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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405633

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405633

mercredi 12 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCHINOUF SOPHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, M. B A, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 Colombier-Saugnieu), demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'État, le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le préfet devra justifier des délégations de signature ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne représente par une menace pour l'ordre public, il souhaite quitter le territoire français et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne représente pas une menace pour l'ordre public, il souhaite quitter le territoire français et n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;

- la durée d'un an est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Le préfet de la Savoie a produit des pièces enregistrées le 12 juin 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Rizzato pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 juin 2024, Mme Rizzato, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Chinouf, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, se désiste du moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté et maintient les autres moyens soulevés dans les écritures. Elle soutient en outre que M. A est en réalité né le 13 juin 2007 et est dès lors mineur, qu'il a déposé une demande d'asile en Italie, que l'arrêté en litige est intervenu en méconnaissance du droit d'être entendu dès lors qu'il n'a pas été assisté par un avocat lors de son audition par les services de police, qu'il a été ainsi privé d'une garantie, que la décision ne se prononce pas sur son âge alors qu'il existait un doute, que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 dès lors qu'il est mineur ; qu'il a menti sur son âge pour pouvoir se rendre en Italie, qu'il a fait l'objet d'un signalement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance de Toulon ; que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles R. 40-38-1 et suivants du code de procédure pénale.

- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet de la Savoie, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

- et les observations de M. A, assisté par Mme C, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le requérant, se disant M. B A, ressortissant tunisien, demande l'annulation des décisions du 9 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes du procès-verbal d'audition du requérant par les services de police que M. A " n'a pas souhaité être assisté par un avocat durant son audition ", qu'il a été assisté par un interprète par téléphone et qu'il a été invité à faire part de ses observations dans l'hypothèse d'un éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de la Savoie, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle du requérant compte-tenu des éléments dont il avait connaissance. En particulier, si le requérant soutient désormais, pour la première fois à l'audience, qu'il est en réalité né en 2007 et non en 2004 comme mentionné dans sa requête introductive d'instance, il ressort des pièces du dossier qu'il a été précisément interrogé lors de son audition sur son éventuelle minorité et sur les raisons pour lesquelles la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires indiquait qu'il y est mentionné à quatre reprises sous l'identité de A B né le 13 juin 2007. Il a expressément déclaré être majeur et confirmé que sa date de naissance était le 13 mars 2004, et indiqué qu'il avait communiqué cette date aux autorités italiennes dans sa demande d'asile et dans sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, le requérant, qui ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations, ne justifie pas de sa minorité. Le moyen tiré de l'absence ou de l'insuffisance d'un examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui dispose que " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet.". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. M. A a indiqué vouloir se rendre en Italie où il n'établit ni même ne soutient être admissible. Il ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, d'une résidence effective et permanente et relève donc des prévisions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces éléments sont de nature à établir l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Dès lors, ces motifs, mentionnés par le préfet dans la décision attaquée, suffisent à fonder la décision contestée et c'est sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Savoie a pu lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière au sens des dispositions précitées. Il n'est donc pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. M. A s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a fixé la durée de l'interdiction de retour au regard des critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Il a notamment relevé que le requérant est entré récemment sur le territoire, qu'il ne dispose pas d'attaches en France et ne fait état d'aucune perspective d'insertion en France, qu'il a fait l'objet d'un refus d'entrée en Italie de la part des autorités italiennes et qu'il est connu défavorablement des services de police. Dans ces conditions, et en tout état de cause, il n'est pas établi que des circonstances humanitaires justifieraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. Le préfet de la Savoie, ne lui ayant pas opposé l'existence d'une menace à l'ordre public, M. A ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions des articles R. 40-38-1 et suivants du code de procédure pénale. L'autorité préfectorale n'a ainsi pas méconnu les dispositions citées au point 9 en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à cinq ans, la durée fixée à un an n'est pas disproportionnée. Le préfet de la Savoie n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.

La magistrate désignée,

C. Rizzato,

La greffière

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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