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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404860

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404860

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404860
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU 6ème chambre
Avocat requérantPARAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mai 2024, Mme D E, représentée par Me Paras, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet de la Loire du 25 avril 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondante à la contribution de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'acte attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est illégale dès lors que sa situation justifierait d'un titre sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des risques encourus, du pouvoir général de régularisation du préfet et des conséquences sur sa situation.

- la décision portant interdiction de retour pendant un an est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de la Loire s'en remet à l'appréciation du tribunal.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, née en 1964 et qui déclare être ressortissante de la République démocratique du Congo et être entrée en France le 27 novembre 2019, a présenté une demande d'asile sous cette identité le 11 septembre 2020, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 23 juillet 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 5 mars 2024. Par des décisions du 25 avril 2024, le préfet de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an.

2. En premier lieu, l'acte attaqué a été signé, pour le préfet de la Loire et par délégation, par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, titulaire d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 24 juillet suivant et librement accessible, tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la requérante allègue qu'elle justifierait remplir les conditions pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, alors que l'intéressée n'a pas au demeurant formé de demande de titre sur le fondement de cet article L. 425-9 et a vu sa demande d'asile rejetée compte tenu notamment que les certificats médicaux constatant la gravité des troubles psychologiques dont elle souffrait étaient insuffisants pour établir les causes de ses troubles, il ne ressort pas des pièces du dossier et particulièrement des documents médicaux produits que la requérante ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine.

4. En troisième lieu, Mme E déclare être entrée en France en novembre 2019 accompagnée de son fils, G C A, né en 2010. Si elle fait valoir que son fils, âgée de quatorze ans, est scolarisé en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier ne pourrait pas poursuivre sa scolarité en République démocratique du Congo. En outre, si la requérante se prévaut de la présence de deux frères en situation régulière en France, elle n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie, ni avoir tissé des liens stables, intenses et anciens en France, ni une insertion sociale ou professionnelle particulière. Par ailleurs, comme il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier et particulièrement des documents médicaux produits que l'état de santé de la requérante ou sa situation personnelle rendrait sa présence nécessaire sur le territoire français. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels la décision portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination a été prise, et que cette décision aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage de ces éléments que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet acte sur la situation personnelle de l'intéressée.

5. En quatrième lieu, Mme E fait valoir qu'il existe des risques pour elle et son enfant en cas de retour dans son pays d'origine. Elle expose qu'elle faisait l'objet dans son pays de graves persécutions compte tenu de l'appartenance de sa famille maternelle au groupe ethnique Yansi qui pratique les mariages coutumiers intrafamiliaux et forcés. Elle allègue en outre que son état de santé ne lui permettrait pas de retourner dans son pays. Toutefois, et compte tenu de ce qui a été dit précédemment sur son état de santé, les éléments produits par la requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile, notamment les certificats médicaux, ne suffisent pas à établir qu'elle encourt des risques en cas de retour dans son pays. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation concernant les risques encourus dans son pays, seulement opérants à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doivent être écartés.

6. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code précité : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

7. S'il est constant que Mme E, entrée en France en novembre 2019, s'y est maintenue en situation irrégulière malgré le rejet de sa demande d'asile, il ressort des pièces du dossier que Mme E n'avait jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement avant la décision d'obligation de quitter le territoire français du 25 avril 2024 sur le fondement de laquelle la décision contestée d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an a été prise et que sa présence sur le territoire n'est pas constitutive d'une menace pour l'ordre public. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme E n'est pas isolée en France où résident en situation régulière ses deux frères, sous couvert pour l'un d'une carte de résident et pour l'autre d'une carte de séjour pluriannuelle et que ses parents sont décédés. Dans ces conditions, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Loire a entaché sa décision, dans les circonstances de l'espèce, d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 25 avril 2024 par laquelle le préfet de la Loire a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présentent la requérante au titre de l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : La décision du 25 avril 2024 par laquelle le préfet de la Loire a prononcé à l'encontre de Mme E une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D Mme E et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Juan BLa greffière,

Fatoumia Abdillah

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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