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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405155

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405155

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405155
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMAILLY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mai 2024, M. A B, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 aéroport Lyon - Saint-Exupéry), représenté par Me Mailly, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 27 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Mailly de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la durée de sa présence sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il pouvait prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de revenir sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que sa durée de douze mois est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Soubié.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 31 mai 2024, Mme Soubié, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Mailly, avocat, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de M. B, requérant ;

La préfète du Rhône, régulièrement convoquée, n'étant ni présente ni représentée ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né en 1975, déclare être entré en France en 1976 dans le cadre d'un regroupement familial. Par des décisions du 27 mai 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, la préfète du Rhône a retenu que celui-ci se trouvait en situation irrégulière depuis 2017 après avoir bénéficié de titres de séjour renouvelés sans interruption jusqu'en 2013, qu'il a fait l'objet de multiples condamnations pénales depuis 1998, dont la dernière à un emprisonnement d'une durée d'un an pour des faits de conduite d'un véhicule malgré l'annulation judiciaire du permis de conduire en récidive, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui en récidive, vol en récidive et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, qu'il ne justifie pas d'une réelle activité professionnelle ni d'une bonne intégration sur le territoire français, et que ses attaches familiales et personnelles en France n'étaient pas établies.

4. Toutefois, s'il ressort des pièces produites que le requérant a été condamné à plusieurs reprises pour des délits de vol, principalement en récidive, et des faits de conduite sans permis de conduire, il n'a fait l'objet d'aucune condamnation d'une durée supérieure à quatre années et il a bénéficié à de très nombreuses reprises de remises de peine. De plus, il ne ressort pas des pièces produites en défense que le requérant aurait été mis en cause pour des atteintes aux personnes. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France en 1976, ainsi que cela est mentionné sur son dernier titre de séjour, et y réside depuis sans interruption, qu'il a obtenu à sa majorité une carte de résident de dix ans, que celle-ci a été renouvelée en 2003 en dépit des condamnations pénales dont il avait fait l'objet, que son père et ses frères et sœur sont de nationalité française, comme ses deux enfants nés en 2003. M. B est hébergé par l'un de ses frères depuis plusieurs années et devait l'être à sa sortie de la maison d'arrêt de Lyon-Corbas, ce qui atteste de ses liens avec ce frère. Si la préfète du Rhône a noté en défense que le requérant n'établit pas avoir des liens privilégiés avec ses frères et sœur, il n'en demeure pas moins qu'il ressort des pièces du dossier que ceux-ci l'ont aidé financièrement au cours de sa période de détention et que ses frères l'hébergent au cours de ses périodes de liberté. Enfin, le requérant a expliqué au cours de l'audience avoir conservé des liens avec ses enfants, par l'intermédiaire de sa famille, au cours de ses périodes de détention, alors que la préfète du Rhône n'apporte aucun élément probant pour soutenir ses affirmations quant à l'absence de liens familiaux anciens, intenses et durables du requérant en France. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. B. Par suite, celui-ci est fondé à en demander l'annulation pour ce motif.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 27 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée, ainsi que par voie de conséquence les décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant de revenir sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Mailly, avocat de M. B, d'une somme de 900 euros à ce titre, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions de la préfète du Rhône en date du 27 mai 2024 sont annulées.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mailly une somme de 900 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Mailly renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Lu en audience publique le 31 mai 2024.

La magistrate déléguée,

A.-S. SOUBIÉ,

première conseillèreLa greffière,

E. GROS

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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