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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405039

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405039

mardi 24 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantMUSCILLO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant une décision implicite de refus de regroupement familial. Le requérant, un ressortissant camerounais, demandait réparation pour le préjudice découlant de ce refus implicite et de la durée de l'instruction. La juridiction a rejeté la demande d'indemnisation, considérant que l'administration n'avait pas commis de faute lourde dans le traitement du dossier, notamment au regard des délais d'instruction prévus par l'article R. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que la décision finale avait accordé le regroupement familial.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 mai 2024 et le 17 mars 2025, M. A... C..., représenté par Me Muscillo, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 500 euros en réparation des préjudices subis du fait de l’illégalité de la décision implicite de refus de regroupement familial intervenue le 20 avril 2024 ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l’illégalité de la décision implicite du 20 avril 2024 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l’Etat ;
- il a subi des préjudices du fait de la durée d’instruction de sa demande et de la période de séparation d’avec sa conjointe, pendant dix-huit mois.


Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2025, la préfète du Rhône a informé le tribunal qu’une décision accordant le bénéfice du regroupement familial au profit de l’épouse du requérant est intervenue le 30 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Boulay, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant camerounais bénéficiant d’une carte de résident valable jusqu’au 18 juin 2025, a déposé le 2 mai 2023 une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, Mme B..., qui réside au Cameroun. Sa demande a fait l’objet d’une attestation de dépôt le 20 octobre 2023, à la suite d’une demande de pièces complémentaires. Une décision implicite de refus de sa demande est née du silence gardé par la préfète du Rhône à l’issue d’un délai de six mois, le 20 avril 2024. Postérieurement à l’introduction de la requête, la préfète du Rhône a, par une décision du 30 septembre 2024, fait droit à la demande de M. C.... Il demande, dans le dernier état de ses écritures, de condamner l’Etat à lui verser une somme de 500 euros en réparation des préjudices causés par l’illégalité de la décision implicite du 20 avril 2024.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
Aux termes de l’article L. 434-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; (…) ». Aux termes de l’article L. 434-7 du même code : « L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. ». Aux termes de l’article L. 434-8 du même code : « Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. (…) ».
Aux termes de l’article R. 434-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui formule une demande de regroupement familial doit justifier de la possession d'un des documents de séjour suivants :/ (…) / 3° Une carte de résident, d'une durée de dix ans ou à durée indéterminée ; ». Selon l’article R. 434-4 du même code : « Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ; (…) ». Aux termes de l’article R. 434-5 du même code : « Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes (…) ».
Enfin, aux termes de l’article R. 434-12 du même code : « Au vu du dossier complet de demande de regroupement familial, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois dont bénéficie l'autorité administrative pour statuer ».
Il ressort des pièces du dossier que M. C..., dont il n’est pas contesté qu’il séjournait régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois à la date de la décision implicite de rejet de sa demande, était titulaire d’une carte de résident valable jusqu’au 18 juin 2025. Le requérant justifie en outre de son mariage au Cameroun le 15 décembre 2018 avec Mme B.... Il justifie également être locataire à Lyon, commune classée en zone A pour l’application de l’article D. 304-1 du code de la construction et de l’habitation, d’un appartement de trois pièces d’une surface de 64,50 m2, supérieure à celle de 22 m2 exigée par les dispositions précitées de l’article R. 411-5. Enfin, le requérant exerçait au titre de la période de référence courant d’avril 2022 à avril 2023 une activité professionnelle de laquelle il a tiré des revenus de plus de 8 940,52 euros nets, auxquels s’ajoutaient des indemnités de licenciement d’un montant total de 11 040,20 euros nets, soit une moyenne mensuelle nette de 1 665,06 euros, supérieure au salaire minimum interprofessionnel de croissance pour la période de référence de douze mois précédant l’attestation de dépôt de la demande de regroupement familial. Par suite, M. C... remplissant l’ensemble des conditions pour prétendre au bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, c’est en méconnaissance des dispositions de l’article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a implicitement refusé de faire droit à sa demande.
La demande de regroupement familial ayant été enregistrée le 20 octobre 2023, compte tenu du délai de six mois imparti au préfet pour statuer sur cette demande, en application des dispositions alors applicables des articles L. 421-4 et R. 421-20 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la décision implicite de rejet de cette demande est née le 20 avril 2024. Une période d’environ cinq mois s’est donc écoulée entre ce refus et la décision du 30 septembre 2024 faisant droit à la demande de regroupement familial. M. C... n’est dès lors fondé à demander à être indemnisé des préjudices subis que pendant cette période de cinq mois au cours de laquelle la préfète l’a irrégulièrement privé du bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse. Pour établir le préjudice moral et les troubles dans les conditions d’existence qu’il invoque, le requérant fait valoir qu’il a été contraint de vivre séparé de son épouse, avec laquelle il s’est marié le 15 décembre 2018. Dans les circonstances de l’espèce, compte tenu de la période limitée de séparation du couple résultant du refus implicite de regroupement familial, et alors qu’il est constant que le couple vivait séparé depuis le mariage, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d’existence subis par le requérant en condamnant l’Etat à lui verser une indemnité de 300 euros.
Sur les frais liés au litige :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. C... et non compris dans les dépens.


D E C I D E :



Article 1er : L’Etat est condamné à verser la somme de 300 euros à M. C....

Article 2 : L’Etat versera à M. A... C... une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Pin, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.



La rapporteure,

P. Boulay


Le président,

F.-X. Pin



La greffière,





F. Abdillah




La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.



Pour expédition,
Une greffière,




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