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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405270

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405270

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantBOUCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 mai 2024, Mme A C, représentée par Me Bouchet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle, le recours formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant sa demande d'asile étant toujours pendant devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la même convention.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 juin 2024 accordant l'aide juridictionnelle totale à Mme C ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 juillet 2024, Mme de Lacoste Lareymondie a présenté son rapport et entendu les observations de Me Bouchet, représentant Mme C assistée de Mme D, interprète en langue arménienne.

La préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

1. Il appartient non à l'autorité administrative de justifier a priori de la légalité de la décision attaquée, mais au requérant de soulever des moyens assortis de précisions suffisantes permettant au juge d'y statuer. En outre, une délégation de signature ayant une portée réglementaire, elle devient opposable dès sa publication. Il suit de là que les décisions attaquées ne sauraient être entachées d'incompétence au seul motif que le défendeur ne produirait pas l'acte qui habilitait le délégataire à les signer. En l'espèce, les décisions en litige ont été signées par Mme B qui avait reçu délégation à cet effet par arrêté de la préfète du Rhône du 2 mai 2024. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

2. Par ailleurs, les décisions contestées comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour ordonner l'éloignement de Mme C. Elles sont donc suffisamment motivées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

4. Mme C, de nationalité arménienne, est entrée irrégulièrement en France accompagnée de ses deux filles, le 8 novembre 2022 pour y solliciter l'asile. Sa demande, examinée en procédure accélérée, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 mai 2023. Mme C ne disposant plus du droit de se maintenir en France en application de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité.

5. En premier lieu, la seule circonstance que le recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant la demande d'asile de Mme C, soit toujours en cours d'examen, n'est pas, en elle-même, de nature à démontrer que la préfète aurait entaché l'obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de la requérante.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Il ressort des pièces du dossier que le séjour en France de Mme C est très récent. La requérante ne dispose, par ailleurs, d'aucune attache familiale en France à l'exception de ses deux filles qui sont, l'une comme l'autre, en séjour irrégulier sur le territoire français et ont vocation à repartir avec elle en Arménie. Si elle se prévaut du handicap dont souffre l'une d'elle, atteinte d'une surdité bilatérale profonde, elle ne justifie pas de la nécessité de se maintenir en France pour ce motif, pas plus que de l'impossibilité pour sa fille de bénéficier d'un accompagnement et d'un traitement adaptés à son état dans leur pays d'origine. Dès lors, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :

7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Mme C déclare craindre pour sa sécurité en cas de retour en Arménie en raison des menaces et violences dont elle aurait été victime de la part d'un de ses voisins, membre de la police. Néanmoins, ses déclarations, très générales et qui ne sont assorties d'aucune pièce en accréditant le bien-fondé, ne sont pas suffisantes à établir la réalité de son récit pas plus que l'actualité de ses craintes. Au surplus, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne précitée n'est pas fondé et doit être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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