Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405322

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantMANTIONE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant l'arrêté préfectoral du 5 mars 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de douze mois. Le juge a estimé que le comportement de l'intéressé, impliqué dans des faits de stupéfiants et de faux documents, constituait une menace pour l'ordre public, justifiant la mesure d'éloignement. Il a également considéré que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de sa courte présence en France et de ses attaches familiales en Algérie. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire enregistrée le 31 mai 2024, M. A B, représenté par Me Mantione conteste l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Il fait part de sa volonté de former un recours contre cette décision.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable pour tardiveté et faute de contenir l'exposé des faits et moyens ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge, tel qu'imposé par l'article R. 411-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Viotti en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 9 octobre 2024 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Me Mantione, représentant M. B, qui a, d'une part, indiqué que l'intéressé a été incarcéré immédiatement après la notification de l'arrêté contesté, qu'il n'a fait part d'aucune difficulté pour accéder au greffe de la maison d'arrêt mais souhaité attendre d'obtenir une consultation avec une association d'aide aux étrangers, d'autre part, soulevé deux moyens nouveaux tirés de l'atteinte disproportionnée portée à la vie privée et familiale de M. B et contesté l'appréciation faite sur son comportement, qui ne représente pas une menace à l'ordre public, alors d'ailleurs qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;

- et celles de M. B, présent, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui a déclaré ne rien avoir à ajouter aux déclarations de son conseil.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 20 août 1997 à Oran, déclare être entré irrégulièrement en France quatre mois plus tôt. Par arrêté du 5 mars 2024, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois. A sa libération de la maison d'arrêt de Lyon-Corbas, où il était écroué depuis le 6 mars 2024, il a été placé en centre de rétention administrative. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 5 mars 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la préfète du Rhône a estimé que le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public dans la mesure où il a été interpellé et placé en garde à vue le 4 mars 2024 pour des faits d'usage de faux documents administratifs, de trafic de produits stupéfiants, de recel et de défaut de permis de conduire, et qu'il est par ailleurs défavorablement connu des services de police pour des faits de vol à l'étalage. Le requérant n'a nullement contesté la matérialité de ces faits à la barre, qui doivent, dès lors, être regardés comme établis. Ainsi, et quand bien même il n'aurait jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, c'est à bon droit que la préfète du Rhône a pu estimer que le comportement de M. B constitue, eu égard à la nature des faits qui lui sont reprochés, une menace pour l'ordre public.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que M. B réside en France depuis seulement quatre mois, après en avoir passé vingt-sept dans son pays d'origine. S'il a fait valoir à l'audience qu'une de ses tantes habite en région parisienne, il a également reconnu que ses parents vivent toujours en Algérie, où il ne sera pas isolé en cas de retour. Enfin, compte tenu des faits qui lui sont reprochés tels que retracés au point 2, son comportement ne démontre pas une réelle volonté de s'insérer dans la société française. Dans ses conditions, l'arrêté en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 mars 2024.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète du Rhône, et à Me Mantione.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La magistrate désignée,

O. VIOTTILe greffier,

T. CLEMENT

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2405322