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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405682

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405682

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantMUSCILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2024 et un mémoire enregistré le 1er octobre 2024, M. A B, représenté par Me Muscillo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'absence d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il dispose d'un titre de séjour valable en Italie qui lui permet de séjourner temporairement en France, la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

sur la décision fixant le délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination :

- elles sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Des pièces ont été enregistrées par la préfète du Rhône le 5 juillet 2024 qui ont été communiquées.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

On été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, magistrat désigné,

- et les observations pour Me Muscillo pour le requérant qui maintient ses moyens et conclusions ; il précise qu'il dispose d'un titre de séjour valable en Italie ; le requérant précise qu'il est retourné en Italie et qu'il est revenu sur le territoire français le 1er octobre 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, a fait l'objet d'un contrôle d'identité pour lequel il n'a pu présenter un titre de séjour. Par un arrêté du 22 mai 2024, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. B A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation personnelle et administrative de M. B, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. Il résulte des dispositions des articles L. 611-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'obligation de quitter le territoire français, et de l'article L. 621-4 du même code, relatives aux procédures de remise d'un étranger à un Etat membre de l'Union européenne que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-4, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement de cet article L. 621-4, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

4. Lors de son audition du 28 mai 2024, M. B a déclaré être en France depuis deux semaines, et être arrivé directement en provenance d'Italie, en train, depuis Turin. Il a indiqué être titulaire d'une carte de séjour valable dans ce pays dont il a demandé le renouvèlement. Il produit à l'instance la copie d'une carte de séjour l'autorisant à séjourner en Italie. M. B est, par suite, fondé à soutenir que la préfète du Rhône, préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français, aurait dû saisir en priorité les autorités italiennes d'une demande de réadmission sur le fondement des dispositions de l'article L. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 28 mai 2024. Les décisions du même jour refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont annulées par voie de conséquence.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement au conseil du requérant d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 28 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône a fait obligation à M. A B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai est annulé.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. A B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. ClémentLe greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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