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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405267

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405267

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, et un mémoire en réplique, enregistré le 17 août 2024 et non communiqué, Mme C A épouse B, représenté par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la préfète de l'Ain portant retrait de son certificat de résidence algérien ;

2°) d'annuler les décisions du 6 mai 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

3°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui restituer son certificat de résidence algérien ou, à défaut, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de trente jours et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant retrait du titre de séjour :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision attaquée ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnaît les stipulations des articles 6-5 et b) et c) du 7 de l'accord franco-algérien ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en droit ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une insuffisance de motivation en fait ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 5, 6 et 7 de l'accord franco-algérien ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne les autres décisions :

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entache d'illégalité les décisions fixant son délai de départ volontaire et son pays de destination et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 conclu entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- et les observations de Me Lantheaume pour Mme A épouse B.

Une note en délibéré a été enregistrée pour la préfecture de l'Ain le 19 septembre 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante algérienne née en 1990, Mme A épouse B est arrivée en France en 2015. Elle a obtenu un certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " valable du 29 juillet 2021 au 28 juillet 2022. Elle a sollicité auprès de la préfecture du Rhône le 22 juillet 2022, puis en octobre 2023 auprès de la préfecture de l'Ain, le renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " ou la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salarié " ou en qualité de " commerçant ". Par un courriel du 8 février 2024, elle a été informée par la préfecture de l'Ain que son titre de séjour était disponible, un rendez-vous pour retirer ce titre ayant été fixé au 12 février suivant. Toutefois, la préfecture de l'Ain ne lui a finalement pas remis ce titre lorsque la requérante s'est présentée à cette convocation et, par un arrêté du 6 mai 2024, la préfète de l'Ain a rejeté la demande de titre de séjour de Mme A épouse B, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a prononcé une interdiction du territoire français de six mois et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Par la présente requête, Mme A épouse B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant retrait du titre de séjour :

2. Il ressort des pièces du dossier que, avertie par un courriel du 8 février 2024 l'avertissant que son titre de séjour était disponible, Mme A épouse B s'est rendue en préfecture le 12 février suivant et que l'agent de guichet a refusé de lui remettre ce titre. Mme A épouse B a, par un courrier reçu en préfecture le 22 avril 2024, demandé communication des motifs de cette décision de retrait de son titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Ain aurait communiqué à Mme A épouse B, dans le délai d'un mois suivant cette demande de communication, les motifs de cette décision. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision de retrait contestée est entachée d'illégalité et, par suite, à en demander l'annulation, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens présentés à l'encontre de cette décision.

3. Il résulte de ce qui précède que la décision de la préfète de l'Ain portant retrait du titre de séjour de Mme A épouse B doit être annulée.

En ce qui concerne les autres décisions :

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A épouse B a déposé, le 24 octobre 2023, une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ou " commerçant ", sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 et des b) et c) de l'article 7 de l'accord franco-algérien. Il est constant que la décision de refus de titre de séjour opposée à Mme A épouse B, si elle examine son droit au séjour au regard du b) de l'article 7 de cet accord, n'examine pas les autres motifs de sa demande. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A épouse B est fondée à soutenir que la décision est entachée d'un défaut d'examen et à en demander l'annulation pour ce motif.

5. Il résulte de ce qui précède que les décisions de la préfète de l'Ain portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, interdiction de retour sur le territoire français et fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la préfète de l'Ain de statuer à nouveau sur la demande de Mme A épouse B dans un délai de quatre mois à compter de sa notification, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision de la préfète de l'Ain portant retrait de titre de séjour et la décision du 6 mai 2024 prise par cette même autorité portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, interdiction de retour et fixant le pays de destination sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Ain, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A épouse B.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Mme A épouse B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A épouse B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Drouet, président,

- M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- Mme Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

F.-X. Richard-RendoletLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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