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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405713

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405713

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2024, M. A B, représenté par Me Lawson Body, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2024 par lequel le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois et, dans l'attente d'une nouvelle décision et en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser, à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence du signataire de l'acte ;

- le refus de séjour est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur la notion de menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur la notion de menace pour l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :

- par voie d'exception, la décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français qui est entachée d'illégalité ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur la notion de menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une disproportion dans sa durée.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire, lequel a produit des pièces, enregistrées le 11 octobre 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 2 août 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bour pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, magistrate désignée.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant géorgien né le 13 septembre 1986, est entré irrégulièrement en France en octobre 2023 et a échoué à déposer une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par l'arrêté contesté du 29 mai 2024, le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 2 août 2024, M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu de la délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 24 juillet suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En second lieu, si M. B soutient que le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé, il ressort des termes de l'arrêté contesté qu'aucune décision de refus de séjour n'a pas été prise à son encontre et ce moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, si M. B soutient qu'il encourt des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie, la mesure d'éloignement qu'il conteste n'a, ni pour objet, ni pour effet de fixer le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office, qui fait l'objet d'une décision distincte. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ". Il ressort des termes mêmes de la décision contestée qu'elle a été prise sur le fondement des 1° et 4° précités, et non du 5° qui ne lui sert pas de fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public que constituerait sa présence sur le territoire français doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 721-3 et 4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne les éléments de fait relatifs à la situation personnelle du requérant sur lesquels le préfet a fondé son appréciation, notamment le fait qu'il n'établit, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, ni qu'il y serait exposé à des traitements contraires à la convention précitée. Elle est par suite suffisamment motivée, en droit comme en fait, et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, alors que la décision contestée ne se fonde nullement sur une appréciation de la menace à l'ordre public que représenterait le requérant, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de cette menace doit être écarté comme inopérant.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il résulte de ces stipulations qu'il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 précité. En l'espèce, en se bornant à faire valoir qu'il craint pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, sans plus de précisions circonstanciées sur la réalité, l'actualité et la teneur des menaces alléguées, le requérant n'établit pas qu'il serait susceptible d'être personnellement soumis à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit par conséquent être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision interdisant son retour sur le territoire français.

11. En deuxième lieu, une décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément. En l'espèce, la décision contestée vise notamment les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde et mentionne les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle de l'intéressé sur lesquels le préfet a fondé son appréciation du principe et de la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre, évoquant notamment son entrée récente sur le territoire français, l'absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables en France, son comportement qui trouble l'ordre public, justifiant que, malgré l'absence d'une précédente mesure d'éloignement, une interdiction de retour d'une durée de trois ans soit prononcée. Elle est par suite suffisamment motivée, en droit comme en fait, et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

12. En troisième lieu et en l'absence d'élément spécifique relatif à la décision attaquée, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ", et aux termes de l'article L612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

14. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, présent depuis moins d'un an en France à la date de la décision contestée, y est dépourvu de toute attache familiale ou sociale et, même s'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale, est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol et conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance, lors de ses précédents séjours en France sur la période 2019-2023, ainsi que pour des faits de vol pour lesquels il a été immédiatement placé en garde-à-vue le 29 mai 2024, ce qui a conduit au prononcé de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir que le préfet n'a pas mis en balance la décision contestée avec des circonstances humanitaires, dont il ne précise pas la teneur, et que la décision contestée est entachée d'un défaut de proportionnalité, M. B ne conteste pas utilement la légalité de l'interdiction de retour d'une durée de trois ans qui a été prononcée à son encontre, et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation et du caractère disproportionné doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requête, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent par conséquent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au bénéfice de son conseil au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Lawson Body et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La magistrate désignée,

A-S. BourLa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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