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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405100

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405100

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantTRABELSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 mai, 7 novembre (non communiqué) et 2 décembre 2024, M. D C, représenté par Me Trabelsi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 avril 2024, par lesquelles le préfet de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une carte de résident valable 10 ans dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " valable un an sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien et les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet devait procéder à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il ne constitue pas une menace grave, actuelle et avérée à l'ordre public ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle, comme en témoignent les erreurs matérielles commises par le préfet ;

- il réside depuis 37 ans en France avec l'ensemble de sa famille et justifie d'une intégration sociale et professionnelle ; le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les autres décisions méconnaissent également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dèche ayant été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien, né le 14 février 1981, est entré régulièrement en France, le 3 janvier 1999 et a bénéficié de titres de séjour régulièrement renouvelés. Le 4 décembre 2023, il a déposé une demande de renouvellement de sa carte de résident qui expirait le 18 novembre 2023. Faisant application des dispositions de l'article R.431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire a regardé cette demande, comme une première demande de titre de séjour. Par décisions du 24 avril 2024, le préfet de la Loire a refusé à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant cinq ans. M. A C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 visé ci-dessus, relatif au titre de séjour d'une durée de dix ans susceptible d'être délivré aux ressortissants tunisiens qu'il désigne : " Ce titre de séjour est renouvelé de plein droit pour une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Sous réserve de l'absence de menace grave pour l'ordre public, de l'établissement de la résidence habituelle de l'étranger en France et des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. " et aux termes de l'article R. 431-5 de ce même code : " Si l'étranger séjourne déjà en France, sa demande est présentée dans les délais suivants : / 1° L'étranger qui dispose d'un document de séjour mentionné aux 2° à 8° de l'article L. 411-1 présente sa demande de titre de séjour entre le cent-vingtième jour et le soixantième jour qui précède l'expiration de ce document de séjour lorsque sa demande porte sur un titre de séjour figurant dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2. Lorsque sa demande porte sur un titre de séjour ne figurant pas dans cette liste, il présente sa demande dans le courant des deux mois précédant l'expiration du document dont il est titulaire ".

3. Il résulte de ces stipulations et dispositions qu'une demande de renouvellement de carte de résident doit être présentée, à peine d'irrecevabilité, au cours des deux derniers mois précédant l'expiration de cette carte. Lorsque le préfet est saisi d'une demande de renouvellement d'une carte de résident après l'expiration de ce délai, cette demande doit être regardée comme tendant à la première délivrance de cette carte. Si M. A C soutient que sa carte de résident aurait dû être renouvelée de plein droit en vertu des dispositions précitées, il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié, en dernier lieu, d'une carte de résident du 19 novembre 2013 au 18 novembre 2023. Dans ces conditions, sa demande déposée le 4 décembre 2023, soit après l'expiration de sa carte de résident, doit être regardée comme une nouvelle demande de carte de résident. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A C, alors même qu'il aurait mentionné par erreur que le pays de naissance de l'intéressé est la Tunisie, alors qu'il est né en France et qu'il aurait omis de prendre en compte des pièces complémentaires, dont au demeurant, il ne précise pas la teneur, qu'il lui avait adressées à sa demande.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident (). ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

6. Pour estimer que la présence de M. A C en France menaçait l'ordre public, le préfet de la Loire a relevé que le 25 mars 2010, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Dijon, à quatre ans d'emprisonnement dont deux ans avec sursis pour des faits d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire suivi d'une libération avant le 7ème jour, que le 15 février 2012, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, à 150 euros d'amende pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et le 26 août 2021, à deux mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de menace de crime ou délit contre personnes dépositaires de l'autorité publique et rébellion et que le 22 mars 2023, il a été condamné par la cour d'appel de Lyon, à cinq mois d'emprisonnement pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité.

7. Le requérant fait valoir que ces condamnations portent sur des faits particulièrement anciens. Il précise que pour les deux premières condamnations qui concernent les années 2010 et 2012, il a exécuté une peine d'emprisonnement ferme de deux ans et s'est acquitté d'une amende de 150 euros, ajoutant que les faits concernés n'ont pas fait obstacle au renouvellement de sa carte de résident en 2012. En ce qui concerne les deux autres condamnations et notamment la dernière, le requérant précise qu'elle porte sur des faits commis le 11 juin 2018, soit près de six années avant la décision attaquée, qui n'ont donné lieu à aucun mandat de dépôt ni d'interdiction définitive du territoire français. Enfin, il indique qu'il a fait l'objet d'une procédure en aménagement de peine par la voie classique, devant le juge de l'application des peines et qu'il a indemnisé la victime de l'infraction. Toutefois, eu égard à la nature, à la réitération et à la gravité des faits concernés dont les derniers portant sur des actes de violence commis sur son ancienne compagne, le préfet a pu en déduire que la présence en France du requérant menaçait l'ordre public. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité de ces faits délictueux reprochés à l'intéressé, en estimant que la présence en France de M. A C constituait une menace pour l'ordre public et que cette circonstance faisait obstacle à la délivrance d'un certificat de résidence, le préfet de la Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien susvisé : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A C fait valoir que sa vie privée et familiale se situe en France, où il réside depuis trente-sept années et où résident également ses parents et sa fratrie. Il ajoute qu'il a été embauché en qualité de " maçon coffreur " par la SARL Forages, dans le cadre de contrats de travail à durée déterminée à temps complet et que cet emploi lui procure une rémunération confortable. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de l'intéressé, de nationalité tunisienne, réside en Tunisie, qu'il n'a pas d'enfant et qu'il ne précise pas l'intensité de ses relations avec les membres de sa famille résidant en France. Dans ces conditions, le préfet de la Loire n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A C une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par le refus de titre de séjour attaqué. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doivent dès lors être écartés.

10. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés précédemment, l'obligation de quitter le territoire français et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A C à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Journoud, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

La présidente-rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne,

L. Journoud

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière.

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