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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405194

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405194

vendredi 23 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème chambre
Avocat requérantFREICHET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, qui contestait la sanction disciplinaire d'exclusion de fonctions pour douze mois avec sursis de six mois prononcée par la société La Poste. Le tribunal a écarté les moyens d'irrégularité de la procédure, de défaut d'examen de sa situation et de caractère non établi des faits. Il a jugé que la sanction n'était pas disproportionnée au regard des fautes commises, sans se prononcer sur le harcèlement moral allégué. La décision s'appuie sur les articles L. 530-1, L. 533-1 et L. 533-3 du code général de la fonction publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 mai et 30 septembre 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 23 mai 2024 par laquelle le directeur exécutif de la branche grand public et numérique (BGPN) Auvergne Rhône Alpes de la société La Poste a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion de fonctions pour une durée de douze mois, assortie d'un sursis de six mois.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations avant le conseil de discipline et devant cette instance ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- les faits reprochés ne sont matériellement pas établis ;

- la sanction revêt un caractère disproportionné ;

- il a subi un harcèlement moral qu'il a dénoncé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2025, la société La Poste, représentée par la Selarl Freichet AMG (Me Freichet), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de la poste et à France Télécom ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato, première conseillère, pour exercer temporairement les fonctions de présidente de la 7ème chambre en application du second alinéa de l'article R. 222-17 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leravat,

- les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public,

- les observations de M. A,

- et les observations de Me Freichet, représentant la société La Poste.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, titulaire du grade de cadre professionnel de premier niveau, exerçant les fonctions de chargé d'affaires - conseiller bancaire au sein de la société La Poste et affecté, à partir du mois de mai 2019 et jusqu'au 3 décembre 2023, comme conseiller bancaire remplaçant sur le secteur de Saint Etienne Montaud, demande l'annulation de la décision du 23 mai 2024 par laquelle le directeur exécutif de la branche grand public et numérique (BGPN) Auvergne Rhône Alpes de la société La Poste a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire d'exclusion de fonctions pour une durée de douze mois, assortie d'un sursis de six mois.

2. En premier lieu, si M. A entend soutenir qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations avant le conseil de discipline, ni pendant la séance de ce dernier, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été reçu en entretien managérial les 12 décembre 2023 et 26 février 2024, au cours desquels lui ont été présentés les dossiers de clients sur lesquels des anomalies ont été relevées, qu'il était présent lors du conseil de discipline du 30 avril 2024, assisté d'une personne de son choix et qu'il a pu faire valoir l'ensemble de ses observations. En outre, si M. A entend soutenir qu'il n'a pu s'exprimer que devant des personnes ayant un lien avec sa responsable hiérarchique, dès lors que les membres du conseil de discipline avaient des liens avec la directrice de territoire Loire-Centre devant laquelle il s'est exprimé les 12 décembre 2023 et 26 février 2024, il n'apporte aucune précision concernant la nature de ces liens et n'établit ni même n'allègue, en tout état de cause, que les membres du conseil de discipline auraient manqué à l'impartialité requise ou manifesté une animosité particulière à son égard. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant se prévaut de ce que " (s)on responsable " n'aurait pas pris en compte l'ensemble " des éléments " le concernant, ce qui ne lui aurait " pas permis () de prendre une décision juste et raisonnée ", il ne précise cependant pas la nature des éléments non pris en compte. En outre, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune pièce du dossier que le directeur exécutif de la BGPN Auvergne-Rhône-Alpes de La Poste n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle. Par suite, le moyen, tel qu'articulé, doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. " Aux termes de l'article L. 533-1 de ce code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / () / 3° Troisième groupe : / () / b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. " Aux termes de l'article L. 533-3 du même code : " L'exclusion temporaire de fonctions, privative de toute rémunération, peut être assortie d'un sursis total ou partiel. Celui-ci ne peut avoir pour effet, dans le cas de l'exclusion temporaire de fonctions du troisième groupe, de ramener la durée de cette exclusion à moins d'un mois. / Le fonctionnaire est dispensé définitivement de l'accomplissement de la partie de la sanction pour laquelle il a bénéficié du sursis, si, pendant une période de cinq ans après le prononcé d'une exclusion temporaire de fonctions, il n'a fait l'objet d'aucune autre sanction que l'avertissement ou le blâme. Cette période est réduite à trois ans à compter du prononcé d'une exclusion temporaire de fonctions du premier groupe. / L'intervention d'une exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ou d'une sanction disciplinaire du deuxième ou troisième groupe durant cette même période entraîne la révocation du sursis. "

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

6. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour prononcer à l'encontre de M. A la sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de douze mois, assortie d'un sursis de six mois, le directeur exécutif de la branche grand public et numérique Auvergne-Rhône-Alpes a relevé que M. A n'avait pas respecté " la conformité bancaire et [les] procédures bancaires ayant entraîné des nombreuses réclamations clients et un préjudice financier d'au moins 780 000 euros ", qu'il y a eu " défaut de conseil ayant entraîné des préjudices financiers pour les clients et le versement d'indemnités compensatrices de la part de La Poste pour un montant d'au moins 1 600 euros ", que l'intéressé n'avait pas respecté " les règles de procuration en matière de compte bancaire " et avait porté " atteinte à l'image de La Poste et de la Banque Postale ". Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait preuve de graves négligences dans le traitement des demandes d'au moins seize clients, conduisant à des irrégularités dans la gestion de leurs portefeuilles et à des préjudices financiers, tant pour La Poste que pour ces clients. Si M. A reconnaît, pour certains clients, un " manque de suivi et de relance ", il nie une majorité des faits qui lui sont reprochés dont il impute la responsabilité à sa hiérarchie, à des pannes informatiques et au manque de moyens humains de l'entreprise, sans toutefois apporter des éléments probants au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, ces faits, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée par M. A, constituent des fautes disciplinaires de nature à justifier une sanction.

7. En quatrième lieu, il est constant que M. A n'a jamais fait l'objet de sanction disciplinaire. Toutefois, eu égard à la nature et à la répétition des fautes commises et au préjudice financier de la société La Poste, l'autorité disciplinaire n'a pas pris une sanction disproportionnée à leur gravité en prononçant à l'encontre du requérant une exclusion temporaire de fonction pour une durée de douze mois, assortie d'un sursis de six mois.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. " Aux termes de l'article L. 133-3 du même code : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un agent public en raison du fait que celui-ci : / 1° A subi ou refusé de subir les faits de harcèlement sexuel mentionnés à l'article L. 133-1, y compris, dans le cas mentionné au 1° de cet article, si les propos ou comportements n'ont pas été répétés, ou les agissements de harcèlement moral mentionnés à l'article L. 133-2 ; / 2° A formulé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces faits ou agissements ; / (). "

9. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

10. En l'espèce, si M. A entend soutenir que la décision attaquée a été édictée après qu'il ait signalé des faits constitutifs de harcèlement moral, aucun des éléments produits n'est susceptible d'en faire présumer l'existence. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la société La Poste sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société La Poste au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la société La Poste.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rizzato, première conseillère faisant fonction de présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2025.

La rapporteure,

C. Leravat

La première conseillère

faisant fonction de présidente,

C. Rizzato

La greffière,

C. Hoareau

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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