mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406002 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | PINHEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juin 2024, M. A D et Mme B C demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône a assigné M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Ils soutiennent que leur mariage, célébré le 4 mars 2023, fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français édictée le 2 février 2022.
Par un mémoire, enregistré le 20 juin 2024, M. D, représenté par Me Pinhel, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) à titre subsidiaire, de l'autoriser à se présenter aux services de police ou de gendarmerie implantés à proximité de son domicile, situé à La Grand-Croix ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit, faute pour la préfète du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit, la préfète du Rhône ayant donné aux dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024, une portée rétroactive ;
- il méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Des pièces, enregistrées le 21 juin 2024, ont été produites en défense par la préfète du Rhône.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juin 2024 :
- le rapport de Mme Gros, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions, présentées à titre subsidiaire, tendant à autoriser M. D à se présenter aux services de police ou de gendarmerie implantés à proximité de son domicile, situé à La Grand-Croix, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'octroyer une telle autorisation ;
- les observations de Me Pinhel, représentant M. D et Mme C, qui reprend les conclusions et les moyens soulevés, indique que la demande de titre de séjour de M. D a certainement été classée sans suite faute pour lui de pouvoir justifier de son entrée régulière sur le territoire français et précise que lors de son audition par les services de police le 17 juin 2024, l'intéressé s'est déclaré célibataire et domicilié à son ancienne adresse à Villeurbanne, afin de ne pas attirer d'ennuis à son épouse ;
- les observations de M. D, assisté de M. E, interprète en langue arabe, qui, interrogé sur ce point, indique s'être rendu à Lyon le 17 juin 2024 pour rencontrer un ami et avoir menti sur sa situation matrimoniale et sur son adresse afin de protéger son épouse ;
- et les observations de Mme C, qui confirme vivre avec son époux à La Grand-Croix.
La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant algérien né le 15 avril 1990, et son épouse, Mme B C, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône a assigné M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, avec obligation de se présenter les lundis et jeudis entre 9h00 et 18h00 dans les locaux de la direction zonale de la police aux frontières situés dans le 3ème arrondissement de Lyon et interdiction de sortir du département du Rhône sans autorisation.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de justice administrative : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 733-1 de ce code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".
5. Lors de son audition en garde à vue le 17 juin 2024, M. D a déclaré résider 31 rue du 4 août 1789 à Villeurbanne (Rhône). Dans le cadre de la présente instance, les requérants expliquent toutefois que M. D a communiqué aux services de police une ancienne adresse, craignant que son épouse, de nationalité française, n'ait des ennuis s'il faisait état de son adresse actuelle dans le département de la Loire, qui est celle du domicile conjugal. A l'appui de leurs dires, les intéressés produisent une facture d'eau établie le 20 décembre 2023 à leurs deux noms et mentionnant une adresse à La Grand-Croix (Loire), à laquelle ils ont confirmé résider ensemble à la date de la décision attaquée lors de l'audience publique. Également interrogé à cette occasion sur sa présence à Lyon le 17 juin 2024, M. D a précisé être venu rendre visite à un ami. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la décision assignant à résidence M. D dans le département du Rhône pour une durée de quarante-cinq jours, alors qu'il est domicilié avec son épouse dans le département de la Loire, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
6. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône a assigné M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à son encontre. Il n'y a, dès lors, pas lieu de statuer sur la demande présentée à titre subsidiaire, à laquelle il n'appartient, en tout état de cause, pas au juge administratif d'accéder.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pinhel, avocate de M. D, d'une somme sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 18 juin 2024 par lequel la préfète du Rhône a assigné M. D à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et Mme B C et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
La magistrate désignée,
R. Gros
La greffière,
A. Senoussi
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026