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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404845

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404845

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantALBERTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2024, M. B C A, représenté par Me Albertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Ardèche a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, et de lui délivrer dans le délai de deux mois un titre de séjour lui permettant d'exercer une activité salariée ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros HT sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- le refus de séjour résulte d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le refus de séjour est entaché d'un vice de procédure, faute de consultation de la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est le père d'une enfant de nationalité française et qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de sa fille depuis sa naissance ;

- le refus de séjour et la mesure d'éloignement en litige portent une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'illégalité du refus de séjour qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

- son éloignement méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est le père d'une enfant de nationalité française et qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de sa fille depuis sa naissance.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2024, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 5 avril 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Lacroix a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant ivoirien né en 1989, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Ardèche a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. La décision attaquée a été signée par Mme Arrighi, secrétaire générale de la préfecture, en vertu de la délégation que la préfète de l'Ardèche lui a donnée par un arrêté du 26 décembre 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

3. L'arrêté critiqué fait état de façon circonstanciée de la situation administrative, personnelle et familiale du requérant. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'un défaut d'examen de la situation de M. A doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité par M. A en qualité de parent d'une enfant française née le 11 février 2020, la préfète de l'Ardèche s'est fondée sur la circonstance que celui-ci avait quitté le domicile familial à la naissance de l'enfant et que la production de six factures d'achat de vêtements entre les mois d'avril et décembre 2020 ne suffisait pas pour établir sa contribution à l'entretien et l'éducation de l'enfant. Si M. A produit une attestation de la mère de sa fille qui indique qu'il a des contacts physiques et téléphoniques avec sa fille, que l'enfant et son père " ont une bonne complicité " et que sa fille est " contente de voir son papa ", les éléments produits ne suffisent pas pour contredire l'appréciation portée par l'autorité préfectorale et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. A l'appui de sa contestation, M. A fait valoir qu'il vit en France depuis neuf ans, qu'il est le père d'une enfant française, qu'il n'a plus de lien avec les membres de sa famille restés dans son pays d'origine et qu'il travaille depuis l'année 2020. Toutefois, entré irrégulièrement en France, M. A n'a vu sa situation régularisée qu'à compter du mois de juin 2020 par la délivrance d'une carte de séjour en sa qualité de parent d'enfant français et, ainsi qu'il a été dit, il ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de cette enfant. Alors que le requérant ne justifie avoir travaillé que quelques mois entre juillet 2020 et mars 2021, mai et août 2022 et depuis le mois de novembre 2023, la préfète défenderesse fait valoir sans être contredite que M. A a déclaré être sans domicile fixe et être domicilié au centre communal d'action sociale d'Aubenas et relève qu'il est défavorablement connu des forces de l'ordre pour des faits de violence commis sur la mère de son enfant au mois de novembre 2021. Enfin, il est constant que M. A dispose d'attaches en Côte d'ivoire, où réside en particulier sa sœur et où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Dans ces conditions, les moyens tirés par le requérant de ce que la décision lui refusant un titre de séjour porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-7, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ". Alors que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les textes qui leur sont applicables et auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le moyen tiré du vice de procédure résultant du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne la mesure d'éloignement :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ". Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, le moyen tiré par le requérant de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. Si M. A soutient que la mesure d'éloignement dont il fait l'objet porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que cette mesure résulte également d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle, ces moyens doivent être écartés pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant exposés aux points 5 et 6.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 25 janvier 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et à la préfète de l'Ardèche.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

A. Lacroix

Le président,

A. Gille La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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