mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2404447 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, Mme C E épouse D, représentée par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser, à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est entaché d'incompétence dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à le signer ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'un arrêté de réadmission à destination de l'Italie ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ses stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, elles-mêmes illégales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, elles-mêmes illégales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en se fondant, à tort, sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle disposait d'un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de son principe et de sa durée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux, conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante de Mongolie née le 27 juin 1984, déclare être entrée en France le 15 novembre 2011, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Elle a présenté une demande de reconnaissance de la qualité de réfugié, qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 17 juillet 2012, confirmée le 26 février 2013 par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile. Le 13 septembre 2012, elle a fait l'objet d'une décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, confirmée par le tribunal administratif de Lyon le 28 mars 2013, et par la cour administrative d'appel de Lyon le 24 avril 2014. Le 13 mai 2014, elle a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Le 18 septembre 2015, elle a bénéficié d'un titre de séjour en tant qu'accompagnant d'étranger malade, valable jusqu'au 17 septembre 2016, mais dont le renouvellement a été refusé par une décision du 16 décembre 2016, accompagnée d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, confirmée par le tribunal administratif de Lyon le 4 avril 2017, et par la cour administrative d'appel de Lyon le 18 septembre 2017. Par un dossier déposé en préfecture le 11 mai 2018, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposées à l'article L. 423-23, et de l'article L. 313-14 du même code, transposées à l'actuel article L. 435-1. Par un jugement du 7 juin 2022, le tribunal administratif de Lyon a annulé la décision implicite de rejet relative à cette demande et a enjoint au préfet du Rhône de réexaminer la situation de Mme D. Le 8 février 2024, la commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressée. Par l'arrêté attaqué du 4 avril 2024, la préfète du Rhône a refusé de délivrer à Mme D le titre demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays d'origine ou tout pays pour lequel elle établit être légalement admissible comme pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône, en date du 21 mars 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 69-2024-084, et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. D'une part, si, s'agissant de ses liens personnels et familiaux, Mme D se prévaut d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis le mois de novembre 2011, ainsi que de la présence à ses côtés de son époux et de leurs trois enfants, il ressort toutefois des pièces du dossier que son époux fait également l'objet d'une décision de refus de titre de séjour et d'expulsion du territoire français. De plus, bien que le plus jeune de ses enfants soit né en France le 24 septembre 2013, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un de ses enfants ait la nationalité française. Il s'ensuit que la famille nucléaire de la requérante n'a pas vocation à se maintenir sur le territoire français et Mme D ne se prévaut d'aucune autre relation familiale ou amicale en France. Si elle soutient avoir quitté son pays d'origine en 2004, et ne pas y être retourné depuis, il ressort toutefois des pièces du dossier que son deuxième enfant est né en Mongolie le 20 avril 2011 et elle ne conteste pas que, comme le mentionne la décision attaquée, ses parents et ses frères et sœurs résident actuellement dans son pays d'origine. En outre, la circonstance qu'elle ait résidé pendant neuf années sous couvert de récépissés de demandes d'asile et de titres de séjour ne saurait suffire à qualifier sa présence sur le territoire français de régulière pendant cette période, alors qu'elle avait notamment fait l'objet d'un refus de renouvellement de son titre de séjour en tant qu'accompagnante d'étranger malade le 16 décembre 2016 et que le précédent titre de séjour obtenu sur ce fondement ne lui donnait pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Elle ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulièrement stable, ancienne et intense en France par les seules circonstances qu'elle ait suivi des cours de français, exercé quelques activités professionnelles en tant qu'extra à durée déterminée en 2016, et qu'elle détienne une promesse d'embauche en date du 6 novembre 2021, non accompagnée d'une demande d'autorisation de travail. Il n'est pas davantage établi que ses trois enfants, qui sont scolarisés en France, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Mongolie, où l'ensemble de la cellule familiale pourra se reconstituer. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision attaquée ne porte pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme D.
5. D'autre part, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que la préfète du Rhône se serait fondée pour la circonstance que Mme D représenterait une menace pour l'ordre public pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait concernant la menace qu'elle représenterait pour l'ordre public doit être écarté comme inopérant.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
7. La situation personnelle et familiale de Mme D, telle qu'elle a été exposée au point 4, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, en l'absence d'argumentation distincte sur ce point, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Rhône a pu refuser d'admettre, à titre exceptionnel, Mme D au séjour.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
9. Si la requérante fait état de la scolarisation de ses trois enfants sur le territoire français, il résulte de ce qui a été indiqué au point 4 qu'elle ne soutient pas que la scolarisation de ses enfants ne pourrait pas être poursuivie dans son pays d'origine. Ainsi, dès lors qu'il n'est pas contesté que la cellule familiale de la requérante pourra se constituer en Mongolie, la décision en cause n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer les enfants mineurs de leurs parents. La circonstance qu'un de ses enfants soit né sur le territoire national, sans avoir la nationalité française à la date de la décision attaquée, est à cet égard sans influence. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit ainsi être écarté.
10. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme D aurait fait l'objet d'un arrêté de réadmission vers l'Italie le 6 juillet 2018, comme le mentionne pourtant la décision attaquée. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la préfète du Rhône a commis une erreur de fait en motivant son refus de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le constat qu'elle n'aurait pas exécuté l'arrêté de réadmission susmentionné. Toutefois, dès lors que la décision en litige se fonde également sur la circonstance que Mme D ne remplit pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces seuls motifs, qui sont quant à eux fondés comme il a été dit plus haut, suffisent à motiver le bien-fondé de la décision en litige. Par suite, la préfète du Rhône a pu se fonder sur ces dispositions pour refuser d'accorder à M. D un titre de séjour.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité, et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
12. En second lieu, en l'absence d'argumentation distincte, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pourront être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 9.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
14. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités, et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
16. Si la décision portant interdiction de retour sur le territoire français cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort toutefois des termes mêmes de cette décision que la préfète du Rhône, qui utilise le verbe " pouvoir ", ne s'estimait pas en situation de compétence liée et a ainsi apprécié l'opportunité de prononcer une telle décision à l'encontre de Mme D conformément aux dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, concernant la situation des étrangers pour lesquels la décision portant obligation de quitter le territoire français a été assortie d'un délai de départ volontaire. Par conséquent, l'erreur matérielle consistant à citer l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est sans incidence sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français attaquée. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut être accueilli.
17. En troisième lieu, en l'absence d'argumentation spécifique sur ce point, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté compte tenu des circonstances exposées au point 4.
18. En quatrième lieu, en l'absence d'argumentation spécifique sur ce point, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté compte tenu des circonstances exposées au point 9.
19. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
20. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
21. La requérante soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois est disproportionnée tant dans son principe que dans sa durée. Toutefois, ainsi qu'il a été précisé au point 4, l'intéressée ne justifie d'aucune vie privée et familiale particulière sur le territoire national, où son conjoint et elle-même résident irrégulièrement, et dont leurs enfants ne possèdent pas la nationalité française. Si le benjamin de leurs enfants y est né, cette seule circonstance ne saurait faire bénéficier l'intéressée d'un quelconque droit au séjour, dès lors que ses enfants ont tous vocation à l'accompagner lors de son retour dans son pays d'origine. Par ailleurs, si la requérante fait état de la durée de sa présence sur le territoire français et de ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, ces seuls éléments ne font pas obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'elle a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme D a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, ainsi que de diverses condamnations, dont une en 2014 et une en 2021 pour des faits de vol en réunion. Par suite, la préfète du Rhône, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de vingt-quatre mois.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, épouse D et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Jorda, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
J. Le Roux
La présidente,
A-S. Bour
La greffière,
C. Touja
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026