jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2405830 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | HASSID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Hassid, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 7 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer le certificat de résidence sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le délai de deux mois à compter de cette même date, sous la même condition d'astreinte, en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, à titre infiniment subsidiaire, en cas d'annulation de la décision fixant le pays de destination, de l'assigner à résidence ;
3°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de refus de certificat de résidence est insuffisamment motivée ;
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, en particulier au regard de ses attaches privées et familiales en France ;
- elle est entachée d'erreur de droit, la préfète s'étant crue liée par la circonstance qu'elle n'est pas entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de son pouvoir de régularisation exceptionnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, étant fondée sur un refus de certificat de résident lui-même illégal ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité, invoquée par la voie de l'exception, de la décision de refus de certificat de résident et de celle portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision accordant un délai de départ volontaire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Flechet,
- et les observations de Me Cavalli, substituant Me Hassid, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne née le 24 avril 2002, est entrée sur le territoire français le 19 septembre 2022 pour la dernière fois, sous couvert d'un visa de court séjour. Le 22 avril 2024, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ". Par arrêté du 7 mai 2024 dont elle demande l'annulation, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer ce certificat, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte :
En ce qui concerne le refus de certificat de résidence :
2. En premier lieu, la décision en litige vise les stipulations applicables à la situation de Mme A, en particulier l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que le titre III du protocole annexé à cet accord, sur le fondement desquels a été examinée sa demande de certificat de résidence algérien. Elle expose par ailleurs, de façon circonstanciée, les éléments factuels de la situation de Mme A, et notamment ceux qui ont motivé la décision de refus de certificat. La préfète ayant ainsi régulièrement indiqué les motifs de droit et de fait de sa décision, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle procède de l'examen de la situation personnelle de Mme A. Le moyen tiré de ce que la préfète a opposé un refus sans examiner la situation de l'intéressée manque ainsi en fait.
4. En troisième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres, ressources) reçoivent, sur présentation, soit une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " () pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7bis, alinéa 4 (lettres c à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent ". Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " est subordonnée à l'obtention d'un visa de long séjour. L'autorité administrative compétente peut, toutefois, délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il appartient ainsi au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A ne disposait pas d'un visa de long séjour lorsqu'elle est entrée sur le territoire français, la possession d'un visa de court séjour pour " visite familiale " ne pouvant en tenir lieu. Dès lors qu'elle pouvait légalement, pour le seul motif tiré de l'absence de visa de long séjour, refuser la délivrance d'un certificat de résidence algérien à Mme A, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent en édictant la décision en litige. En mentionnant dans cette décision qu' " aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne justifie une mesure dérogatoire ", la préfète du Rhône justifie avoir examiné la possibilité de faire usage de son pouvoir de régularisation. Le moyen tiré de l'erreur de droit, la préfète s'étant crue, à tort, liée par l'absence d'entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour, doit, par suite, être écarté.
6. En quatrième lieu, comme indiqué précédemment, Mme A ne disposant pas d'un visa de long séjour, la préfète pouvait dès lors refuser, pour ce seul motif, la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " sur le fondement du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est titulaire d'une licence obtenue en Algérie similaire au diplôme en vue duquel des études ont été entamées en France. Si Mme A justifie suivre avec assiduité les études de la première année de langues étrangères appliquées (LEA) - anglais/arabe à l'Université Jean-Moulin Lyon 3 au titre de l'année universitaire 2023-2024 et envisage de poursuivre ensuite ses études en master, son sérieux durant cette première année d'études en France ne suffit pas à caractériser une erreur manifeste d'appréciation de la préfète du Rhône en raison du refus d'accorder à l'intéressée le bénéfice d'une mesure de régularisation à titre exceptionnel.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
8. Le moyen tiré d'une atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de délivrer un certificat de résidence en qualité d'étudiant, cette décision résultant seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le refus de certificat de résidence n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
10. En second lieu, Mme A fait valoir qu'il s'agit de son quatrième court séjour en France, qu'elle entretient des liens forts avec sa sœur, son beau-frère et leurs enfants, qu'elle suit avec sérieux et assiduité la scolarité de la première année de langues étrangères appliquées et envisage de poursuivre ses études en master. Toutefois, son sérieux et son assiduité durant cette première année d'études en France ne suffisent pas à démontrer une insertion particulière sur le territoire français, la qualité d'étudiante ne lui donnant pas, en principe, vocation à établir, de façon pérenne, sa situation personnelle et familiale sur le territoire français. Par ailleurs, Mme A est majeure, célibataire et sans enfant et n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de Mme A en France, l'obligation de quitter le territoire français en litige, qui ne peut être regardée comme ayant porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emportent la décision attaquée sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. Il résulte de ce qui précède que le refus de certificat de résidence et l'obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachés d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ces illégalités et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :
12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".
13. Si la requérante soutient que la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours l'empêche de terminer l'année universitaire et de poursuivre ses études en deuxième et troisième années de licence, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-1.
14. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance, par la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de libertés fondamentales, au soutien duquel ne sont pas développés des arguments spécifiques à cette décision, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10. Egalement pour ces motifs, la décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de Mme A.
15. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme dépourvu des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.
Sur les frais liés au litige :
17. Les conclusions présentées par la requérante, partie perdante, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026