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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405347

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405347

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juin 2024, Mme C B épouse A, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 17 mai 2024 par lesquelles le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de six mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux filles ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses deux filles ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Loire a produit une pièce qui a été enregistrée le 18 juin 2024.

Mme B épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 27 juin 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Allais pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme Allais, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A, ressortissante albanaise née le 15 février 1979, est entrée en France accompagnée de ses deux filles nées en 2007 et 2012, pour y demander l'asile. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 mars 2024 Par les décisions contestées du 17 mai 2024, le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant six mois.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Mme B épouse A ayant, en cours d'instance, été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de cette même aide.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées :

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire du 6 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, et librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions litigieuses doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Et aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Mme B épouse A, qui est entrée en France récemment accompagnée de ses filles pour y demander l'asile dont elles ont été déboutées, n'a pas d'attaches familiales sur le territoire français. Elle a passé la plus grande partie de sa vie dans son pays d'origine, de même que ses filles. Si elle se prévaut du handicap de sa fille cadette, elle ne l'établit toutefois pas par la seule production d'un accusé de réception d'un dossier de demande d'une prestation de compensation du handicap, d'allocation d'éducation de l'enfant handicapé et d'une carte mobilité inclusion, ladite demande ayant, au demeurant, été jugée irrecevable faute pour l'intéressée d'avoir transmis l'ensemble des pièces requises à son appui. La requérante n'est, compte tenu de ce qui précède, pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et a méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants.

6. En second lieu, si Mme B épouse A invoque, pour contester la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, les risques de mauvais traitements qu'elle encourt en cas de retour dans son pays d'origine, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la mesure d'éloignement, dès lors que le pays de renvoi est fixé par une décision distincte, au demeurant contestée par la requérante.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, cette décision, qui fait mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que cette décision porte au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B épouse A une atteinte disproportionnée et méconnaît l'intérêt supérieur de ses filles mineures doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 précédent du présent jugement.

9. En troisième lieu, selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement inhumains ou dégradants ".

10. Si Mme B épouse A, dont la demande d'asile a été rejetée, fait valoir qu'elle-même et ses filles seraient exposées, en cas de retour en Albanie, à des peines ou traitements inhumains et dégradants du fait des violences dont elles ont été victimes de la part de leur époux et père, la requérante n'apporte toutefois au tribunal aucun élément de nature à établir la réalité, l'actualité et le caractère personnel des risques prétendument encourus. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut donc qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B épouse A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 17 mai 2024 par lesquelles le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office. En l'absence de tout moyen dirigé contre l'interdiction de retour, la requérante n'est pas davantage fondée à demander l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction ne peuvent, par suite, qu'être rejetées également.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme réclamée par la requérante au profit de son avocat sur le fondement combiné à celui de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme B épouse A tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B épouse A est rejetée pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2024.

La magistrate désignée,

A. Allais La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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