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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404841

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404841

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404841
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mai 2024, Mme A B, représentée par la SCP Robin-Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer dans le délai de quinze jours un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de procéder dans le délai de deux mois au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- le refus de séjour méconnaît l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 dès lors qu'elle justifie du caractère réel et sérieux des études poursuivies ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité du refus de séjour qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

- l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français et la décision fixant son délai de départ à trente jours sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des nécessités de la formation qu'elle suit ;

- l'illégalité du refus de séjour qui lui est opposé et de l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans le délai de trente jours entache d'illégalité la décision fixant le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui a produit des pièces enregistrées le 18 octobre 2024.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 mars 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Paris le 2 décembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix,

- et les observations de Me Zouine pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante gabonaise née en 2004, Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 23 février 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour présentée en qualité d'étudiante, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. Traduisant un examen de la situation personnelle de la requérante, l'arrêté du 23 février 2024 fait état de façon circonstanciée de la situation administrative et personnelle de Mme B, en particulier du fondement de sa demande de titre de séjour et des motifs pour lesquels, au vu de son parcours universitaire, un refus a été opposé à sa demande. Par suite, les moyens tirés par la requérante du défaut de motivation du refus de titre de séjour en litige et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

3. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992, qui régit seule la situation des ressortissants gabonais sollicitant un titre de séjour en qualité d'étudiant : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre Etat d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable ".

4. Pour rejeter la demande de la requérante tendant au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", la préfète du Rhône s'est fondée, comme il lui appartenait de le faire, sur la nature des études envisagées et l'absence de résultats probants et de progression de l'intéressée dans son cursus universitaire. Si la requérante expose les conditions dans lesquelles elle n'a pu intégrer une école d'infirmière à l'issue de l'année universitaire 2021-2022 et a été amenée en conséquence à s'inscrire en 1ère année de licence de droit au titre de l'année suivante et indique que son inscription au sein d'une formation d'aide-soignante en apprentissage au titre de l'année 2023-2024 s'inscrit dans le cadre de son projet d'exercer un métier dans le secteur de la santé, il est toutefois constant que, comme le relève la décision en litige, la requérante ne justifie d'une inscription au titre de l'année universitaire 2023-2024 que dans une formation de niveau secondaire alors qu'au titre des deux années précédentes, elle était inscrite dans des formations de niveau Bac + 1 qu'elle n'a pas validées. Dans ces conditions et ainsi que le lui oppose la préfète, la requérante ne justifie pas poursuivre des études supérieures. Par suite, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour demandé en qualité d'étudiante, la préfète du Rhône n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Eu égard aux motifs de la décision en litige et à l'objet du titre de séjour qu'elle a sollicité en qualité d'étudiante, Mme B ne saurait utilement se prévaloir de ces stipulations pour soutenir que le refus critiqué porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

7. Si l'intéressée soutient que la préfète du Rhône a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle était engagée dans une formation pour devenir aide-soignante, cette circonstance est insuffisante à elle seule à caractériser une telle erreur alors au demeurant que Mme B, ainsi que l'a relevé la préfète du Rhône, ne justifie pas ne pas pouvoir suivre de telles études dans son pays d'origine.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé et de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet justifie par voie de conséquence l'annulation de la décision fixant le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 23 février 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

A. Lacroix

Le président,

A. Gille La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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