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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406122

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406122

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 8ème chambre
Avocat requérantGILLIOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, M. B, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône a abrogé son attestation de demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une attestation de demande d'asile portant la mention " réexamen ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à cette autorité, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande d'attestation de demande d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision relative à l'abrogation de l'attestation de demandeur d'asile :

- la décision relative à l'abrogation de l'attestation de demandeur d'asile méconnaît les dispositions des articles L. 541-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné Mme Dèche, , pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dèche, magistrate désignée ;

- les observations de Me Stadler, substituant Me Gillioen, représentant M. A, qui a repris ses conclusions et moyens ainsi que celles de M. A, assisté d'un interprète en langue arménienne.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant arménien né le 6 septembre 2001 et entré en France le 16 février 2022 selon ses déclarations, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a abrogé son attestation de demandeur d'asile.

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". En vertu des dispositions de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin () lorsque le demandeur () b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des États Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu refuser l'asile par une première décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 25 janvier 2024, qui a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 19 avril 2024. Il a sollicité, le 24 mai 2024, une demande de réexamen auprès de la préfecture puis a demandé l'enregistrement de cette demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 30 mai 2024. Ainsi, cette première demande de réexamen n'était pas encore examinée par l'Office, le 31 mai 2024, date de l'arrêté attaqué, la décision de l'Office n'étant intervenue que le 18 juin 2024. Dans ces conditions et, en l'absence de toute décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, en application des dispositions précédemment citées du b du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le droit de l'intéressé de se maintenir en France n'avait pas pris fin. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'à la date de la décision d'obligation de quitter le territoire en litige, il devait être regardé comme demandeur d'asile et ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués, que M. A est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision fixant le pays de renvoi et la décision relative à l'abrogation de l'attestation de demandeur d'asile.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard aux motifs qui en constituent le fondement, le présent jugement implique, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit et de fait, que la préfète du Rhône procède, dans un délai de deux mois, au réexamen de la situation de M. A qui sera, pour la durée de cette instruction, muni d'une autorisation provisoire de séjour, délivrée dans un délai de quinze jours. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 31 mai 2024 de la préfète du Rhône sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen et dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Gillioen et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La magistrate désignée,

P. DècheLa greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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