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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406110

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406110

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantBAILLY-COLLIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2024, M. A B, représenté par Me Bailly-Colliard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, l'autorisant à travailler à titre accessoire, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à titre accessoire, dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il justifie du caractère réel et sérieux des études qu'il a poursuivies et de la possession de moyens d'existence suffisants ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été régulièrement communiquée à la préfète du Rhône, qui a seulement produit des pièces enregistrées le 24 septembre 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bour, présidente ;

- et les observations de Me Bailly-Colliard, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 18 novembre 1994, est entré sur le territoire français le 6 septembre 2022 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Le 14 juillet 2023, il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par une décision du 16 avril 2024 dont il demande l'annulation, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Sur les conclusions en annulation et injonction :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes du 26 septembre 1994 susvisée : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre Etat doivent () justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, () ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / () / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. ". Le respect de ces stipulations implique que le renouvellement du titre de séjour " étudiant " en cause est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité, du sérieux, de la progression et de la cohérence des études poursuivies.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B était initialement inscrit, pour l'année universitaire 2022-2023, en première année de licence " géographie-aménagement " à l'université Lyon 2, et s'est réorienté en cours d'année en première année de licence " Majeure musicologie et musique " à l'université Lyon 2, formation qu'il n'a pas validée en raison d'absences injustifiées à la quasi-totalité des unités d'enseignement du second semestre et de sa défaillance aux examens. Il a donc renouvelé son inscription en première année de licence " musicologie " au titre de l'année 2023-2024 mais ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, de la réalité et du sérieux du suivi de ces études, le préfet constatant que ses relevés de notes du premier semestre faisaient état d'absences injustifiées à cinq des six unités d'enseignement, ce qu'il ne conteste pas dans le présent recours. La circonstance qu'il a, postérieurement à la décision attaquée, obtenu la reconnaissance du diplôme de licence d'arts, spécialité " musique ", qu'il avait obtenu dans son pays d'origine en 2019, et qu'il a consécutivement pu s'inscrire en première année de master " management social et RH " au titre de l'année 2024-2025, est dépourvue d'incidence sur le constat de l'absence de caractère réel et sérieux et de progression dans ses études à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, dès lors que la préfète du Rhône n'a pas motivé sa décision par l'absence de moyens de subsistance suffisants, M. B ne peut utilement soutenir qu'il justifie de tels moyens pour contester la décision lui refusant le titre de séjour sollicité. Les moyens tirés de la violation des stipulations précitées de l'article 9 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes du 26 septembre 1994 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par conséquent, être écartés.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'est présent que depuis septembre 2022 en France où il est entré à l'âge de vingt-neuf ans. Célibataire et sans enfant, il ne fait valoir aucune attache familiale particulière en France. S'il invoque des perspectives d'intégration professionnelle dans le secteur de la musique, l'occupation successive d'emplois de manutentionnaire, employé polyvalent, conseiller de vente et de musicien, son implication au sein d'une communauté chrétienne évangélique de la ville de Villeurbanne, et s'il se prévaut de différents témoignages amicaux attestant de ses efforts d'intégration en France, ces éléments ne suffisent pas à démontrer qu'il y aurait, ainsi qu'il le soutient, déplacé le centre de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il a vécu l'essentiel de son existence au Mali où il ne démontre pas être dépourvu d'attaches culturelles et familiales. Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité et soutenu, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

7. En second lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 5.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1971 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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