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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404828

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404828

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBECHAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 mai 2024, M. F D demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 16 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent le droit d'être entendu ;

- les articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont méconnus et la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de sa situation en Italie ;

- la décision de refus de délai de départ est illégale dès lors que la préfète a appliqué " mécaniquement " les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans envisager l'existence de circonstances particulières ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La préfète du Rhône a présenté des pièces qui ont été enregistrées les 21 et 22 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, première conseillère, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 mai 2024, Mme Reniez, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bechaux, avocate, représentant M. A D, qui abandonne le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées et qui soutient, s'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire, d'une part, qu'il n'existe pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement dès lors que la demande de réadmission n'a été refusée qu'en raison de la tardiveté de cette demande et que l'intéressé a demandé l'achat d'un billet pour aller en Italie et d'autre part que l'intéressé a purgé sa peine ;

- les observations de M. A D, assisté de Mme C, interprète en langue espagnole ;

- les observations de Mme B, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant de la République Dominicaine, conteste les décisions du 16 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les décisions litigieuses comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal des services de police du 5 avril 2024, que M. A D a présenté des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Il a au cours de cette audition été informé que la préfète était susceptible de prendre à son encontre une mesure d'éloignement à destination du pays dont il a la nationalité ou d'un pays vers lequel sa réadmission serait possible et il a été invité à présenter ses observations. Il a été mis en mesure de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur les mesures envisagées avant qu'elles n'interviennent. Dans ces conditions, M. A D n'a pas été privé du droit d'être entendu et de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. A D, a procédé à un examen particulier de sa situation, au regard notamment des observations de l'intéressé, avant d'édicter les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A D a fait l'objet le 18 avril 2024 d'une décision de remise aux autorités italiennes sous réserve de l'accord de réadmission de ces autorités. Les autorités italiennes ont toutefois refusé le 16 mai 2024 la réadmission de l'intéressé sur leur territoire. Contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète n'était pas tenue de demander aux autorités italiennes de réexaminer la possibilité de réadmettre l'intéressé dans leur pays alors que leur refus date du jour même de la décision attaquée et que le requérant ne fait valoir aucun élément nouveau. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 621-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de l'intéressé sur le territoire italien doivent être écartés.

8. En dernier lieu, aux termes de de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète du Rhône a considéré le risque de soustraction à la mesure d'éloignement établi " en l'absence de circonstances particulières ". Ainsi contrairement à ce que soutient le requérant la préfète a examiné si des circonstances particulières au sens des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile existaient. Le moyen tiré de ce qu'elle aurait appliqué " mécaniquement " les dispositions précitées sans envisager l'existence de circonstances particulières doit dès lors être écarté.

10. D'autre part, pour refuser d'accorder un délai de départ à l'intéressé, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des 1° et 8° de l'article L. 612-3 de ce code. Le requérant a été condamné le 19 octobre 2023 par le tribunal correctionnel de Lyon à une peine d'emprisonnement d'un an pour des faits de " détention non autorisée de stupéfiants ", " transport non autorisé de stupéfiants ", " conduite d'un véhicule sans permis ", " circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance " et " transport sans motif légitime d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B ". Dans ces conditions, même si l'intéressé a purgé sa peine, la préfète a pu à juste titre estimer que la présence de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, il est constant qu'il ne peut justifier d'une entrée régulière en France où il n'a pas sollicité de titre de séjour et il ne conteste pas ne pas justifier d'un hébergement stable. Le requérant fait valoir qu'un délai de départ volontaire aurait dû lui être accordé pour qu'il puisse repartir en Italie où il est titulaire d'un titre de séjour, la demande de réadmission n'ayant été refusée qu'en raison de la tardiveté de cette demande. Il fait également valoir qu'il a précisé ne pas avoir l'intention de se maintenir en France et indique, sans toutefois l'établir, avoir demandé l'achat d'un billet pour aller en Italie. Toutefois, il ne justifie pas ainsi de circonstances particulières au sens de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 16 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A D sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D et à la préfète du Rhône.

Lu en audience publique le 22 mai 2024.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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