mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2405767 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | RICHON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 12 et 14 juin 2024, M. A B, représenté par Me Richon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 11 juin 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite, l'a interdit de retour sur le territoire national pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation personnelle ; tant son domicile que ses liens familiaux étaient indiqués lors de son audition ; il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision procède d'une inexacte application des dispositions des articles L. 612-1 et L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la mesure portant interdiction de retour sur le territoire national :
- cette décision procède d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur l'assignation à résidence :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement prononcée ;
- elle est insuffisamment motivée, révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle procède d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 731-1 du code précité.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 13 et 14 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- elle sollicite la neutralisation de l'application, erronée, des dispositions du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Gilbertas.
Vu la prestation de serment de M. C, interprète en langue arabe.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,
- les observations de Me Richon, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, sauf à se désister du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué.
- les remarques de M. B, assisté par M. C, interprète en langue arabe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 2 février 2002, demande l'annulation des décisions du 11 juin 2024 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite, l'a interdit de retour sur le territoire national pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. D'une part, la décision en litige vise les dispositions dont elle fait application et relève les éléments biographiques de M. B disponibles à l'administration pertinents pour cette application. A cet égard, si M. B conteste certaines appréciations portées par l'autorité compétente sur sa situation, de tels griefs, qui concernent le bienfondé de la décision en litige, ne relèvent pas de la motivation de celle-ci. Il ne ressort ni de cette motivation, suffisante en l'espèce, ni des autres pièces du dossier que la décision en litige aurait été édictée à l'issue d'un examen incomplet de la situation du requérant.
4. D'autre part, M. B se prévaut d'une résidence en France depuis un peu plus d'un an et de la présence en France de sa mère, bénéficiaire d'un titre de séjour valable dix ans, et de ses frères et sœurs, ressortissants français pour deux d'entre eux. Il indique également avoir suivi en France une formation de cariste et travailler irrégulièrement sur des marchés. Toutefois, compte tenu de sa brève durée de résidence et de la teneur des liens ainsi caractérisés, alors que M. B a vécu l'essentiel de sa vie en Algérie auprès de son père qui y réside toujours, la décision en litige ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
5. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité ou () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".
6. Pour refuser un délai de départ volontaire à M. B, la préfète du Rhône, au visa des dispositions précitées, a relevé que M. B était entré irrégulièrement sur le territoire et qu'il n'avait pas sollicité de titre de séjour, que sa présence en France présentait une menace pour l'ordre public, qu'il avait indiqué ne pas vouloir se conformer à la mesure d'éloignement envisagée et qu'il ne justifiait ni de documents de voyage ni d'une résidence effective en France.
7. D'une part, et s'agissant de la menace à l'ordre public relevée par l'autorité compétente, il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé à la suite du dépôt de plainte d'une victime ayant été agressée et volée lors d'un rendez-vous convenu par moyen télématique par quatre individus dont l'un, porteur d'un couteau, exhibait un plâtre au bras droit et une cicatrice entre les deux yeux. Si M. B, qui correspond en tout point à la description précédente, conteste sa présence sur les lieux, les déclarations recueillies lors de l'enquête de police font apparaître qu'un témoin l'a identifié, sur la base de photographies dites de tapissage, lors de son entrée et de sa fuite de l'immeuble en cause, en compagnie de trois autres personnes, qu'une autre témoin l'identifie également à l'occasion d'occupations régulières et incommodantes du même lieu et que la déposition de la mère de l'intéressé ne permet pas de confirmer ses dires quant à sa présence à leur domicile commun lors des faits en cause. Dans ces conditions, compte tenu de l'implication personnelle de M. B dans des faits d'une gravité certaine et très récents au regard de la durée de sa présence en France, c'est sans erreur d'appréciation que l'autorité compétente a pu retenir que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, sans qu'ait d'incidence sur cette appréciation les circonstances tenant à ce que la victime n'a pas pu se rendre au commissariat pour l'identifier sur photographies avant sa comparution immédiate et que M. B a fait l'objet d'une relaxe dans la procédure pénale afférente " au bénéfice du doute ".
8. D'autre part, si M. B établit par les pièces produites disposer d'un logement effectif et pérenne en France et que la préfète du Rhône sollicite la neutralisation du motif retenu tenant à ce que le requérant aurait indiqué ne pas vouloir se conformer à la mesure d'éloignement en litige, les autres motifs de la décision en litige, outre la menace pour l'ordre public relevée ci-avant, ne sont pas contestés. Il résulte de l'instruction que la préfète du Rhône aurait pris la même décision en se fondant sur ceux-ci seuls. Le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. En se bornant à invoquer ses liens récents avec le territoire national et l'absence de menace pour l'ordre public que constituerait sa présence en France, M. B, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 7 du présent jugement, ne caractérise pas des circonstances humanitaires à même de faire obstacle à l'édiction de la décision attaquée ni que cette décision revêtirait un caractère disproportionné. Le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
11. D'une part, l'illégalité de la mesure d'éloignement visant M. B n'étant pas établie, celui-ci n'est pas fondé à en exciper à l'encontre de la décision attaquée.
12. D'autre part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ".
13. La décision attaquée vise les dispositions dont elle fait application et relève les éléments d'appréciation pertinents pour cette application, notamment son défaut de documents de voyage. Il ne résulte ni de cette motivation, suffisante en l'espèce, ni des autres pièces du dossier que l'autorité compétente aurait édicté sa décision à l'issue d'un examen incomplet de sa situation, laquelle n'avait pas à être caractérisée " au regard notamment des relations diplomatiques entre la France et l'Algérie ". Il ne résulte par ailleurs d'aucun de ces éléments une inexacte application des dispositions précitées. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Richon et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
Le magistrat désignéLa greffière
M. D
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026