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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404629

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404629

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mai et 29 octobre 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. C E, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 12 février 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- le signataire des décisions attaquées ne justifie pas de sa compétence ;

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation en ce qu'elle ne prend pas en compte la demande qu'il a présentée au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dans la qualification du caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité ;

- compte tenu de sa situation personnelle sur le territoire français, elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- compte tenu du caractère exceptionnel de sa situation, elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire :

- compte tenu de sa situation particulière sur le territoire français, elle méconnaît les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois :

- compte tenu de sa situation personnelle, l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la durée de cette interdiction présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire, enregistré le 11 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chenevey, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant comorien né le 21 mars 1980, est arrivé en France, selon ses déclarations, en 2016. Il a présenté le 10 octobre 2023 une demande de titre de séjour auprès de la préfecture de l'Ain. Il demande au tribunal d'annuler les décisions du 12 février 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

2. M. D A, directeur de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain, qui a signé les décisions attaquées, a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de l'Ain en date du 11 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 13 décembre 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne notamment l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les éléments de la vie privée et familiale du requérant qui ont conduit la préfète de l'Ain a rejeté la demande de titre de séjour présentée en application des dispositions de cet article. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droits et de faits qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en cours de l'instruction de la demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un mail du 31 janvier 2024, M. E a précisé qu'il entendait subsidiairement demander un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 435-1 du même code. Cette demande, à laquelle la préfète de l'Ain n'a pas répondu par sa décision attaquée du 12 février 2024, a par suite donné lieu à un refus implicite de titre de séjour. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en s'abstenant, par cette décision, d'examiner cette demande subsidiaire, la préfète a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

5. En troisième lieu, par un jugement du 15 juin 2023, le tribunal judiciaire de Lorient a annulé la reconnaissance de paternité de l'enfant né le 11 juin 2018 effectuée par M. E le 1er mars 2019, qui a reconnu ne pas être le père de l'enfant. En qualifiant de frauduleuse cette reconnaissance de paternité, la préfète de l'Ain n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit ou d'appréciation, et ce quelle que soit, pour l'application de dispositions du code pénal, la qualification juridique donnée par la Cour de cassation à des faits commis par une personne ayant effectué une reconnaissance de paternité tout en sachant ne pas être le père biologique de l'enfant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. M. E fait valoir qu'il était présent sur le territoire français depuis huit années à la date de la décision attaquée, que sa vie privée et familiale se situe désormais en France et qu'il est intégré professionnellement. Toutefois, le titre de séjour dont il disposait depuis le 29 juillet 2020 est venu à expiration le 28 juillet 2022 et il s'est depuis lors maintenu irrégulièrement sur le territoire, jusqu'à sa demande du 10 octobre 2023, date à laquelle un récépissé lui a été délivré. Par ailleurs, M. E est célibataire et la reconnaissance de paternité de l'enfant né le 11 juin 2018 qu'il avait effectuée a été annulée par le tribunal judiciaire de Lorient, par un jugement du 15 juin 2023, ainsi qu'il a été dit précédemment. Le requérant ne verse au dossier aucun élément pour établir qu'il entretiendrait des liens avec cet enfant depuis la séparation du couple qu'il formait avec sa mère, intervenue en août 2020. Enfin, il n'établit pas avoir développé une vie privée en France, ni ne plus avoir de liens avec son pays d'origine, où il a passé la majeure partie de son existence. Dans ces conditions, et malgré de bonnes perspectives d'insertion professionnelle, démontrées par les nombreux contrats de travail et bulletins de paye versés au dossier, les circonstances précitées ne sont pas de nature à permettre d'établir que le refus de titre de séjour qui lui a été opposé porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Cette dernière n'est donc pas contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4 ci-dessus, la préfète de l'Ain n'a pas répondu, par la décision en litige, à la demande de titre de séjour présentée par M. E sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article est dès lors inopérant.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

9. Les circonstances citées au point 7 ci-dessus ne sont pas de nature à permettre d'établir que l'obligation de quitter le territoire français qui a été opposée au requérant porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Cette dernière n'est donc pas contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

11. Eu égard à la durée de sa présence sur le territoire français et à l'absence de justification d'une vie privée et familiale particulière en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois qui lui a été opposée présente un caractère disproportionné et méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'illégalité et doivent être annulées. Les conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par le conseil du requérant au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et à la préfète de l'Ain.

Copie en sera adressée à Me Vray.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024

Le président-rapporteur,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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