jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2405132 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | MEZIANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mai 2024, M. E C, représenté par Me Méziane, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 mars 2024 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de le convoquer devant la commission du titre de séjour, dès le prononcé et la notification du jugement à intervenir, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation d'occuper un emploi, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la préfète aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation ;
- la préfète n'a pas procédé à un examen de sa situation particulière et s'est estimée en situation de compétence liée ;
- il justifie d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans ; la décision en litige méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 7 ter et de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien.
La requête a été communiquée, le 28 mai 2024, à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par un courrier du 2 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. B C tendant à l'annulation de l'invitation à quitter le territoire français dans un délai de trente jours datée du 15 mars 2024, dès lors que cette invitation, qui est la conséquence nécessaire de la décision du même jour portant refus de titre de séjour, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.
M. B C a produit des observations, enregistrées le 7 octobre 2024, en réponse au moyen soulevé d'office et a également produit une régularisation de sa requête en abandonnant ses conclusions dirigées contre l'invitation à quitter le territoire français.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle ont été entendus le rapport de Mme Dèche ainsi que les observations de Me Méziane, représentant M. B C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant tunisien, né le 24 juillet 1985, est entré en France, selon ses déclarations, le 15 février 2007. Par une décision du 15 mars 2024, la préfète du Rhône a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". M. B C demande au tribunal l'annulation de cette décision du 15 mars 2024.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants tunisiens en vertu de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien, dispose par ailleurs que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
3. M. B C se prévaut de sa présence continue en France depuis 2007. Toutefois, pour les années 2007 à 2015, il se borne à produire essentiellement des actes médicaux traduisant une présence ponctuelle en France ainsi que des attestations d'hébergement dont la plupart ne sont pas datées. L'intéressé ne fournit aucune explication sur ses activités éventuelles et ses conditions de vie en France et ne produit aucun élément permettant d'établir un effort particulier d'insertion sociale ou professionnelle. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'est pas dépourvu de toute attache familiale en Tunisie où résident notamment ses parents. Dans ces circonstances, le refus de lui délivrer une carte de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien doivent dès lors être écartés.
4. En deuxième lieu, il ressort de la décision de refus de titre de séjour que la préfète du Rhône a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ou travailleur temporaire de M. B C en se fondant sur le pouvoir discrétionnaire dont elle dispose de régulariser ou non la situation d'un étranger et non, comme le prétend le requérant, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inapplicables en l'espèce, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant, en invoquant sa vie privée et familiale telle que sus-relatée, ne fait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, si le requérant fait valoir qu'il est employé en qualité de cuisinier, il ne se prévaut d'aucune qualification professionnelle, ni d'aucun motif exceptionnel de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Par suite, M. B C n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.
6. En troisième lieu, la décision attaquée en litige mentionne que le requérant est défavorablement connu des services de police au vu de la réitération et de la gravite des faits commis sous l'identité de Oussama Benghabrid, de nationalité algérienne pour vol simple le 30 septembre 2021, détention illicite de substance psychotrope commis le 15 avril 2022, recel de vol commis le 20 janvier 2022, vol aggravé commis le 19 décembre 2022, pour agression sexuelle dans les transport en communs le 2 mars 2024 et que sous cette identité il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 20 décembre 2022. Toutefois, les faits reprochés commis sous l'identité de Oussama Benghabrid qui ne concernent pas le requérant ne sauraient lui être reprochés. S'agissant des faits d'agression sexuelle dans les transports en commun, le 2 mars 2024, le requérant fait valoir sans être contredit, qu'ils n'ont fait l'objet d'aucune poursuite judiciaire. Enfin, il ressort des pièces du dossier, que contrairement à ce qu'a retenu la préfète dans la décision en litige, le requérant n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement. Par suite, M. B C est fondé à soutenir que ces motifs retenus par la préfète du Rhône pour prendre la décision en litige sont entachés d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation quant à la menace que constituerait l'intéressé pour l'ordre public et son absence d'intégration dans la société française. Il résulte toutefois de l'instruction que la préfète du Rhône aurait pris la même décision de refus de séjour si elle s'était seulement fondée sur les autres motifs contenus dans sa décision, lesquels suffisaient à justifier légalement ce refus de titre de séjour, ainsi qu'il résulte de ce qui a été précisé aux points précédents.
7. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la préfète aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation particulière de l'intéressé, ni qu'elle se serait estimée en situation de compétence liée pour prendre ce refus.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 7 ter de l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail : " () / d) Reçoivent de plein droit un titre de séjour renouvelable valable un an et donnant droit à l'exercice d'une activité professionnelle dans les conditions fixées à l'article 7 : / - les ressortissants tunisiens qui, à la date d'entrée en vigueur de l'accord signé à Tunis le 28 avril 2008, justifient par tous moyens résider habituellement en France depuis plus de dix ans, le séjour en qualité d'étudiant n'étant pas pris en compte dans la limite de cinq ans (). ".
9. Il résulte de ces stipulations que seuls les ressortissants tunisiens justifiant d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans au 1er juillet 2009, date d'entrée en vigueur de l'accord du 28 avril 2008, sont admissibles au bénéfice du d de l'article 7 ter de cet accord. M. B C, qui indique vivre en France depuis le 15 février 2007, ne justifie pas d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date d'entrée en vigueur de l'accord. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du d de son article 7 ter ne peut qu'être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ".
11. L'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 n'a pas entendu écarter l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Au nombre de ces dispositions figurent notamment les dispositions du 1e de l'article L 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui font obligation au préfet de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls ressortissants étrangers qui remplissent effectivement les conditions de délivrance de la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5, et celles de procédure du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du même code, qui font obligation au préfet de saisir cette commission du cas des seuls ressortissants étrangers qui justifient par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans.
12. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne remplit pas les conditions de délivrance du titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il ne justifie pas résider en France habituellement depuis plus de dix ans. La préfète du Rhône n'était donc pas tenue, avant de rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B C, de saisir la commission du titre de séjour.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Dèche, présidente,
Mme Viallet, conseillère,
Mme Pouyet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La présidente-rapporteure,
P. Dèche
L'assesseure la plus ancienne,
M. D
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026