Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406136

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantDJAMAL ABDOU NASSUR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant comorien, qui contestait le refus de titre de séjour "étudiant" et l'obligation de quitter le territoire français pris par la préfète du Rhône. Le tribunal a jugé que la décision de refus était suffisamment motivée et que la condition de présentation d'un visa de long séjour français, prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'était pas remplie, le visa belge présenté étant expiré et ne permettant qu'un séjour de 90 jours en France. Il a également estimé que l'inscription de M. B à un diplôme universitaire ne justifiait pas, à elle seule, d'une poursuite effective d'études au sens de l'article L. 422-1 du même code. Par conséquent, la requête a été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, M. A B, représenté par Me Djamal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à tout le moins de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est dépourvue de motivation en droit et en fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

La préfète du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 20 septembre 2024.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant comorien né le 7 mars 1992, est entré sur le territoire français le 28 juin 2023 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour délivré par les autorités consulaires belges, valable du 6 septembre 2022 au 6 septembre 2023. Le 8 avril 2024, il a déposé une première demande de titre de séjour en France sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 23 mai 2024 dont il demande l'annulation, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

Sur les conclusions en annulation et injonction sous astreinte :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes utiles sur lesquels elle se fonde, notamment les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, notamment l'absence de présentation d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour délivré par les autorités consulaires françaises en cours de validité, les caractéristiques de son inscription à un diplôme universitaire " Francophonie et développement durable " pour l'année 2023/2024 et la présence de ses parents dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, et le moyen tiré du défaut de motivation doit par conséquent être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 412-1 de ce même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire () est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Aux termes de l'article L. 412-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 ".

4. Pour refuser à M. B la délivrance du titre de séjour sollicité, la préfète du Rhône a estimé qu'il ne justifiait pas d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour délivré par les autorités consulaires françaises, alors que le visa de long séjour belge qu'il présentait ne lui permettait de séjourner en France que pour une durée de quatre-vingt-dix jours et était expiré depuis le 6 septembre 2023, et que son inscription au diplôme universitaire " Francophonie et développement durable " ne justifiait pas de la poursuite effective d'études, alors qu'il ne comporte qu'un volume horaire annuel de 65 heures et ne valide aucun niveau d'études.

5. D'une part, s'il est constant que M. B est entré régulièrement en France sous couvert d'un visa long séjour délivré par les autorités belges, il ressort des pièces du dossier que ce visa était expiré depuis le 6 septembre 2023, lorsqu'il a formulé sa demande de titre de séjour le 8 avril 2024 auprès de la préfecture du Rhône. Alors qu'il ne justifie d'aucun autre visa long séjour valide à cette date, qu'il ne soutient pas avoir demandé à être exonéré de cette obligation posée par l'article L. 412-1 précité, et qu'il ne soutient pas remplir les conditions d'exonération de cette obligation, mentionnées au second alinéa de l'article L. 422-1 précité, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation sur ce point.

6. D'autre part, en se bornant à rappeler qu'il s'est inscrit en diplôme universitaire " francophonie et développement durable " à l'université de Lyon 3 pour l'année universitaire 2023-2024 et qu'il a présenté une attestation de bourse délivrée par l'ambassade des Comores en France, M. B ne conteste, ni le faible volume horaire annuel de ce cursus, ni l'absence de validation d'un niveau d'études, relevés par la préfète du Rhône dans la décision attaquée, et ne conteste ainsi pas sérieusement l'appréciation selon laquelle cette seule inscription au diplôme précité ne permet pas de le considérer comme poursuivant des études au sens de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que ce diplôme est délivré par une université française est dépourvue de toute incidence sur ce constat. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit par conséquent être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

7. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " étudiant ".

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prise à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente ;

Mme Jorda, conseillère ;

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,