démontre pas être dépourvu de toutes attaches dans son pays d'origine, où la cellule familiale pourra se reconstituer, et qu'il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière sur le territoire français ni d'une quelconque ancienneté ou qualification. En tout état de cause, alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, la circonstance que la décision ne fasse pas état de l'inscription au répertoire Sirene d'une activité de design par le requérant ou du contrat à durée indéterminée signé quelques jours avant l'édiction de l'acte attaqué, qui ne révèle aucun défaut d'examen préalable réel et sérieux, n'est pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation. Par suite, la décision en litige comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L.423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. M. B fait valoir qu'il vit en France avec son épouse et leurs cinq enfants, qui y sont scolarisés et qu'il craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine en raison d'un conflit foncier qui aurait causé la mort de son père et de son frère. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré récemment en France le 11 octobre 2020, avec son épouse et ses enfants, et a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait et dont la légalité a été confirmée par les juridictions administratives. En outre, sa demande d'asile a été rejetée et il ne produit aucun élément de nature à caractériser ses craintes alléguées pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, et ainsi l'impossibilité d'y poursuivre sa vie privée et familiale ainsi que la scolarité de ses enfants. Enfin, ni le fait que le couple ait acquis un appartement à Annonay, ni les attestations produites relatives à l'intégration scolaire des enfants ainsi qu'un contrat à durée indéterminée en qualité de mécanicien automobile, signé seulement douze jours avant l'édiction de la décision attaquée, et un justificatif d'inscription au répertoire Sirene pour une activité dans le domaine du design ne sauraient caractériser une intégration sociale et professionnelle particulière de la famille en France. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur des enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. En l'absence d'autre élément, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Eu égard aux motifs exposés au point 4, et en l'absence d'autre élément, le préfet de l'Ardèche n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que M. B ne justifiait ni de circonstances humanitaires ni de motifs exceptionnels, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de l'Ardèche a pu refuser de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur ce fondement.

7. Par ailleurs, s'agissant de l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, il ressort des pièces du dossier que M. B exerce une activité salariée dans l'entreprise " Pneus d'occasion " comme mécanicien automobile depuis le 1er février 2024 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée et qu'il a inscrit au répertoire Sirene une entreprise spécialisée dans les activités de design le 21 avril 2023. Toutefois, le requérant, qui n'exerce une activité salariale que depuis huit jours à la date de la décision attaquée et qui ne justifie pas d'une activité entrepreneuriale effective, ne saurait être considéré comme faisant état d'un quelconque motif exceptionnel, au regard de son expérience et de ses qualifications, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " salarié ". Par suite, le préfet de l'Ardèche n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 précité en lui refusant une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, en l'absence d'argumentation distincte, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions précédentes à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. En se bornant à faire valoir qu'il craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine en raison d'un conflit foncier et en absence de toute pièce produite à l'appui de ces affirmations en dehors du témoignage de sa fille, M. B, dont la demande d'asile a été rejetée, n'établit pas qu'il serait susceptible d'être personnellement soumis à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écartés.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions précédentes à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions précédentes à l'encontre de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

16. Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de M. B, qui s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Ardèche, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la décision portant obligation de se présenter aux services de police :

17. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions précédentes à l'encontre de la décision portant obligation de se présenter aux services de police.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".

19. La seule circonstance que la décision en litige ne mentionne pas explicitement la durée pendant laquelle elle est légalement applicable ne suffit pas à établir qu'elle méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que, selon les dispositions précitées, cette durée ne peut excéder celle du délai de départ volontaire qui a été accordé aux étrangers faisant l'objet d'une mesure d'éloignement.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Rizzato, première conseillère,

Mme Duca, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

C. Rizzato

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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