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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405658

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405658

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, M. B A, représenté par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 28 mai 2024 par lequel le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire, ou à défaut, une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail, sous huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; ou à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et, dans l'attente d'une nouvelle décision, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail sous huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser, à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence du signataire de l'acte ;

- elles ont été prises en méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à l'édiction d'une décision de retour ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle induit sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire, qui a produit des pièces, enregistrées le 13 septembre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 2 août 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bour pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, magistrate désignée.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 16 mars 1972, est entré irrégulièrement en France en novembre 2022 et a sollicité l'asile le 1er septembre 2023. Sa demande ayant été définitivement rejetée par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 5 janvier 2024, le préfet de la Loire a prononcé à son encontre, par l'arrêté contesté du 28 mai 2024, une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 2 août 2024, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, qui a perdu son objet en cours d'instance.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu de la délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 24 juillet suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition de l'intéressé durant sa retenue administrative du 13 mars 2024 pour vérification du droit au séjour, que M. A a été informé, par l'intermédiaire d'un interprète en langue pachtou qu'il a déclaré comprendre, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement vers son pays d'origine, et qu'il a été mis à même de formuler, de manière utile et effective, des observations sur ces points. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être préalablement entendu a été méconnu.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, si M. A soutient qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Pakistan, la mesure d'éloignement qu'il conteste n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office, qui fait l'objet d'une décision distincte. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

6. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'autorité préfectorale a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle, notamment au regard de sa prise en charge médicale en France. Toutefois, si M. A produit des pièces médicales concernant des convocations à des consultations médicales et une opération chirurgicale déjà subie en 2023, et des convocations à un rendez-vous avec un médecin anesthésiste le 3 juin 2024 et pour une intervention chirurgicale en ambulatoire le 12 juin 2024 dont il ne précise pas la teneur, il n'établit pas que son état de santé serait d'une gravité telle qu'il ferait obstacle à son éloignement du territoire français, à la date de la décision contestée, alors en tout état de cause que l'opération chirurgicale à laquelle il est convoqué pouvait être réalisée dans le délai qui lui était imparti pour quitter volontairement le territoire. Dans ces conditions, alors que M. A ne fait état d'aucun lien social ou familial d'une particulière intensité en France, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 721-3 et 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant, notamment qu'il a déclaré avoir obtenu la reconnaissance de la qualité de réfugié en Italie et que toute sa famille réside au Pakistan. Elle est, par suite, suffisamment motivée en droit comme en fait et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", et aux termes de l'article L. 721-4 du même code, et non L. 513-2 comme le fait valoir le requérant de manière erronée en se référant à une version très antérieure de ce code : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. En se bornant à soutenir qu'il craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, sans produire aucune pièce ni aucun récit circonstancié à l'appui de ses allégations, et alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, M A n'établit pas qu'il serait susceptible d'être personnellement soumis à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Italie, pays mentionné par la décision contestée, ou dans son pays d'origine également mentionné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions précitées doit être écarté.

10. En troisième lieu, alors que M. A a lui-même déclaré être réfugié en Italie et avoir toute sa famille au Pakistan, qu'il n'établit pas craindre pour sa vie et sa sécurité en cas de retour en Italie ou au Pakistan, et qu'il ne soutient pas qu'il ne pourrait pas y bénéficier des soins nécessaires à son état de santé qu'il ne détaille pas, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision fixant le pays de renvoi sur sa situation personnelle doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lawson Body et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La magistrate désignée,

A-S. BourLa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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