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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405255

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405255

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCADOUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de M. B..., ressortissant tunisien, contestant le refus implicite de la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour. Le tribunal a jugé que, faute pour l'administration d'avoir communiqué les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois suivant la demande de l'intéressé, cette décision est entachée d'illégalité. En conséquence, le tribunal a annulé la décision implicite de rejet et a enjoint à la préfète de réexaminer la demande de M. B... dans un délai d'un mois, tout en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour. La demande d'indemnisation pour préjudice a été rejetée, et l'État a été condamné à verser 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2024, M. A... B..., représenté par la Selarl Lozen Avocats, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d’enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir un titre de séjour, subsidiairement, de réexaminer dans le délai d’un mois sa demande et, dans l’attente, de lui délivrer dans un délai de sept jours une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de condamner l’État à lui verser la somme de 1 000 euros par mois à compter du cinquième mois suivant le dépôt de sa demande de titre de séjour en réparation du préjudice subi en raison de l’illégalité fautive de la décision de rejet de sa demande, à parfaire au jour de la liquidation de son préjudice ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Il soutient que :
- la préfète ne lui a pas communiqué les motifs de la décision attaquée dans le délai d’un mois à compter de sa demande, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 232‑4 du code des relations entre le public et l’administration ;
- la préfète, qui n’a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle, a dès lors commis une erreur de droit ;
- dès lors qu’il justifie de motifs exceptionnels, en refusant de lui délivrer un titre de séjour en application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des articles 4, 7 quater et 11 de l’accord franco-tunisien, la préfète a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- l’illégalité fautive de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est de nature à engager la responsabilité de l’État ;
- il a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d’existence, en raison de cette illégalité fautive, qu’il évalue à 1 000 euros par mois depuis le cinquième mois suivant le dépôt de sa demande de titre.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience, à laquelle elles n’étaient ni présentes ni représentées.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Besse, président-rapporteur.



Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant tunisien né en 1979, est arrivé en France, selon ses déclarations, en avril 2007. Il demande au tribunal d’annuler la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour, à la suite de la demande qu’il a présentée le 16 avril 2019.



Sur les conclusions à fin d’annulation :

D’une part, aux termes de l’article R.*311-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicable au litige et repris à l’article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile actuellement en vigueur : « Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R.*311-12-1 de ce même code alors applicable au litige et dont les termes ont été repris à l’article R. 432-2 du code actuel : « La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (…) ». Aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ».

Il résulte de ces dispositions que le silence gardé pendant plus d’un mois sur une demande de communication des motifs d’une décision implicite de rejet, intervenue dans un cas où une décision explicite aurait dû être motivée, n’a pas pour effet de faire naître une nouvelle décision, détachable de la première et pouvant faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir, mais permet seulement à l’intéressé de se pourvoir sans condition de délai contre la décision implicite initiale qui, en l’absence de communication de ses motifs, se trouve entachée d’illégalité.

M. B... a déposé sa demande de titre de séjour en préfecture le 16 avril 2019. Au regard des dispositions citées au point 2 ci-dessus du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la préfète du Rhône sur cette demande. Une décision portant refus de titre de séjour est au nombre de celles devant être motivées en vertu de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Par un courrier du 15 novembre 2023, reçu en préfecture le 1er décembre 2023, M. B... a sollicité la communication des motifs du rejet implicite ainsi opposé à sa demande. En l’absence de communication de ces motifs dans le mois suivant cette demande, le requérant est fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour méconnaît les dispositions précitées de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite de la préfète du Rhône rejetant la demande d’admission au séjour de M. B... doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, qui accueille les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B..., implique seulement, eu égard au motif d’annulation retenu et après examen de l’ensemble des autres moyens de la requête, que la préfète du Rhône procède au réexamen de sa demande. Il y a donc lieu, sur le fondement de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, d’enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à cette mesure d’exécution, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions indemnitaires :

Toute illégalité est constitutive d’une faute susceptible d’engager la responsabilité de l’administration pour autant qu’il en soit résulté un préjudice direct et certain.

Toutefois, si la décision attaquée est ainsi entachée d’une illégalité constitutive d’une faute, M. B... n’apporte aucun élément concret de nature à démontrer ses troubles dans ses conditions d’existence et son préjudice moral qui auraient été causés par l’illégalité dont est entachée la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, alors au demeurant qu’il a bénéficié de la délivrance renouvelée de récépissés de sa demande, en dernier lieu, selon les pièces produites, le 9 mai 2024. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État une somme de 800 euros au profit de M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


DECIDE :


Article 1er : La décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé d’admettre M. B... au séjour est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la demande de M. B... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera une somme de 800 euros à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... et à la préfète du Rhône.


Délibéré après l’audience du 23 octobre 2010, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Besse, président-rapporteur,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
Mme Marie Chapard, première conseillère.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.

Le président, rapporteur,

T. Besse
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
F.-M. Jeannot

La greffière,
G. Reynaud




La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Un greffier


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