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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405141

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405141

lundi 3 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée les 28 mai 2024, M. C D, représenté par Me Bonnet, avocat, demande au Tribunal d'annuler la décision du 28 mai 2024 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé son transfert aux autorités espagnoles.

Il soutient que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'autoriser l'examen de sa demande d'asile en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la prestation de serment de M. A, interprète en langue bengali.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 30 mai 2024, M. Borges-Pinto, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bonnet, avocat représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens et qui demande, par ailleurs, d'admettre provisoirement M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle

- et les observations de M. D assisté de M. A, interprète.

La préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant bangladais né le 5 mars 1995 à Syleth (Bangladesh), est entré en France le 17 janvier 2024 et il a sollicité le bénéfice de l'asile auprès des services de la préfecture du Rhône le 28 février 2024. En raison des indications mentionnées dans le fichier dit " B " selon lesquelles les empreintes de l'intéressé ont été relevées le 14 janvier 2024 par les autorités espagnoles, la préfète du Rhône les a saisies d'une demande de prise en charge le 18 mars 2024 qui a été implicitement acceptée le 19 mai suivant. En conséquence, la préfète du Rhône a, par décisions du 28 mai 2024, ordonné son transfert aux autorités espagnoles d'une part, et d'autre part, assigné M. D à résidence. M. D demande l'annulation de la première de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par renvoi de l'article L. 572-6 du même code, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions de la requête :

En ce qui concerne la décision de transfert :

3. L'article 53-1 de la Constitution du 4 octobre 1958 dispose que : " La République peut conclure avec les Etats européens qui sont liés par des engagements identiques aux siens en matière d'asile et de protection des Droits de l'homme et des libertés fondamentales, des accords déterminant leurs compétences respectives pour l'examen des demandes d'asile qui leur sont présentées. / Toutefois, même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif. ". Le paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 énonce que : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ".

4. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

5. L'Espagne, État membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York de 1967, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit ainsi être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D a pénétré pour la première fois sur le territoire de l'Union européenne en franchissant, via le Maroc, la frontière extérieure de l'Espagne. En vertu du 1. de l'article 13 du règlement du 26 juin 2013 susvisé, cet Etat est donc en principe responsable de l'examen de sa demande de protection formulée pour la première fois en France, le requérant n'établissant notamment pas qu'il aurait formulé une demande similaire en Espagne et qu'elle aurait été rejetée dans des conditions ne permettant plus de le regarder comme l'Etat membre responsable. Or le requérant se limite à faire valoir qu'il se sent bien intégré en France où il bénéficie du soutien d'associations. Par ailleurs, M. D reconnaît à l'audience être dépourvu de toute attache personnelle et familiale en France. Dans ces conditions, il n'apparait pas que l'autorité préfectorale a manifestement entaché d'erreur l'appréciation à laquelle elle s'est livrée en refusant d'autoriser à titre dérogatoire l'examen de sa demande d'asile en France en application de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 28 mai 2024. Le surplus des conclusions de sa requête doit, par suite, être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Bonnet.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.

Le magistrat désigné,

P. Borges-Pinto

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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