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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404467

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404467

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2024, M. C D, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'un an mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4 °) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros TTC à verser, à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à le signer ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait au regard des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ses stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, elles-mêmes illégales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, elles-mêmes illégales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en se fondant, à tort, sur les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il disposait d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de son principe et de sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 11 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 13 août 2024.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant de Mongolie né le 2 janvier 1983, déclare être entré en France le 15 novembre 2011, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Il a présenté une demande de reconnaissance de la qualité de réfugié, qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 17 juillet 2012, confirmée le 26 février 2013 par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile. Le 13 septembre 2012, il a fait l'objet d'une décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, confirmée par le tribunal administratif de Lyon le 28 mars 2013, et par la cour administrative d'appel de Lyon le 24 avril 2014. Le 23 octobre 2014, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade, qui lui a été accordé pour une durée d'un an à compter du 18 septembre 2015, mais dont le renouvellement a été refusé par une décision du 16 décembre 2016, confirmée par le tribunal administratif de Lyon le 4 avril 2017, et la cour administrative d'appel de Lyon le 18 septembre 2017. Par un dossier déposé en préfecture le 11 mai 2018, M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposées à l'article L. 423-23. Par un jugement du 7 juin 2022, le tribunal administratif de Lyon a annulé la décision implicite de rejet relative à cette demande et a enjoint au préfet du Rhône de réexaminer la situation de M. D. Le 8 février 2024, la commission du titre de séjour a rendu un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressé. Par l'arrêté attaqué du 4 avril 2024, la préfète du Rhône a refusé de délivrer à M. D le titre demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé son pays d'origine ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible comme pays de destination et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône, en date du 21 mars 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 69-2024-084, et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ". Lorsque l'administration oppose le motif de menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à une demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

5. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. D, la préfète du Rhône s'est fondée sur deux motifs tirés, d'une part, de l'absence de justification d'une vie privée et familiale suffisamment ancienne, stable et intense sur le territoire français et, d'autre part, de la menace que sa présence en France constitue pour l'ordre public.

6. D'une part, si, s'agissant de ses liens personnels et familiaux, M. D se prévaut d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis le mois de novembre 2011, ainsi que de la présence à ses côtés de son épouse et de leurs trois enfants, il ressort toutefois des pièces du dossier que son épouse fait également l'objet de décisions de refus de titre de séjour et d'expulsion du territoire. De plus, bien que le plus jeune de ses enfants soit né en France le 24 septembre 2013, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait la nationalité française. Il s'ensuit que la famille nucléaire du requérant n'a pas vocation à se maintenir sur le territoire français, et M. D ne se prévaut d'aucune autre relation familiale ou amicale en France. Par ailleurs, s'il soutient avoir quitté son pays d'origine en 2004, et ne pas y être retourné depuis, il ressort cependant des pièces du dossier que son deuxième enfant est né en Mongolie le 20 avril 2011 et il ne conteste pas que, comme en dispose la décision attaquée, ses parents et ses frères et sœurs résident toujours dans son pays d'origine. La circonstance qu'il ait résidé pendant six années sous couvert de récépissés de demande de titre de séjour ne permet pas de regarder sa présence sur le territoire français comme régulière pendant cette période, et les titres de séjour obtenus pour raison de santé ne donnent pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Enfin, s'il soutient avoir suivi une formation professionnelle et continuer à souffrir de problèmes de santé, il n'en atteste aucunement. La seule circonstance qu'il ait suivi des cours de français ne saurait suffire à démontrer une insertion professionnelle ou sociale particulièrement stable, ancienne et intense en France. Il n'est pas davantage établi que ses trois enfants, qui sont scolarisés en France, ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Mongolie, où l'ensemble de la cellule familiale du requérant pourra se reconstituer. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la décision attaquée ne porte pas, au regard des buts poursuivis, une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. D.

7. D'autre part, M. D, qui soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, doit être regardé comme soulevant un moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise la préfète du Rhône concernant la menace qu'il constituerait pour l'ordre public. Le requérant ne conteste en effet pas que, comme en dispose la décision attaquée, il a fait l'objet d'un rappel à la loi le 20 février 2012 pour recel de bien provenant d'un vol, ainsi que le 9 février 2018 pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant conjoint, et qu'il a été condamné à 300 euros d'amende le 14 février 2018 pour circulation d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance, puis à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits identiques et sans permis, et enfin à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour réitération de ces mêmes faits. Toutefois ces condamnations, qui sont antérieures d'au moins cinq ans à la date de la décision attaquée, ne suffisent pas, à elles seules, à faire regarder la présence de M. D sur le territoire français comme constituant une menace actuelle pour l'ordre public. Par suite, en considérant que le requérant présentait une menace pour l'ordre public et en refusant, pour ce motif, de renouveler son titre de séjour, la préfète du Rhône a commis une erreur d'appréciation. Néanmoins, dès lors que la décision en litige se fonde également sur la circonstance que M. D ne remplit pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce seul motif, qui est fondé comme il a été dit au point précédent, suffit à fonder la décision en litige.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

9. La situation personnelle et familiale de M. D, telle qu'elle a été exposée au point 6, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, en l'absence d'élément spécifique sur ce point, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Rhône a pu refuser d'admettre, à titre exceptionnel, M. D au séjour.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

11. Si le requérant fait état de la scolarisation de ses trois enfants sur le territoire français, il résulte de ce qui a été indiqué au point 6 qu'il ne soutient pas que la scolarisation de ses enfants ne pourrait pas être poursuivie dans son pays d'origine. Ainsi, dès lors qu'il n'est pas contesté que la cellule familiale du requérant pourra se reconstituer en Mongolie, la décision en cause n'a ni pour objet, ni pour effet, de séparer les enfants mineurs de leurs parents. La circonstance qu'un des enfants de M. D soit né sur le territoire national, sans avoir la nationalité française à la date de la décision attaquée, est à cet égard sans influence. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit ainsi être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

13. En second lieu, en l'absence d'argumentation distincte, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant pourront être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 11.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

15. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités, et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités, et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

17. En deuxième lieu, si la décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort toutefois des termes mêmes de cette décision que la préfète du Rhône, qui utilise le verbe " pouvoir ", ne s'est pas estimée en situation de compétence liée mais a apprécié l'opportunité de prononcer une telle décision à l'encontre de M. D, conformément aux dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, concernant la situation des étrangers pour lesquels la décision portant obligation de quitter le territoire français a été assortie d'un délai de départ volontaire. Par conséquent, l'erreur matérielle consistant à citer l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tout en reprenant les termes et en appliquant les dispositions de l'article L. 612-8 du même code, est sans incidence sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français attaquée. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

18. En troisième lieu, en l'absence d'argumentation spécifique sur ce point, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté compte tenu des circonstances exposées au point 6.

19. En quatrième lieu, en l'absence d'argumentation spécifique sur ce point, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté compte tenu des circonstances exposées au point 11.

20. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

21. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

22. Le requérant soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois est disproportionnée tant dans son principe que dans sa durée. Toutefois, ainsi qu'il a été précisé au point 6, l'intéressé ne justifie d'aucune vie privée et familiale particulière sur le territoire national, où ils résident irrégulièrement avec sa compagne, et dont leurs enfants ne possèdent pas la nationalité française. Si le benjamin de leurs enfants y est né, cette seule circonstance ne saurait faire bénéficier l'intéressé d'un quelconque droit au séjour, dès lors que ses enfants ont tous vocation à l'accompagner lors de son retour dans son pays d'origine. De plus, si le requérant fait état de la durée de sa présence sur le territoire français et soutient ne pas constituer une menace pour l'ordre public, ces seuls éléments ne font pas obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français, dès lors qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, et alors même que M. D ne représente pas une menace pour l'ordre public, la préfète du Rhône, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de vingt-quatre mois.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées. Il en est de même des conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

J. Le Roux

La présidente,

A-S. Bour

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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