lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406093 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LEONEM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2024, la société Loovamed GMBH, représentée par la société Leonem (Me Llorens), demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler, à compter de l'analyse des offres, la procédure engagée par l'Agence régionale de santé (ARS) d'Auvergne-Rhône-Alpes pour la passation d'accords-cadres mono-attributaires ayant pour objet la fourniture et la livraison de consommables de prévention en santé sexuelle pour les ARS, lots géographiques n° 1 et 2, ensemble la décision rejetant les offres qu'elle a remises ;
2°) d'enjoindre à l'ARS d'Auvergne-Rhône-Alpes de reprendre la procédure de passation pour ces lots, au stade de l'analyse des offres, en y intégrant celles qu'elle a déposées ;
3°) de mettre à la charge de l'ARS d'Auvergne-Rhône-Alpes la somme de 3 000 euros au titre des frais du litige.
Elle soutient que :
- l'acheteur ne pouvait, pour écarter ses offres comme étant irrégulières, retenir que les échantillons de préservatifs produits n'avaient pas de marquage CE dès lors que l'article 8.4 du règlement de la consultation, qui régit spécialement les échantillons, ne l'impose pas ;
- en tout état de cause, il ne pouvait se borner à examiner les échantillons produits sans tenir compte de l'ensemble des éléments présentés à l'appui des offres, en particulier les fiches techniques, modes d'emplois, mémoires techniques, notices, certificats et labels, qui établissent la conformité du produit aux exigences des dispositions du 7.1 et 7.1.1.1 du cahier des clauses particulières (CCP) ;
- conformément aux articles 8.4 du règlement de la consultation, 23 et 7.1.5.2 du CCP, les échantillons de digues buccales produits comprenaient un mode d'emploi traduit en plusieurs langues dont le français et l'emballage individuel décrivait lisiblement, dans cette langue, les exigences et méthodes du produit ;
- au surplus, la fiche technique et le certificat de qualité, tous deux rédigés en langue française, établissaient la conformité du produit aux exigences du CCP.
Par un mémoire enregistré le 4 juillet 2024, l'ARS d'Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par la société Archys Avocats (Me Francia et Me Lavisse), conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Loovamed GMBH au titre des frais du litige.
Elle fait valoir que :
- les échantillons remis devaient nécessairement être conformes au CCP et aux normes applicables des produits (dont le règlement (UE) 2017/745 et l'article R. 5211-12 du code de la santé publique), compte tenu des dispositions du règlement de la consultation ;
- ceux de la société requérante n'étant pas conformes, l'acheteur ne pouvait s'assurer que les produits livrés respecteraient les exigences de marquage et ils ne pouvaient être testés sans risque pour la santé publique, rendant impossible l'évaluation technique de l'offre ;
- les échantillons d'emballage primaire des digues buccales, qui sont des produits peu connus du grand public, ne mentionnaient pas en langue française les indications nécessaires à l'identification rapide du produit et l'usage qui peut en être fait, par les acteurs qui les distribuent et les utilisateurs finaux ;
- les photos produites par la société requérante concernent une prestation supplémentaire éventuellement facultative ;
- subsidiairement, l'annulation impliquerait que la procédure de passation devrait être reprise intégralement, ce qui emporterait des conséquences négatives supérieures aux avantages, eu égard aux délais nécessaires et au risque de rupture des produits à l'échelle du territoire.
Par un mémoire enregistré le 4 juillet 2024, la société Phicogis Europe, représentée par la société E3A Avocats (Me Sainsard), doit être regardée comme concluant au rejet de la requête en s'associant aux écritures produites par l'ARS d'Auvergne-Rhône-Alpes.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative ;
La présidente du tribunal ayant désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé en matière de passation de contrats de la commande publique.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Lors de l'audience publique, M. Reymond-Kellal a donné lecture de son rapport et entendu les observations de Me Picoche pour la société Loovamed GMBH, et de Me Lavisse pour l'ARS d'Auvergne-Rhône-Alpes.
A l'issue de laquelle le juge des référés a clos l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. L'ARS d'Auvergne-Rhône-Alpes a engagé, en qualité de coordonnatrice d'un groupement de commandes, une procédure d'appel d'offres ouvert en vue de la passation d'accords-cadres mono-attributaires ayant pour objet la fourniture et la livraison de consommables de prévention en santé sexuelle pour les ARS membres dudit groupement, divisés en trois lots géographiques : moitié Nord de la métropole (lot n° 1), moitié Sud (lot n° 2) et territoires ultramarins (lot n° 3). La société Loovamed GMBH a été informée, par un courrier du 13 juin 2024, que les lots n° 1 et 2 ont été attribués à la société Phicogis Europe après que ses offres présentées pour ceux-ci ont été déclarées irrégulières en raison de la non-conformité des échantillons de préservatifs masculins et digues buccales produits. Elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, d'annuler cette procédure à compter de l'analyse des offres.
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / () / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ".
3. Aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées. ". L'article L. 2152-2 du même code précise qu'une offre irrégulière est : " une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète, ou qui méconnaît la législation applicable notamment en matière sociale et environnementale. ". Aux termes de l'article R. 2151-15 du code précité : " Dans les documents de la consultation, l'acheteur peut exiger que les offres soient accompagnées d'échantillons () ainsi que de tout document permettant d'apprécier l'offre ".
4. En application de ces dispositions, le point 5.1.2 du règlement de la consultation oblige les soumissionnaires à produire des échantillons par voie non-dématérialisée comme pièce de l'offre. Le point 6.2 du même règlement dispose que la valeur technique de l'offre est notamment appréciée au regard des éventuels tests qui pourront être réalisés en fonction des échantillons demandés dans l'hypothèse où il y a plusieurs soumissionnaires. Ces échantillons sont fixés par le point 8.4 du même règlement en quantité définie à 10 unités par type de produits, dont des préservatifs masculins avec ou sans latex distingués selon deux largeurs et des digues buccales avec ou sans latex, qui précise : " Pour les candidats retenus, les échantillons tiendront lieu de référence et feront foi quant à la conformité des produits qui seront livrés pendant la durée du marché ".
5. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées du règlement de la consultation faisant des échantillons la référence permettant de faire foi de la conformité des produits aux spécifications attendues, que les unités présentées à l'appui de l'offre doivent nécessairement être identiques à celles qui seront livrées si le contrat est attribué, donc en tous points conformes aux spécifications techniques du cahier des clauses particulières sans qu'il soit nécessaire pour l'acheteur de tenir compte, en cas de carences ou différences, des autres documents produits tels que les déclarations de conformité et labels ou certificats obtenus en particulier.
6. En deuxième lieu, il en résulte que les " foils " présentés comme échantillons à l'appui des offres devaient nécessairement comporter le logo du marquage CE imposé pour les emballages individuels par le point 7.1.1.1 du CCP sur les prescriptions communes à la définition du besoin en matière de préservatifs externes masculins individuels. Cette exigence du règlement de la consultation, qui permet de faciliter la vérification de la conformité des produits et d'apprécier la valeur technique par des tests le cas échéant, n'est pas manifestement dépourvue de toute utilité pour l'examen des offres. L'acheteur pouvait, dès lors, se borner à constater l'absence du marquage CE sur les échantillons de préservatifs masculins présentés par la société Loovamed GMBH pour déclarer son offre comme étant irrégulière.
7. En dernier lieu, le point 7.1 du CCP prescrit, pour la description technique de l'ensemble des fournitures : " Afin d'éviter tout risque d'erreur d'identification, il est demandé à ce que les emballages primaires soient facilement identifiables en fonction des produits, de leur composition (latex, sans latex) et de leurs tailles (pour les préservatifs masculins). () L'écriture devra être à minima en langue française (double écriture français/anglais appréciée) ". Le point 7.1.5.2 du CCP impose plus spécifiquement que les digues orales devront être emballées en étuis individuels sur lesquels figureront en langue française les règles d'étiquetage obligatoire ainsi que la description lisible de l'ensemble des exigences et méthodes appliquées, un mode d'emploi à l'aide de dessins légendés simples et claires étant " apprécié ".
8. Il résulte des constatations matérielles effectuées à l'audience lors de la présentation des échantillons de digues buccales fournis par la société Loovamed GMBH et conservés par l'ARS d'Auvergne-Rhône-Alpes, que si l'étui individuel transparent dans lequel un " foil " est inséré contient un mode d'emploi rédigé en langue français conforme aux prescriptions précitées, l'emballage primaire (foil) ne comporte que des mentions en langue étrangère, notamment le nom même du produit, qui ne permettent pas d'éviter tout risque d'erreur. Dès lors, l'acheteur pouvait également se fonder sur l'absence de mentions en langue française sur les échantillons d'emballage primaire de digues buccales fournis par la société Loovamed GMBH pour déclarer son offre comme étant irrégulière.
9. Il résulte de ce qui précède que la société Loovamed GMBH n'est pas fondée à demander l'annulation de la procédure de passation contestée à compter de l'analyse des offres, ni, par voie de conséquence, à ce qu'il soit enjoint de la reprendre à ce stade en tenant compte de ses offres. Sa requête doit dès lors être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à sa charge la somme de 1 400 euros à verser à l'ARS d'Auvergne-Rhône-Alpes au titre des mêmes dispositions.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la société Loovamed GMBH est rejetée.
Article 2 : La société Loovamed GMBH versera la somme de 1 400 euros à l'ARS d'Auvergne-Rhône-Alpes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée aux sociétés Loovamed GMBH et Phicogis Europe et à l'ARS d'Auvergne-Rhône-Alpes.
Fait à Lyon, le 8 juillet 2024.
Le juge des référés,
R. Reymond-Kellal
La greffière,
K. Schult
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026