mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406208 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SARL LACHENAUD AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 juin 2024, Mme D C, représentée par Me Lachenaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 6 juin 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une attestation dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile en appel, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire ont été signés par une autorité incompétente ;
- ils sont entachés d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure en l'absence de production, par la préfète, de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 2 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 18 septembre 2024.
Un mémoire en défense a été enregistré, le 16 octobre 2024, pour la préfète du Rhône postérieurement à la clôture d'instruction.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante arménienne, née le 20 juin 1961, est entrée irrégulièrement en France, le 25 juillet 2022, selon ses déclarations. Elle a sollicité l'asile, le 3 août 2022. Une attestation de demande d'asile en procédure accélérée lui a été délivrée en application des dispositions de l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la requérante a présenté une demande de titre de séjour, le 28 février 2023, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 25 mars 2024, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté la demande d'asile de l'intéressée. Par décisions du 6 juin 2024, la préfète du Rhône a refusé d'admettre la requérante au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination. Mme C demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par Mme A B, directrice des migrations, de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet consentie par un arrêté de la préfète du Rhône du 15 mai 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, publié le 16 mai 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes des décisions en litige ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". L'article R. 425-11 de ce code dispose que : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées à la quatrième phrase du 11° de l'article L. 313-11 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ".
6. D'une part, la préfète du Rhône a produit à l'instance l'avis du 12 juin 2023 rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'édiction de la décision en litige, cet avis ayant été émis au vu des conclusions d'un rapport établi le 26 avril précédent par un médecin n'ayant lui-même pas siégé au sein de ce collège de médecins qui ont été régulièrement désignés par une décision du 3 octobre 2022 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration modificant sa décision du 17 janvier 2017, lesquelles sont librement accessibles tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.
7. D'autre part, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
8. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C en qualité d'étrangère malade, la préfète du Rhône s'est appropriée l'avis rendu le 12 juin 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Mme C fait alors valoir qu'elle souffre de plusieurs pathologies notamment de douleurs au niveau de la hanche droite sur une coxarthrose droite évoluée, de douleurs du membre supérieur droit principalement proximal au niveau de l'épaule droite et d'une polyarthrite d'allure rhumatoïde. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a bénéficié de la pose de prothèses de hanche en 2023 et qu'elle présente également une probable fibromyalgie et un nodule thyroïdien suspect. Toutefois, les certificats médicaux produits par l'intéressée ne permettent pas de remettre en cause l'avis rendu le 12 juin 2023, par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont a fait sienne la préfète du Rhône, quant au fait qu'elle peut bénéficier effectivement dans son pays d'un traitement approprié à son état de santé. Par ailleurs, si Mme C soutient qu'elle ne pourra pas accéder à une prise en charge médicale dès lors qu'elle est veuve, sans famille dans son pays d'origine et sans ressources, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle ne pourrait faire l'objet d'une prise en charge médicale en Arménie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme C.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, le refus de titre de séjour n'étant pas entaché d'illégalité, la requérante ne peut se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre.
10. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, la requérante ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle serait personnellement exposée, en cas de retour en Arménie, à des traitements inhumains et dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Sa demande d'asile a, d'ailleurs, été rejetée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, par une décision du 25 mars 2024. Si Mme C se prévaut d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, cette circonstance n'est pas, à elle seule, de nature à démontrer qu'elle encourait des risques en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, elle ne justifie pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Arménie tel que cela a été précédemment exposé. Par suite la décision fixant le pays de destination ne méconnait pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé précédemment, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, au regard particulièrement de l'état de santé de Mme C, en prononçant les décisions contestées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience le 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme Boulay, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
La rapporteure,
N. BardadLe président,
J. Segado
La greffière,
F. Abdillah
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026