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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2405968

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2405968

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2405968
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantKOTOKO LOUIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 13 juin et 6 octobre 2024, M. B D, représenté par Me Kotoko, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 31 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions en litige ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées et résultent d'un défaut d'examen de sa situation alors qu'il n'a pas été interrogé sur les raisons de son échec en licence ;

- les décisions contestées portent une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résultent d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui a produit des pièces enregistrées le 9 octobre 2024.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 31 octobre 2024.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Reniez,

- et les observations de Me Kotoko pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né en 1998, M. D conteste les décisions du 31 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les décisions du 31 mai 2024 ont été signées par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation que la préfète du Rhône lui a donnée par un arrêté du 15 mai 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. Traduisant un examen de la situation particulière de M. D, l'arrêté critiqué, qui fait notamment état de façon circonstanciée du fondement de la demande de titre de séjour de l'intéressé, de ses résultats universitaires ainsi que de sa situation administrative, personnelle et familiale, comporte les éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Par suite et alors que la préfète du Rhône n'était pas tenue de recueillir les observations préalables du requérant avant de statuer sur la demande qu'il avait présentée, les moyens tirés du défaut de motivation des décisions en litige et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. Pour refuser de faire droit à la première demande de titre de séjour formée par M.D en vue de la poursuite de ses études, la préfète du Rhône s'est fondée sur la circonstance que celui-ci ne justifiait pas être en possession d'un visa de long séjour et sur l'absence de résultats probants et de progression de l'intéressé dans son cursus universitaire.

6. A l'appui de sa contestation, M. D, qui ne critique pas le motif de la décision en litige relatif au défaut de production du visa requis, fait valoir le sérieux de son projet de formation ainsi que les problèmes de santé qu'il a rencontrés en cours d'études et relève qu'en dépit des troubles de l'attention dont il souffre, il a obtenu son diplôme de licence à l'issue de l'année universitaire 2023-2024. Toutefois, il est constant qu'à la date du refus de titre de séjour en litige et comme cette décision le relève, M. D n'avait validé que sa 2e année de licence de mécanique en dépit de six inscriptions successives dans ce cursus. Dans ces conditions, le moyen selon lequel le refus de titre de séjour critiqué résulterait d'une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. Pour soutenir que les décisions attaquées portent une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, M. D fait valoir, outre son parcours universitaire, l'ancienneté de sa présence ainsi que sa bonne intégration en France et les attaches familiales qu'il y compte, exposant en outre qu'il n'a vécu que peu de temps en Tunisie où il a suivi le programme scolaire français. Toutefois, le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille, n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour qu'après plusieurs années de séjour irrégulier en France et alors que M. D ne saurait utilement se prévaloir de circonstances postérieures à la décision en litige, en particulier l'arrivée en France de sa mère, il n'est pas contesté que ni ses frères ni sa sœur ne bénéficiaient d'un titre de séjour à la date des décisions en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en tout état de cause être écarté. Les circonstances dont le requérant fait état ne permettent pas davantage de considérer que la préfète du Rhône a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre les décisions de la préfète du Rhône du 31 mai 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. D à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 04 décembre 2024.

La rapporteure,Le président,

E. ReniezA. Gille

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier

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