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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405185

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405185

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mai et le 5 septembre 2024, M. E A, représenté par la Selarl Lozen Avocats (Me Cadoux), demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 4 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;

- la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen complet et suffisant de sa situation ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a suivi une scolarité en France depuis l'âge de seize ans ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre la République française et la République du Cameroun sur la circulation et le séjour des personnes signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Vaccaro-Planchet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 20 juin 2001, qui déclare être entré en France en avril 2018, a été confié, par un jugement en assistance éducative, aux services de l'aide sociale à l'enfance de la métropole de Lyon le 7 septembre 2018. Par un jugement du 17 juillet 2023, le tribunal a, d'une part, annulé l'arrêté du 20 janvier 2023 par lequel la préfète du Rhône avait refusé de l'admettre au séjour et prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français et, d'autre part, enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation. M. A demande l'annulation des décisions du 4 avril 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les décisions attaquées sont signées par Mme C D, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation de signature à cet effet, par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes attaqués doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Le réexamen d'une demande de titre de séjour par le préfet doit intervenir au regard des circonstances de droit et de fait existantes à la date de ce réexamen. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré à l'âge de seize ans sur le territoire français, a bénéficié d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance avant de signer un contrat jeune majeur, le 22 mai 2019 puis un contrat d'apprentissage, pour la période du 20 mai 2019 au 30 septembre 2020 en vue d'obtenir le titre professionnel de peintre en bâtiment, de niveau 3. Toutefois, à la date de la décision attaquée, M. A ne justifiait pas suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

7. Si M. A a été inscrit dès l'âge de dix-sept ans dans une formation en vue d'obtenir le titre professionnel de peintre en bâtiment, il ressort des pièces du dossier que celui-ci ne justifiait pas poursuivre, à la date de la décision de refus attaquée, des études supérieures. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète du Rhône a refusé de délivrer au requérant le titre de séjour sollicité.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier, que si M. A, âgé de 23 ans à la date de la décision attaquée, résidait alors en France où il est entré irrégulièrement en avril 2018, depuis près de six ans, il a fait l'objet d'une condamnation le 12 novembre 2020 par le tribunal judiciaire de Lyon à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de rébellion et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique. Si le requérant se prévaut de son intégration professionnelle et produit notamment le rapport de situation de la structure d'accueil du 1er février 2023, le contrat jeune majeur signé le 22 mai 2019 avec la direction de la protection de l'enfance de la métropole de Lyon, une attestation de suivi de formation établie par le directeur pédagogique de la fédération compagnonnique régionale des métiers du bâtiment du 21 avril 2023, une attestation du directeur technique d'une société l'ayant accueilli en tant qu'apprenti du 20 mai 2019 au 30 septembre 2020, une attestation du président d'une société l'ayant embauché sous contrat à durée indéterminée en qualité de plâtrier-peintre du 1er octobre 2020 au 23 mai 2023 à l'issue de sa période de formation, ainsi que la première page d'un contrat à durée déterminée conclut avec une autre société en qualité d'agent de propreté, les bulletins de salaire de son activité de plâtrier-peintre du 1er octobre 2020 au 23 mai 2023, et justifie de sa participation au dispositif " Prépa Compétences " piloté par Pôle Emploi, aujourd'hui France Travail, et par la Mission Locale pour l'Insertion Economique et Sociale de Villeurbanne dans le cadre d'un " parcours contractualisé d'accompagnement vers l'emploi et l'autonomie " ainsi qu'une une promesse d'embauche, au demeurant non circonstanciée, ces éléments ne suffisent pas à justifier d'une intégration sociale particulière dans la société française ni qu'il aurait désormais fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national, alors qu'il a vécu au Cameroun jusqu'à l'âge de seize ans, et ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans ce pays. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le refus de titre de séjour ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "

11. Compte tenu des éléments indiqués au point 9 ci-dessus, le requérant ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées, permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ni d'un motif exceptionnel au regard de son expérience et de ses qualifications qui justifierait son admission à séjourner en France au titre d'une activité salariée, alors qu'il n'exerce plus aucune activité salariée depuis le mois de mai 2023. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

13. En second lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans lappréciation des conséquences sur la situation personnelle de M. A doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

16. Compte tenu de ses motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Vaccaro-Planchet

L'assesseure la plus ancienne

C. Leravat

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Mme B

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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