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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405827

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405827

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405827
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juin 2024 à 17 heures et 13 minutes, M. C A B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 juin 2024 par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et souffre d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors qu'il a des problèmes de santé et qu'il est menacé dans son pays ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 19.2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 33 de la Convention de Genève dès lors qu'il est menacé et qu'il ne peut pas bénéficier de soins en Libye.

Par un mémoire, enregistré le 14 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code pénal ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lacroix pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix, magistrate désignée,

- les observations de Me Vray, pour M. A B, qui précise que le requérant est né le 15 septembre 2003 et non le 5 septembre 2003, qu'il est père d'un enfant français né le 9 mars 2021 qui n'a pu reconnaître faute de papiers d'identité et qu'il s'apprête à demander l'asile en rétention, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et soutient en outre que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les observations de M A B, qui précise que sa maladie mentale a été diagnostiquée lorsqu'il résidait en Suisse il y a un an et demi et qu'il n'a plus de famille en Libye, ses parents étant décédés et ses frères ayant fui en Espagne ;

- la préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant libyen né le 15 septembre 2003, a été condamné à une peine d'emprisonnement assortie d'une interdiction du territoire français pour une durée de deux ans par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 5 mars 2024. Par la décision attaquée du 12 juin 2024, la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office. Par une décision du même jour, M. A B a été placé en rétention administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3 Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). " Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du 2 de l'article 19 de la Charte de l'Union européenne : " Nul ne peut être éloigné, expulsé ou extradé vers un État où il existe un risque sérieux qu'il soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à d'autres peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

4. M. A B soutient souffrir de schizophrénie, maladie diagnostiquée un an et demi auparavant alors qu'il résidait en Suisse, traitée par injection mensuelle ainsi que de troubles cardiaques. Ces éléments, portés à la connaissance de l'administration, ainsi que cela ressort de la décision du même jour décidant de son placement en rétention administrative, ne sont pas mentionnés dans la décision attaquée. En défense, la préfète fait valoir que le requérant ne produit aucun élément quant à son état de santé et relève que le 5 mars 2022, soit antérieurement au diagnostic de sa maladie, il n'a fait état d'aucune observation particulière lors de l'examen de son état de vulnérabilité. Toutefois, M. A B soutient, sans être contesté, disposer d'ordonnances pour ce traitement, délivrées par le médecin de la maison d'arrêt où il a été incarcéré durant les quatre mois précédant ainsi que par le médecin du centre de rétention administrative où il est actuellement retenu. Dans ces conditions, M. A B est fondé à soutenir que la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle au regard en particulier des risques encourus compte tenu de son état de santé en cas de retour en Libye.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 juin 2024 par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office.

Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991, le versement à Me Vray de la somme de 800 euros, sous réserve que M. A B obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

DECIDE :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 12 juin 2024 par laquelle la préfète du Rhône a fixé le pays à destination duquel M. A B sera reconduit d'office est annulée

Article 3 : L'Etat versera à Me Vray, avocate de M. A B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que M. A B obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

La magistrate désignée,

A. Lacroix

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2405827

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