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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405935

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405935

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 juin 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2024 par lequel le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- le préfet devra justifier des délégations de signature ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle présente des conséquences directes et graves au regard de son séjour sur le territoire français et au regard de son éventuel droit au séjour dans un autre Etat membre de l'espace Schengen.

Le préfet de la Savoie a produit des pièces enregistrées le 19 juin 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Bour, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 25 mai 1977, déclare être entré sur le territoire français en 2011 et y avoir vécu de manière continue depuis lors. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée en 2013 par la Cour nationale du droit d'asile et le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé à son encontre une mesure d'éloignement en janvier 2014. Il s'est toutefois maintenu sur le territoire français, a demandé son admission au séjour et, par un arrêté du 12 janvier 2017, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et l'a, à nouveau, obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 15 juin 2024, il a été interpellé et placé en garde à vue. Par l'arrêté contesté du 16 juin 2024, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. L'intéressé, initialement placé en centre de rétention, a été libéré par ordonnance du juge des libertés et de la détention.

Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas adressé au bureau d'aide juridictionnelle de demande d'aide juridictionnelle depuis le dépôt de sa requête, enregistrée le 18 juin 2024, et le renvoi de son affaire devant une formation collégiale. Compte tenu du délai écoulé entre cette date et le jugement de l'affaire, l'urgence n'est pas caractérisée. Les conclusions de M. A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, sous-préfète de Saint-Jean-de-Maurienne, de permanence, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet de la Savoie en date du 27 mars 2024, régulièrement publié le même jour et accessible tant au juge qu'aux parties. Alors qu'il n'est pas contesté qu'elle était de permanence le dimanche 16 juin 2024, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En second lieu, la décision attaquée vise les textes utiles sur lesquels elle se fonde, notamment les dispositions des articles L. 611-1, L. 612-2, L. 612-3 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elle mentionne les éléments déterminants relatifs à la situation personnelle de M. A qui ont conduit le préfet à l'obliger à quitter le territoire français sans délai, notamment sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement, l'absence de justification d'attaches familiales ou d'insertion sociale et professionnelle sur le territoire national, l'absence de présentation de documents d'identité et de résidence effective et permanente ainsi que l'existence d'une condamnation pénale prononcée le 6 novembre 2015 par le tribunal correctionnel de Marseille. Le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, la circonstance que la décision ne mentionne pas sa rencontre alléguée avec Mme E, ni l'existence de deux enfants âgés de trois et cinq ans scolarisés en France, n'est pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation et ne révèle aucun défaut d'examen particulier. Par suite, la décision attaquée comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré du défaut de motivation et du défaut d'examen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, âgé de quarante-sept ans, déclare être entré en France en 2011, où il s'est maintenu depuis lors en situation irrégulière malgré deux obligations de quitter le territoire français prononcées à son encontre le 2 janvier 2014 puis le 12 janvier 2017. S'il soutient vivre en couple avec une compatriote algérienne et avoir eu avec elle deux enfants âgés respectivement de trois et cinq ans, il n'établit ni la réalité de cette relation, ni la situation régulière de sa compagne alléguée, ni qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de ces enfants, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a affirmé être célibataire et sans enfant à charge, lors de son audition par les services de police consécutivement à une arrestation le 16 juin 2024. Il n'est, par ailleurs, pas contesté qu'il a vécu l'essentiel de son existence en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans et où résident ses sœurs et sa mère. Enfin, il ne démontre aucune intégration sociale ou professionnelle particulière sur le territoire national. Dans ces circonstances, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par conséquent, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

8. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet et elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si après prise en compte de ces deux derniers critères, elle ne les retient pas au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

9. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus sur la situation personnelle de M. A, notamment de ce qu'il s'est déjà soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement en date des 2 janvier 2014 et le 12 janvier 2017, et en l'absence de toute insertion sociale et familiale établie, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Savoie, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans, ni que cette mesure présenterait un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle. Pour les mêmes motifs, la circonstance que l'interdiction de retour en litige emporte une inscription automatique dans le système d'information Schengen et une expulsion automatique de tout pays membre, comme il le soutient, ne révèle pas plus une disproportion dans l'édiction ou la durée de cette interdiction.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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