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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405860

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405860

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405860
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, M. B A, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, représenté par Me Matricon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 13 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français ne pouvait être fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ne démontrant pas son entrée irrégulière en France ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus d'accorder un délai de départ méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code précité ;

- l'interdiction de retour méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du même code et présente un caractère disproportionné.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 juin 2024, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Matricon, représentant M. A ;

- les observations de M. A, assisté de M. C, interprète en langue arabe ;

- et les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de la Savoie, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions contestées exposent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Savoie s'est fondé pour ordonner l'éloignement de M. A. Elles sont donc suffisamment motivées.

3. En second lieu, si M. A soutient que le préfet de la Savoie n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, ce qui ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des pièces du dossier, il ne précise pas, en tout état de cause, quelle disposition légale ou règlementaire ni quel principe aurait été méconnu de ce fait. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (). ".

5. Si M. A, de nationalité tunisienne, soutient qu'il est entré régulièrement en France muni d'un passeport revêtu d'un visa de tourisme, il ne produit aucune pièce en justifiant. Notamment, alors qu'il allègue qu'il détiendrait une photographie de son passeport et du visa qui lui avait été délivré, enregistrée sur son téléphone, il ne l'a pas jointe à son recours et ne l'a pas davantage dévoilée au cours de l'audience publique. Dans ces circonstances, le préfet de la Savoie pouvait valablement estimer qu'il ne justifiait pas être entré régulièrement sur le territoire français et ordonner, en application du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son éloignement du territoire français.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Si M. A allègue vivre en France depuis huit ans, il ne l'établit pas. Par ailleurs, le contrat à durée indéterminée conclu avec une entreprise de construction le 1er octobre 2022 et les quelques fiches de paie que l'intéressé joint à son recours, ne sont pas suffisants à démontrer qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux alors que son épouse et ses enfants résident toujours en Tunisie. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A n'a pas justifié auprès de l'autorité administrative la régularité de son entrée sur le territoire français. Il est par ailleurs constant qu'il est dépourvu de tout document l'autorisant à voyager. Enfin, en se bornant à faire état d'une adresse à Mantes-la-Jolie sans produire aucune pièce à l'appui de ses déclarations, il ne justifie pas de ses conditions d'hébergement sur le territoire français. Dès lors, le préfet de la Savoie pouvait légalement estimer qu'il existe un risque que M. A se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement alors même que l'intéressé n'aurait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

10. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. A ne justifie pas de l'ancienneté de son séjour en France, et ne démontre pas y avoir développé des attaches personnelles ou familiales. Il n'a par ailleurs jamais entamé de démarche en vue de régulariser son séjour. Aussi, et alors même que la menace à l'ordre public invoquée par le préfet de la Savoie n'est pas caractérisée, l'interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ne méconnaît pas les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne présente pas de caractère disproportionné.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Savoie.

Lu en audience publique le 18 juin 2024.

La magistrate déléguée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

L. Bon-Mardion

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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