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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406266

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406266

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 5ème chambre
Avocat requérantMUSCILLO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête sommaire, enregistrée le 27 juin 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 10 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Muscillo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il a été privé du droit d'être entendu préalablement, en violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- par voie d'exception, la décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- par voie d'exception, la décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :

- par voie d'exception, la décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête sommaire, enregistrée le 27 juin 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 10 juillet 2024, Mme D B épouse C, représentée par Me Muscillo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle a été privée du droit d'être entendu préalablement, en violation de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :

- par voie d'exception, la décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- par voie d'exception, la décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :

- par voie d'exception, la décision est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français entachée d'illégalité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme et M. C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle en date du 25 juillet 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bour pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bour, magistrate désignée.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, née le 12 juillet 2001, et M. A C né le 3 janvier 1995, tous deux ressortissants bangladais, sont entrés irrégulièrement en France le 4 février 2023, selon leurs déclarations. Ils ont sollicité l'asile le 10 mars 2023, et leurs demandes ont été définitivement rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile respectivement du 6 octobre 2023 et du 11 mars 2024. Par les décisions contestées du 13 juin 2024, la préfète de l'Ain a prononcé à leur encontre une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, dans un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de six mois.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées présentées par Mme et M. C concernent les membres d'un couple, posent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, alors que les arrêtés contestés visent les principaux textes et mentionnent les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle des intéressés sur lesquels le préfet a fondé ses décisions, la seule circonstance que l'arrêté contesté ne mentionne pas la naissance de l'enfant de M. et Mme C le 3 octobre 2023 ne constitue pas une erreur de fait et ne révèle pas un défaut d'examen sérieux de leur situation.

4. En second lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En outre, toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

5. Par ailleurs, en cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), ne s'est pas prononcé, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'OFPRA ou, en cas de recours, par la CNDA, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Toutefois la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de l'article L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Et, aux termes de l'article L. 542-2 du même code, applicable à la date de la décision contestée : " le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32. ".

6. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. et Mme C auraient été, à un moment de la procédure en litige, informés de ce qu'ils étaient susceptibles de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et mis à même de présenter des observations sur cette perspective. Toutefois, si les intéressés font valoir la naissance de leur enfant et le dépôt d'une demande d'asile en son nom propre, il ressort des pièces du dossier que, l'enfant étant né durant l'instruction du recours de ses parents devant la CNDA, les décisions de rejet de leur demande d'asile par la Cour valent également pour cet enfant, qui ne faisait pas valoir de craintes propres. Dès lors, la demande formulée par la suite en son nom propre avait le caractère d'une demande de réexamen, en application des principes exposés au point précédent. Il ressort également des pièces du dossier que cette demande de réexamen avait déjà été rejetée comme irrecevable par l'OFPRA le 2 février 2024 et qu'un recours était pendant devant la CNDA à la date de l'arrêté préfectoral contesté. L'enfant, de même que ses parents, n'avait dès lors aucun droit au maintien sur le territoire français durant l'instruction de ce recours. Dans ces conditions, même si ces éléments avaient pu être utilement portés à la connaissance de l'administration avant que ne soit pris l'arrêté en litige, ils n'étaient pas de nature à faire obstacle à l'adoption des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de leur droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, les décisions contestées visent les textes sur lesquels elles se fondent et mentionnent les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle de Mme et M. C sur lesquels la préfète a fondé son appréciation. En conséquence, elles comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont, par suite, suffisamment motivées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit ainsi être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Comme développé au point 6, alors que la fille des requérants n'a légalement aucun droit de se maintenir sur le territoire français durant l'instruction de sa demande de réexamen devant la CNDA, les mesures d'éloignement attaquées n'ont en elles-mêmes ni pour objet ni pour effet de compromettre l'instruction de ce recours ou de séparer l'enfant de ses parents. La préfète de l'Ain n'a dès lors ni méconnu les stipulations précitées, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation, en prenant les décisions contestées.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Alors que les requérants ne font état d'aucune attache personnelle ou familiale sur le territoire français sur lequel ils sont présents depuis moins de deux ans, et que les mesures d'éloignement prononcées à leur encontre n'ont pas pour effet de les séparer entre eux ou de leur enfant, dont la situation n'est pas différente de la leur, la seule circonstance que le recours contre la décision d'irrecevabilité de la demande de réexamen de leur demande d'asile formulée au nom de leur enfant est en instance devant la CNDA, ne suffit pas à établir que la préfète de l'Ain aurait méconnu les stipulations précitées en prenant les décisions contestées. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comme celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent par conséquent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de leurs conclusions dirigées contre la décision fixant un délai de départ volontaire.

11. En second lieu, alors que les décisions contestées visent les principaux textes dont il est fait application et les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle des intéressés, et que ces derniers ne font pas valoir de critiques spécifiques du délai qui leur est accordé, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de la décision les obligeant à quitter le territoire français à l'appui de leurs conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

13. En deuxième lieu, les décisions contestées visent les textes sur lesquels elles se fondent, et mentionnent les principaux éléments de fait relatifs à la situation des intéressés sur lesquels la préfète de l'Ain a fondé son appréciation. Elles sont par suite suffisamment motivées, en droit comme en fait, et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule quant à lui que : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

15. En l'espèce, alors que leur demande d'asile a déjà été rejetée par la CNDA, Mme et M. C se bornent à soutenir qu'ils craignent pour leur vie en cas de retour au Bangladesh, et que ces craintes sont actuelles, sans fournir aucune explication plus circonstanciée sur la teneur des craintes évoquées. Dans ces conditions, alors qu'ils n'établissent aucunement encourir des risques personnels de traitements contraires aux dispositions et stipulations précitées, le moyen tiré de leur violation doit être écarté, ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ", et aux termes de l'article L612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

17. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

18. En premier lieu, il ressort des termes mêmes des décisions en litige, qui visent notamment les dispositions précitées sur lesquelles elles se fondent, que la préfète de l'Ain a fondé son appréciation du principe et de la durée d'une interdiction de retour d'une durée de six mois sur la présence des requérants depuis une année seulement sur le territoire français, et sur l'absence d'attaches familiales ou personnelles dont ils pourraient se prévaloir alors qu'ils ont vécu l'essentiel de leur vie au Bangladesh, même en l'absence d'une précédente mesure d'éloignement et d'une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

19. En deuxième lieu, si M. et Mme C soutiennent succinctement que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit, ce moyen, qui n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

20. En troisième lieu, aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Si M. et Mme C soutiennent que la préfète a méconnu les dispositions précitées, celles-ci ne sont applicables que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

21. En quatrième lieu, M. et Mme C soutiennent que les interdictions prononcées à leur encontre sont disproportionnées et entachées d'une erreur d'appréciation, dans la mesure où ils n'ont jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'ils ne constituent pas une menace pour l'ordre public, et que leur enfant est né en France. Toutefois, alors qu'ils sont présents en France depuis moins de deux ans à la date des décisions attaquées et qu'il n'y font état d'aucune attache personnelle ou familiale ni d'aucune intégration sociale ou professionnelle particulière, la situation de leur enfant n'étant pas différente de la leur, la préfète de l'Ain a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement de l'article L. 612-8 précité, pour une durée de six mois qui n'apparaît pas disproportionnée.

22. En dernier lieu, si M. et Mme C soutiennent que les décisions en litige méconnaissent tant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que celles de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, en entravant la reconstitution de leur cellule familiale, ces derniers ne font cependant pas état de liens familiaux en France alors que leur enfant ne dispose pas, ainsi qu'il a été dit précédemment, d'un droit de se maintenir sur le territoire français et a vocation à suivre ses parents au Bangladesh. Dans ces conditions, ces moyens doivent être également écartés.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des deux requêtes doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions des requêtes de M. et Mme C à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais de l'instance :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. et Mme C demandent, au bénéfice de leur conseil, au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme D C, à Me Muscillo et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La magistrate désignée,

A-S. BourLa greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s2406266 - 2406267

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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