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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405032

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405032

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 8ème chambre
Avocat requérantSARL LACHENAUD AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 mai et le 26 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Lachenaud, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le tribunal devra ordonner à la préfète de l'Ain de communiquer l'entier dossier relatif à sa situation administrative ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen effectif et particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Dèche, présidente de la huitième chambre, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Dèche, magistrate désignée.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant nigérian, né le 1er janvier 1999, est entré en France le 17 juillet 2019, selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile, le 26 septembre 2022. Le 26 janvier 2023, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, dans un délai de trente jours. Enfin, par une décision du 16 mai 2024, la préfète de l'Ain a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois. M. B demande l'annulation de cette décision du 16 mai 2024.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme H E, attachée d'administration de l'Etat, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, à qui la préfète de l'Ain a, par arrêté du 15 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 19 février 2024, aisément consultable en ligne, conféré à cet effet une délégation de signature en cas d'absence ou d'empêchement des délégataires de premier et second rang, M. G D et M. F C.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

4. Il ressort des termes mêmes des dispositions précitées des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

5. Pour prendre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois à l'encontre de M. B, la préfète de l'Ain a relevé que l'intéressé n'a pas fait part de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle à l'édiction d'une décision d'une interdiction de retour, qu'il réside en France, depuis juin 2019 et qu'il ne possède pas de liens familiaux sur le territoire, En outre, la préfète de l'Ain a relevé que M. B "était défavorable connu par les services de police pour des faits d'usage illicite de stupéfiants " et qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déférée. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit aux points précédents, la préfète de l'Ain, qui a suffisamment examiné la situation de l'intéressé, n'a pas commis d'erreur d'appréciation ni d'erreur de droit dans l'application des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'un défaut de motivation en considérant que M. B ne faisait pas état de circonstances humanitaires de nature à justifier qu'elle n'édicte pas d'interdiction de retour.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

7. M. B expose qu'il réside en France depuis juin 2019, qu'il a dû fuir le Nigéria en raison de son refus de succéder à son père dans la pratique du vaudou, qu'il a perdu son père à l'adolescence et qu'il a été chauffeur de poids lourds dans son pays d'origine. Il soutient également qu'il a fait l'objet de persécutions au Nigéria et dans des foyers d'accueil en raison de sa religion chrétienne, et qu'il n'a plus de liens avec sa mère et sa sœur restées dans son pays d'origine. Toutefois, le requérant est célibataire, sans enfants, il ne dispose pas de ressources financières et ne démontre pas une insertion professionnelle sur le territoire français. En outre, s'il soutient ne plus entretenir de liens avec sa mère et sa sœur, il n'établit pas être dépourvu de toutes attaches au Nigéria, où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans et où il a nécessairement conservé des liens. Également, M. B, connu des services de police pour usages de stupéfiants, ne démontre pas une particulière insertion dans la société française. Il suit de là que doivent être écartés les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. En dernier lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B serait père d'un enfant mineur. Dès lors il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'enjoindre à la préfète de l'Ain de produire l'entier dossier du requérant, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée,

P. Dèche

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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