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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405293

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405293

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405293
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2024, M. B A, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire a rejeté sa demande, formée le 19 octobre 2022, de renouvellement de son titre de séjour, et de la décision de refus de titre de séjour du 22 septembre 2023 qui s'y est substituée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que, depuis le 6 novembre 2023, les récépissés qui lui sont délivrés ne l'autorisent plus à travailler ; il est désormais privé de la possibilité de travailler et d'avoir des ressources, du fait du comportement de l'administration ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision implicite, les moyens suivants tirés de ce que la décision en litige est illégale, faute pour le préfet du Rhône de lui en avoir communiqué les motifs alors qu'il lui en avait fait la demande, qu'elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; par ailleurs, la décision du 22 septembre 2023 est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur, a été prise de manière déloyale, et méconnaît l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête de M. A est irrecevable, dès lors qu'a été pris à l'encontre du requérant, le 22 septembre 2023, un arrêté rejetant expressément sa demande de titre de séjour, qui se substitue à la décision implicite en litige, et qui est définitive, faute d'avoir été contestée dans les délais.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 17 novembre 2023 sous le n° 2309788 par laquelle le requérant demandent l'annulation de la décision implicite en litige.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lecas, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :

- Me Guillaume, représentant M. A, qui a repris ses conclusions et moyens et fait valoir en outre que la décision du 22 septembre 2023 a été prise sans consultation préalable de la commission du titre de séjour, et qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. A a demandé, le 19 octobre 2022 le renouvellement de son titre de séjour. Du silence gardé pendant quatre mois sur sa demande est née une décision implicite de rejet. Par une décision du 22 septembre 2023, le préfet de la Loire a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour. M. A, qui a saisi le tribunal d'une demande tendant à l'annulation de la décision implicite qui lui a été opposée, demande la suspension de l'exécution de cette demande.

Sur la recevabilité de la requête au principal :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande de délivrance d'un titre de séjour fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. En l'espèce, si le silence gardé pendant quatre mois par le préfet de la Loire sur la demande de titre de séjour présentée le 19 octobre 2022 par M. A a fait naître, le 19 février 2023 une décision implicite de rejet, le préfet de la Loire a, par une décision du 22 septembre 2023 expressément rejeté la demande présentée par l'intéressé. Cette décision expresse de refus de séjour s'est en conséquence substituée à la décision implicite précédemment née et les conclusions à fin d'annulation doivent être exclusivement regardées comme dirigées contre cette décision expresse du 22 septembre 2023. Alors au demeurant que le préfet de la Loire ne justifie ni de la notification régulière de cette décision ni de l'information donnée sur les voies et délais de recours, la requête de M. A contre cette décision a été enregistrée au greffe du tribunal le 17 novembre 2023, soit dans le délai de deux mois suivant la prise de cette décision de refus de séjour. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que la requête au principal de M. A ait été présentée après l'expiration des délais de recours et qu'elle soit irrecevable. La fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Loire doit, par suite, être écartée.

Sur l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et qu'aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " ; qu'enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. " ;

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. D'une part, le refus en litige est opposé à une demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A. Ainsi, ce dernier bénéficie de la présomption d'urgence s'appliquant dans un tel cas. Le préfet, qui n'a pas défendu sur ce point, n'a fait état d'aucun élément de nature à remettre en cause cette présomption. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

7. D'autre part, en l'état de l'instruction, les moyens selon lesquels la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Les deux conditions requises par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies en l'espèce, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il y a lieu, en l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Loire de délivrer à M. A, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, renouvelable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa demande, et de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros à verser à M. A au titre des frais non compris dans les dépens qu'il a exposés.

ORDONNE :

Article 1er : L'exécution de la décision du 22 septembre 2023 du préfet de la Loire refusant de délivrer un titre de séjour à M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur les conclusions de la requête au fond présentées par l'intéressé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente et sous huit jours, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire.

Fait à Lyon, le 18 juin 2024.

Le juge des référés,

T. Besse

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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