mercredi 3 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406289 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juin et 2 juillet 2024 sous le n° 2406289, M. A C, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'inexactitude matérielle des faits ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il ne réside pas dans le département de l'Ain mais dans celui du Rhône ;
- il est illégal par voie d'exception de l'illégalité des décisions du 28 mai 2024 par lesquelles le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français et a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire ; en effet :
• la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et méconnaît tant les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
• la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il dispose de circonstances particulières de nature à justifier l'octroi d'un tel délai.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête de M. C est irrecevable, dès lors qu'elle ne comporte l'exposé d'aucun moyen en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au préfet de Saône-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 28 juin 2024, des pièces au dossier.
La requête a en outre été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas davantage produit de mémoire en défense mais qui a également versé, le 3 juillet 2024, des pièces au dossier.
II. Par une ordonnance du 27 juin 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. C, enregistrée le 30 mai 2024.
Par cette requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Lyon les 28 juin et 2 juillet 2024 sous le n° 2406333, M. C, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour, et, dans un délai de deux mois à compter de la même date :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;
- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté :
- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2, 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement ne peut être regardé comme constituant une menace grave et actuelle pour l'ordre public ;
- elle méconnaît également les dispositions de l'article L. 612-3 du même code, dès lors qu'il dispose de circonstances particulières de nature à justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire.
La requête a été communiquée au préfet de Saône-et-Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 28 juin 2024, des pièces au dossier.
La requête a également été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas davantage produit de mémoire en défense mais qui a versé à la demande du tribunal, le 3 juillet 2024, des pièces au dossier.
La requête a enfin été communiquée à la préfète de l'Ain qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Gros, greffière :
- le rapport de M. Gueguen ;
- les observations de Me Vray, avocate de permanence, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens dans les instances n° 2406289 et n° 2406333, mais déclare se désister du moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées dans l'instance n° 2406333 et soutient en outre, dans le cadre de la même instance, d'une part, que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'inexactitude matérielle des faits, dès lors que la garde des deux enfants du requérant n'a pas été confiée à la mère de ces derniers, et, d'autre part, que la décision portant refus de délai de départ volontaire devra être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette mesure d'éloignement ; elle insiste en particulier sur le moyen soulevé dans l'instance n° 2406333 et tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu tant de la durée de présence de M. C sur le territoire français que de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France ; elle précise notamment à cet égard que l'intéressé réside sur le territoire national depuis l'âge de deux ans, que l'ensemble des membres de sa famille, dont certains sont de nationalité française et d'autres titulaires de titres de séjour en cours de validité, résident sur le territoire français, que le requérant dispose de l'autorité parentale sur ses deux enfants nés en France de sa relation avec une compatriote titulaire d'une carte de résident, que le couple s'est séparé après la naissance de leur deuxième enfant mais entretient des relations cordiales et que M. C a hébergé son fils à B jusqu'à ce qu'il ne soit plus en mesure de l'assumer financièrement suite à la perte de son emploi consécutive à l'expiration de son dernier titre de séjour ; elle insiste également sur les perspectives de réinsertion sociale et professionnelle du requérant qui a travaillé entre les années 2018 et 2022 en qualité d'intermittent du spectacle et qui dispose d'une nouvelle promesse d'embauche à compter du 1er juillet 2024 ; elle indique enfin que l'intéressé nie les faits de " vols à l'étalage " et d' " injure raciale " ayant conduit à ses interpellations les 27 mai et 28 juin 2024 ;
- les observations de M. C, qui déclare être arrivé en France au cours de l'année 1984, accompagné de sa mère et de ses deux sœurs ainées, et y avoir toujours vécu ; il reconnaît avoir connu une adolescence ainsi que des premières années à l'âge adulte marquées par la délinquance, précisant à cet égard avoir commis de nombreux faits délictueux ayant conduit à plusieurs reprises à des condamnations ainsi qu'à des périodes d'incarcération, jusqu'à ce qu'il entame, à compter de l'année 2018, une démarche de réinsertion sociale et professionnelle par l'exercice d'une activité professionnelle au sein du théâtre B, l'animation d'une émission radiophonique, la participation à un réseau d'animateurs et la prise en charge de son fils ; il concède par ailleurs avoir procrastiné lors de l'expiration de son dernier titre de séjour puis s'être heurté à l'impossibilité d'accéder aux services préfectoraux en vue de son renouvellement malgré plusieurs tentatives, se retrouvant ainsi dans une situation de grande précarité à compter de l'automne 2022 ; il fait spontanément état d'un sentiment de honte face à sa situation ainsi que de la volonté d'exercer à nouveau une activité professionnelle, raison pour laquelle il avait décidé de se rendre à Lyon, où réside l'une de ses sœurs, en vue d'un nouveau départ ; il indique en outre que sa mère et ses quatre sœurs résident en France, certaines disposant de la nationalité française et d'autres d'un titre de séjour en cours de validité : il précise enfin avoir déclaré aux services de la police nationale ne pas avoir d'enfants à charge compte tenu de son incapacité actuelle à les assumer financièrement, bien qu'il ait hébergé son fils à B par le passé, lorsqu'il en avait les moyens, sa fille résidant quant à elle à Rennes, auprès de sa mère ;
- et les observations de Me Irira Nganga, avocat, substituant Me Tomasi, représentant la préfète de l'Ain ainsi que les préfets de Saône-et-Loire et de la Loire, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient en outre que la requête enregistrée sous le n° 2406333 est irrecevable, dès lors qu'elle ne comporte l'exposé d'aucun moyen en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ; il insiste en particulier, dans l'instance n° 2406333, sur les circonstances tirées de ce que le comportement de M. C représente une menace pour l'ordre public, de ce que l'intéressé est célibataire, de ce qu'il n'établit pas entretenir des liens avec ses deux enfants mineurs et de ce qu'il ne justifie pas davantage de son insertion sociale et professionnelle ; il précise enfin, en réponse à la question qui lui a été posée, que le requérant n'a pas fait l'objet de poursuites pénales pour les faits ayant donné lieu à ses interpellations le 27 mai et les 20 et 27 juin 2024.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né le 30 août 1982, est entré en France au cours de l'année 1984. En dépit de treize condamnations pénales prononcées à son encontre par les juridictions françaises compétentes entre le 10 février 2000 et le 30 mai 2016 et ayant donné lieu à des périodes d'incarcération entre les années 2000 et 2018, l'intéressé s'est vu délivrer une carte de résident, valide du 30 août 2000 au 29 août 2010, renouvelée du 30 août 2010 au 29 août 2020, puis une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", valide du 29 septembre 2021 au 28 septembre 2022, dont il n'a pas sollicité le renouvellement. Suite à son interpellation sur le territoire de la commune de Chalon-sur-Saône le 27 mai 2024 et à son placement en garde à vue pour des faits de " vols à l'étalage ", par un arrêté du lendemain, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation par sa requête enregistrée sous le n° 2406333, le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Après avoir été interpellé sur le territoire de la commune de Bourg-en-Bresse le 20 juin 2024 puis placé en garde à vue pour des faits de " vol ", par un arrêté du 24 juin suivant, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation par sa requête enregistrée sous le n° 2406289, la préfète de l'Ain l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours, en l'obligeant à se présenter quatre fois par semaine, les lundis, mercredis, vendredis et dimanches et jours fériés à 10 heures auprès des services du commissariat de Bourg-en-Bresse, afin de faire constater qu'il respecte la mesure dont il fait l'objet, et à remettre au service en charge du suivi de cette mesure tout document d'identité en sa possession. Enfin, suite à son interpellation sur le territoire de la commune de Saint-Étienne le 27 juin 2024 et à son placement en garde à vue pour des faits de " vol à l'étalage " et d' " injure raciale ", par un arrêté du 29 juin suivant, le préfet de la Loire a ordonné le placement de M. C en rétention administrative.
2. Les requêtes visées ci-dessus sont relatives à la situation d'un même ressortissant congolais et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les demandes d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
4. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
5. Selon les termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. () Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ". Cependant, aux termes de l'article R. 776-1 du même code : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : / 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles () L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () / 2° Les décisions relatives au délai de départ volontaire prévues aux articles () L. 612-1 du même code ; / 4° Les décisions fixant le pays de renvoi prévues à l'article L. 721-4 du même code ; / 5° Les décisions d'assignation à résidence prévues aux articles L. 731-1 () du même code. () ". Selon les termes de l'article R. 776-2 de ce même code : " () II. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives () au pays de renvoi () notifiées simultanément. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1° () de l'article L. 731-1 peut être contestée devant le président du tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures suivant sa notification. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. / Le délai de quarante-huit heures prévu au premier alinéa est également applicable à la contestation de la décision d'assignation à résidence notifiée postérieurement à la décision d'éloignement () ". Enfin, selon les termes de l'article R. 776-5 du code de justice administrative : " () Lorsque le délai est de quarante-huit heures (), le second alinéa de l'article R. 411-1 n'est pas applicable et l'expiration du délai n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. () ".
6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire ainsi que d'une décision d'assignation à résidence notifiée postérieurement à cette mesure d'éloignement peut présenter des moyens même après l'expiration des délais de recours contentieux de quarante-huit heures tant que l'instruction n'est pas close.
7. En l'espèce, si les requêtes de M. C dirigées contre les arrêtés contestés des 28 mai et 24 juin 2024 ne comportent l'exposé d'aucun moyen, il ressort toutefois des pièces des dossiers que le requérant a présenté des moyens tant dans ses mémoires complémentaires, enregistrés le 2 juillet 2024 dans les instances n° 2406289 et n° 2406333, que lors de l'audience publique qui s'est tenue le 3 juillet 2024, soit antérieurement à la clôture de l'instruction qui n'a été prononcée par le magistrat désigné qu'à l'issue de cette même audience. Par suite, les requêtes présentées par l'intéressé sont recevables et les fins de non-recevoir opposées en défense par le préfet de Saône-et-Loire et la préfète de l'Ain, qui ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être écartées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions du 28 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :
8. Selon les termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français () est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
9. Pour obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet de Saône-et-Loire s'est fondé sur les dispositions précitées de l'article L. 611-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en considérant que l'intéressé s'était maintenu sur le territoire national sans demander le renouvellement du dernier titre de séjour qui lui avait été délivré par les services de la préfecture du Loiret. L'autorité préfectorale a relevé à cet égard que si M. C s'était dernièrement vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", valide du 29 septembre 2021 au 28 septembre 2022, et ce en dépit du refus du préfet du Loiret de lui délivrer une carte de résident compte tenu de l'absence de preuves suffisantes de son intégration en France, il n'en avait toutefois pas sollicité le renouvellement dans les délais requis et se maintenait par conséquent en situation irrégulière sur le territoire français en application des termes des dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que l'étranger titulaire d'un document de séjour doit, en l'absence de présentation d'une demande de délivrance d'un nouveau document de séjour six mois après sa date d'expiration, justifier à nouveau, pour l'obtention d'un tel document, des conditions requises pour l'entrée sur le territoire national lorsque la possession d'un visa est requise pour la première délivrance de ce document. Par ailleurs, le préfet de Saône-et-Loire a relevé qu'aucune considération exceptionnelle ou humanitaire ne justifiait une dérogation à la réglementation en vigueur eu égard aux conditions d'entrée, à la durée et aux conditions de séjour en France de l'intéressé. L'autorité préfectorale a relevé à cet égard, d'une part, que M. C, majeur, n'établissait pas entrer dans la catégorie des étrangers ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou d'une mesure de reconduite à la frontière en vertu des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, qu'en dépit de son entrée en France au cours de l'année 1984 et de la présence sur le territoire national de membres de sa famille, il n'y bénéficiait d'aucun droit au séjour et n'avait pas vocation à s'y installer de manière permanente compte tenu de ce qu'il y était célibataire, de ce que la garde de ses enfants, respectivement âgés de dix-sept et quinze ans, avait été confiée à leur mère dont il était séparé, de ce qu'il ne justifiait pas entretenir des liens affectifs et suivis avec ses derniers, de ce qu'il ne démontrait pas son intégration dans la société française ni le respect des valeurs républicaines compte tenu de ses multiples condamnations pénales, de ce qu'il ne disposait d'aucun moyen de subsistances légaux et ne présentait aucune perspective d'insertion professionnelle et de ce qu'il ne démontrait pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine dont ses enfants détiennent la nationalité.
10. Toutefois, en l'espèce, s'il est constant que le requérant n'a pas sollicité le renouvellement de son dernier titre de séjour et qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à compter du 29 septembre 2022, l'intéressé ayant à cet égard reconnu, tant lors de ses auditions par les services de la police nationale que lors de l'audience publique, avoir " procrastiné ", il n'en demeure pas moins qu'il est entré en France au cours de l'année 1984, alors qu'il était âgé de deux ans, et qu'il s'y est d'abord vu délivrer, à sa majorité, une carte de résident, valide du 30 août 2000 au 29 août 2010, laquelle a été renouvelée du 30 août 2010 au 29 août 2020, puis une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", valide du 29 septembre 2021 au 28 septembre 2022. Alors que le requérant soutient sans être sérieusement contredit, comme il avait d'ailleurs pu le faire lors des auditions précitées, avoir toujours vécu sur le territoire français, où résideraient l'ensemble des membres de sa famille, et ne plus avoir aucune famille dans son pays d'origine, où son père serait décédé, il ressort des pièces qu'il verse au débat que sa mère ainsi que deux de ses quatre sœurs sont de nationalité française, tandis qu'une autre de ses sœurs, dont l'époux a attesté l'héberger à Lyon le 1er juillet 2024, est titulaire d'une carte de résident valide jusqu'au 19 juin 2033. Par ailleurs, s'il est constant que l'intéressé, célibataire, est séparé de la mère de ses enfants, compatriote titulaire d'une carte de résident valide du 11 mars 2022 au 10 mars 2032, et s'il ne démontre pas, par ses seules allégations générales et la production de certificats de scolarité ainsi que d'une carte consulaire, contribuer à l'éducation et à l'entretien de ces deux enfants mineurs respectivement nés les 26 mars 2007 et 26 août 2008 à Saint-Jean-de-Braye, dans le département du Loiret, ni même entretenir avec eux des liens affectifs à la date du 28 mai 2024, il soutient cependant sans être contredit qu'il dispose de l'autorité parentale sur ces derniers et que leur garde n'a jamais été confiée à leur mère, sa fille résidant à Rennes auprès de cette dernière, où elle poursuit sa scolarité, et son fils résidant à Lyon chez l'une de ses sœurs, où il poursuit un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en qualité de cuisinier. En outre, s'il est constant que M. C a fait l'objet de treize condamnations pénales entre le 10 février 2000 et le 30 mai 2016 et connu des périodes d'incarcération entre les années 2000 et 2018, lesquelles n'avaient au demeurant pas fait obstacle au renouvellement de sa carte de résident ni à la délivrance de son dernier titre de séjour, le comportement du requérant ne peut être regardé comme représentant une menace pour l'ordre public à la date du 28 mai 2024, dès lors, d'une part, que les faits ayant donné lieu à ses condamnations, respectivement commis entre le 1er février 1999 et le 25 février 2016, présentent un caractère ancien à la date de la mesure d'éloignement en litige, l'intéressé ayant au surplus amendé son comportement et démontré sa capacité de réinsertion par l'exercice d'une activité salariée entre les années 2018 et 2022, et, d'autre part, que le requérant nie les faits de " vols à l'étalage " qui lui sont reprochés sur le territoire de la commune de Chalon-sur-Saône le 27 mai 2024, lesquels n'ont pas donné lieu à des poursuites pénales selon les précisions apportées par l'administration lors de l'audience publique. Enfin, alors qu'il ressort des pièces du dossier, en particulier des nombreux bulletins de paie qu'il verse au débat, que M. C avait exercé une activité professionnelle en qualité de machiniste au sein du théâtre B entre le mois de décembre 2018 et le mois de juin 2022, permettant ainsi sa réinsertion sociale et professionnelle suite aux périodes d'incarcérations précitées, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la promesse d'embauche en qualité de vendeur à domicile sous contrat à durée indéterminée (CDI) qu'il verse au débat, datée du 1er juillet 2024, mais également de ses déclarations lors de l'audience publique, que l'intéressé est en mesure de se réinsérer socialement et professionnellement. Par suite, compte tenu de ses quarante années de présence sur le territoire français, dont vingt-et-une sous couvert de titres de séjour à compter de sa majorité, mais également de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, où il réside depuis l'âge de deux ans après avoir quitté son pays d'origine, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'obligeant à quitter le territoire français.
11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête enregistrée sous le n° 2406333, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 mai 2024 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celles des décisions du même jour par lesquelles l'autorité préfectorale lui a refusé un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
En ce qui concerne l'arrêté du 24 juin 2024 portant assignation à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours :
12. Selon les termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire () n'a pas été accordé ; () ".
13. Pour assigner M. C à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours, la préfète de l'Ain s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressé faisait l'objet de la mesure d'éloignement précitée du 28 mai 2024 prise par le préfet de Saône-et-Loire. En l'espèce, dès lors qu'il résulte de ce qui a été exposé au point 10 que cette mesure d'éloignement est entachée d'illégalité, le requérant est fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet afin d'en obtenir l'annulation.
14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête enregistrée sous le n° 2406289, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain l'a assigné à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
15. Selon les termes d l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles () L. 731-1, () L. 741-1 () et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
16. Eu égard au motif d'annulation retenu dans l'instance n° 2406333 et après examen des autres moyens de la requête, le présent jugement n'implique pas nécessairement que le préfet de Saône-et-Loire délivre à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", mais seulement que l'autorité préfectorale procède au réexamen de la situation du requérant sous couvert de l'autorisation provisoire de séjour prévue par les dispositions précitées de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à toute autorité préfectorale territorialement compétente, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente, de délivrer à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés aux litiges :
17. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Vray renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Vray d'une somme globale de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée au requérant.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 28 mai 2024 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, ainsi que l'arrêté du 24 juin 2024 par lequel la préfète de l'Ain a assigné l'intéressé à résidence dans le département de l'Ain pour une durée de quarante-cinq jours, sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint à toute autorité préfectorale territorialement compétente de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer l'autorisation provisoire de séjour prévue par les dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Vray renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Vray une somme globale de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée au requérant.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes no 2406289 et n° 2406333 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la préfète de l'Ain, au préfet de Saône-et-Loire et au préfet de la Loire.
Lu en audience publique le 3 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
C. Gueguen
La greffière,
E. Gros
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, au préfet de Saône-et-Loire et au préfet de la Loire, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Nos 2406289 - 2406333
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026