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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405660

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405660

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juin 2024, M. D A B, représenté par Me Cadoux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2024 par lequel le préfet de l'Isère l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation, sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et la durée de l'interdiction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme Boulay les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, magistrate désignée ;

- les observations de Me Cadoux, représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, insiste sur le moyen tiré du défaut d'examen, dès lors que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français comporte une erreur dans la date de la mesure d'éloignement, qu'elle est succincte quant à sa situation personnelle, et que le préfet n'a pas pris en compte sa demande de titre de séjour, alors qu'il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour en qualité d'étranger malade, insiste sur l'existence de circonstances humanitaires s'opposant à l'adoption d'une interdiction de retour sur le territoire français et soulève, en outre, des moyens tirés de ce que le préfet de l'Isère aurait dû saisir pour avis le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration et de ce que la décision attaquée est intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu.

- et les observations de M. A B, assisté par Mme E, interprète en langue arabe ;

- les préfets de l'Isère et du Rhône n'étaient ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né en 1999, a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire assortie d'un délai de 30 jours le 19 mai 2023, qu'il n'a pas exécutée. Par un arrêté du 9 juin 2024 dont M. A B demande l'annulation, le préfet de l'Isère l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 11 juin 2024, la préfète du Rhône l'assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

3. Selon l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

4. En premier lieu, par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de l'Isère a donné à M. F C, sous-préfet de la Tour du Pin, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté

5. En deuxième lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français mentionne les dispositions dont il est fait application, précise qu'il n'existe pas de circonstances humanitaires, notamment au vu de l'état de santé de M. A B, que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français malgré la décision d'éloignement du 19 mai 2023 et qu'il ne justifie pas de liens intenses stables et anciens sur le territoire français. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

6. En troisième lieu, l'erreur de plume commise quant à la date de l'obligation de quitter le territoire français dont M. A B a fait l'objet le 19 mai 2023 et l'omission de la mention la pré-demande de titre de séjour déposée le 28 février 2024 par le requérant, ne permettent pas de considérer que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant avant de prendre la décision attaquée, au vu notamment de sa situation médicale, laquelle est détaillée dans cette décision.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier et en particulier du procès-verbal d'audition dressé par les services de police le 9 juin 2024, préalable à l'édiction de la décision attaquée, que M. A B a été entendu sur sa situation administrative et familiale et qu'il a notamment pu faire état de ses problèmes de santé. Par suite, le moyen tiré de la violation du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En cinquième lieu, la circonstance que M. A B ait déposé le 28 février 2024 une pré-demande de titre de séjour ne faisait pas obstacle en elle-même à l'édiction d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas contesté qu'il s'est soustrait à l'exécution de cette décision, laquelle demeurait exécutoire quand bien même l'interdiction en litige est intervenue plus d'un an après son adoption, l'expiration de ce délai faisant alors seulement obstacle à l'exécution d'office de cette décision d'éloignement.

9. En sixième lieu, le moyen tiré de ce que le préfet aurait dû, préalablement à la décision attaquée, saisir pour avis le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, est inopérant à l'encontre d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et ne peut ainsi qu'être écarté.

10. En septième lieu, M. A B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'un délai de 30 jours par un arrêté de la préfète du Rhône du 19 mai 2023, qui lui a été notifié le même jour, qu'il n'a pas exécuté dans le délai imparti. Il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lequel le préfet édicte une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature s'y opposer. En l'espèce, le requérant se prévaut de sa situation médicale, dès lors notamment qu'il est porteur d'une prothèse au genou gauche, qui ne nécessite néanmoins plus de prise en charge médicale particulière, et atteint d'une hémophilie de type A pour lequel il bénéficie un traitement par injection médicamenteuse bi-hebdomadaire. Toutefois les seules pièces produites, qui font état d'une difficulté d'accès à ce traitement au niveau mondial, et de l'impossibilité pour le requérant d'accéder en Algérie à une technique de traitement dont il ne bénéficie pas en France, ne permettent pas d'établir qu'une prise en charge médicale adaptée ne serait pas disponible dans son pays d'origine, où il a au demeurant vécu jusqu'en 2022. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A B, qui ne se prévaut d'aucun lien personnel ou familial en France, ni d'une insertion sociale ou professionnelle particulière, est défavorablement connu des services de police pour des faits répétés de vol intervenus entre septembre 2023 et juin 2024. Ainsi, à supposer même que la présence en France du requérant ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, M. A B ne justifie pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. Par suite, le préfet de l'Isère, qui a procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de prendre la décision attaquée, n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées, ni pris une mesure disproportionnée au regard de sa situation personnelle, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée limitée à un an. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de tout de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Isère lui faisait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, au préfet de l'Isère et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.

La magistrate désignée,

P. Boulay

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône et au préfet de l'Isère, en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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