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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406059

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406059

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU 6ème chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, Mme E B, représentée par Me Vray, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler les décisions du 17 mai 2024 du préfet de la Loire portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution desdites décisions jusqu'à l'issue de la procédure pendante devant la CNDA ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour cette dernière de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle produit des éléments sérieux, susceptibles de justifier la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 20 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue à huis clos pour des motifs tirés du respect de l'intimité des personnes, en application de l'article L. 731-1 du code de justice administrative :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Paquet substituant Me Vray, représentant la requérante, qui a repris ses conclusions et moyens, et de Mme E B, requérante, assistée de de Mme A, interprète en langue albanaise, et de Mme F B, fille de la requérante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante albanaise née en 2005, déclare être entrée en France le 20 janvier 2023, alors qu'elle était encore mineure, avec sa mère et son frère mineur. Elle a déposé une demande d'asile le 23 février 2023, qui a été placée en procédure accélérée au motif que l'Albanie est considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L.531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée le 19 décembre 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Elle a formé un recours contre cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile. Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 du préfet de la Loire portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois pris en application de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des décisions attaquées, qui énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles, sont fondées, que le préfet de la Loire ne se serait pas livré à un examen complet et sérieux de la situation de Mme B. En outre, elles mentionnent les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de la requérante. Dans ces conditions, les décisions attaquées sont suffisamment motivées. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne désigne pas par elle-même le pays de destination, Mme B ne peut utilement faire état des risques qu'elle encourrait en cas de retour en Albanie, et invoquer la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, si la requérante soutient qu'elle encourt des risques dans son pays d'origine, en raison de la présence de son père, alcoolique et violent à son égard, et si elle allègue avoir été victime d'agressions sexuelles et de viols de la part de son cousin, les éléments produits par Mme B, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office française de protection des réfugiés et apatrides est en cours d'examen par la Cour nationale d'asile, ne suffisent pas à établir qu'elle ne pourrait bénéficier de la protection des autorités de son pays et qu'elle encourt des risques en cas de retour en Albanie. Dans ces conditions, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du même code dispose : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

5. Si la requérante n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et si elle ne représente pas une menace pour l'ordre public, l'intéressée ne fait pas état d'attaches familiales stables sur le territoire national, ni d'une insertion particulière en France. Dans ces conditions, et au regard des critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en faisant interdiction à l'intéressée de retourner sur le territoire français pendant une durée de six mois, le préfet de la Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-8 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions aux fins de suspension des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à l'espèce : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 752-11 de ce code dispose : " le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

8. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'étranger, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme un recours contentieux contre celle-ci peut, en application de l'article L. 752-5 précité, saisir le tribunal administratif de conclusions aux fins de suspension de cette mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

9. Au regard du récit de Mme B et notamment des explications circonstanciées et cohérentes qu'elle a pu apporter lors de l'audience, sur la nature des violences et les agressions qu'elle déclare avoir subies, le contexte notamment familial dans lequel elles sont intervenues, et la difficulté pour les femmes albanaises d'obtenir une protection effective des autorités de leur pays, il existe un doute sérieux sur le bien-fondé du rejet opposé à sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ce doute justifie qu'il soit fait droit à la demande de suspension de l'exécution des décisions litigieuses jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur le recours dont l'a saisie Mme B.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme B tendant à l'application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'exécution des décisions du 17 mai 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a obligé Mme B de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, est suspendue jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, statuant sur les recours de l'intéressée, ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la notification de celle-ci.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Juan DLa greffière,

Fatoumia Abdillah

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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