vendredi 26 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2405156 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | LULÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 mai 2024, M. B F, représenté par Me Lulé, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 15 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer dans un délai de quinze jours une autorisation provisoire de séjour et de procéder, dans un délai de deux mois, au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen complet de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- la décision fixant le pays de destination est également illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 11 juillet 2024.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Lulé pour M. F, qui a repris ses conclusions et moyens, et les observations de M. F, assisté de M. E, interprète en langue turque.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant turc né le 26 janvier 1986, est entré irrégulièrement en France le 25 juillet 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 juin 2023 et par la Cour nationale du droit d'asile le 17 avril 2024. Par les décisions attaquées du 15 mai 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office.
Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. M. F ayant été admis, en cours d'instance, au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de cette même aide.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées :
3. Les décisions contestées ont été signées par Mme A D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 30 janvier 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial le lendemain, cet arrêté étant librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte litigieux doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la mesure d'éloignement fait mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle de M. F.
6. En troisième lieu, s'il est vrai que la décision contestée mentionne, au prix d'une erreur de fait, que l'épouse et la fille du requérant résident dans son pays d'origine, alors qu'elles sont à ses côtés sur le territoire français, il ressort des pièces du dossier que ces dernières sont en situation irrégulière et n'ont pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, de sorte que les services préfectoraux n'étaient pas en mesure de savoir qu'elles résident en France. En toute hypothèse, eu égard à la situation irrégulière des intéressées sur le territoire et alors qu'elles n'ont pas sollicité l'asile ou la délivrance d'un titre de séjour, l'erreur de fait dont est entachée la décision n'est pas substantielle et n'a pas influé sur le sens de la décision. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Et aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. M. F est entré en France irrégulièrement, à l'été 2022, pour y demander l'asile dont il a été débouté. Si son épouse et sa fille résident à ses côtés en France, elles ne l'ont rejoint qu'à l'été 2023 et sont, ainsi que cela a été dit précédemment, en situation irrégulière sur le territoire français. La mesure d'éloignement contestée n'a pas, compte tenu de ces circonstances et quand bien même l'intéressé justifie d'une insertion professionnelle sur le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Cette décision n'a, pour les mêmes motifs, pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de la fille du requérant.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
9. M. F n'ayant pas démontré l'illégalité de la mesure d'éloignement, il n'est pas fondé à s'en prévaloir pour demander l'annulation par voie de conséquence de la décision par laquelle un délai de départ volontaire de trente jours lui a été octroyé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. Selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement inhumains ou dégradants ".
11. M. F justifie par les pièces produites à l'instance, qui n'avaient, pour l'essentiel, pas été produites devant la Cour nationale du droit d'asile tant que son épouse et sa fille résidaient toujours en Turquie, avoir été membre du parti démocratique des peuples au sein duquel il a milité entre 2018 et 2022. Il fait personnellement l'objet d'un mandat d'interpellation émanant du bureau du procureur général de la République de Nusaybin près le tribunal pénal de paix de cette même ville, daté du 26 juin 2022. Il ressort de ce mandat d'interpellation que le requérant est recherché pour participation à des manifestations non autorisées dans le cadre des activités du parti démocratique des peuples " sur instructions du PKK/YPG ", propagande pour une organisation terroriste sur les réseaux sociaux et " aider et encourager sciemment le crime ". M. F établit ainsi être exposé personnellement à des risques de mauvais traitements en cas de retour en Turquie, et l'actualité de ces risques. Il est, dès lors, fondé à invoquer les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision contestée par laquelle son pays de renvoi a été déterminé.
12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés contre cette décision, que M. F est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, qui annule seulement la décision fixant le pays à destination duquel M. F pourrait être éloigné d'office, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête à fin d'injonction ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions que présente le requérant, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, au titre de l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. F tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 15 mai 2024 par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel M. F pourrait être éloigné d'office est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.
La magistrate désignée,
A. C La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026