mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2405184 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. A C, représenté par la SCP Couderc-Zouine (Me Couderc), demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 4 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de renouveler son titre de séjour pluriannuel ou de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de la réinstruction de sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;
- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 433-1 et L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit d'observations, mais a produit des pièces, enregistrées le 29 août 2024.
Des pièces complémentaires ont été enregistrées pour M. A C le 9 septembre 2024 et n'ont pas été communiquées.
M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2024 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu :
- les décisions attaquées ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Leravat,
- et les observations de Me Lulé, représentant M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien né le 21 novembre 1998, est entré en France le 29 août 2017 sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Il demande au tribunal d'annuler les décisions du 4 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. Les décisions en litige ont été signées par Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté du 21 mars 2024 de la préfète du Rhône, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. () ".
4. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. A C portant la mention " étudiant ", la préfète du Rhône s'est fondée sur l'absence de caractère réel et sérieux ainsi que sur l'absence de progression de ses études.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A C, qui est entré en France le 29 août 2017, s'est inscrit en première année de licence de sciences et techniques des activités physiques et sportives à l'université de Rouen et n'a validé cette première qu'après trois années, en 2020. M. A C s'est ensuite réorienté vers une formation professionnelle au sein d'une structure privée pour l'année universitaire 2022/2023, afin de devenir entraîneur en sports collectifs. N'ayant pu suivre de formation pour l'année universitaire 2023/2024, il s'est inscrit au diplôme du brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et des sports, dont la session a été reportée du mois de mai 2024 au mois de septembre 2024 et a candidaté à une deuxième année de licence de sciences et techniques des activités physiques et sportives à l'université Lyon I Claude Bernard. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de démontrer une progression dans le parcours universitaire de M. A C, dont les sept années en France n'ont abouti qu'à la validation, en 2020, d'une première année de licence après deux redoublements et alors que la formation suivie pour l'année 2022/2023 ainsi que le brevet professionnel de la jeunesse, de l'éducation populaire et des sports sont des diplômes de niveau IV, inférieurs au diplôme de licence pour lequel M. A C est initialement venu en France. Dans ces conditions, et alors même que le requérant produit des attestations rédigées notamment par des médecins psychiatres dont il ressort que son état de santé l'empêche de suivre ses études dans leur continuité, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3 ainsi que celui de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. "
7. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie familiale normale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies lors de l'instruction d'une demande de renouvellement de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations au regard du refus de titre de séjour étudiant litigieux doit être écarté comme étant inopérant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été analysé précédemment que M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En deuxième lieu, si M. A C fait valoir qu'il est en France depuis près de sept ans et qu'il a noué de nombreuses relations professionnelles et personnelles, les pièces produites ne permettent pas d'établir les liens personnels et professionnels dont il se prévaut. De plus, il est célibataire et sans charge de famille et n'allègue pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.
10. En troisième lieu, si M. A C fait valoir que le défaut de prise en charge de sa maladie entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que le traitement qu'il suit est indisponible dans son pays d'origine, il ne le démontre par aucune pièce versée aux débats, les certificats médicaux établis tant par ses médecins psychiatres que par son médecin traitant ne permettant pas d'établir que le traitement qu'il suit ne pourrait pas en bénéficier en Tunisie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en tout état de cause, être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
11. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant entachée d'aucune illégalité, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait illégale du fait de cette illégalité doit être écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".
13. M. A C qui se borne à invoquer son état de santé sans exposer les raisons pour lesquelles un délai de départ volontaire supérieur à trente jours serait nécessaire, ne démontre pas que le délai qui lui a été accordé serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.
15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux analysés au point 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
17. Si M. A C invoque son état de santé pour prétendre qu'il serait soumis, en cas de retour en Tunisie, à un traitement inhumain ou dégradant, il n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 10, que les soins dont il bénéficie en France ne pourraient pas se poursuivre dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A C ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A C et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Feron, première conseillère,
Mme Leravat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La rapporteure,
C. LERAVAT
La présidente,
V. VACCARO-PLANCHET
La greffière,
S. ROLLAND
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026