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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406291

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406291

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2024, M. A demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 25 juin 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a prolongé l'interdiction de son retour pendant deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence, insuffisamment motivée et elle procède d'une analyse incomplète au regard des critères prévus par la Loi ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ainsi que porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la désignation d'office de Me Rossi,

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Rossi, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens, sauf le moyen tiré de l'incompétence abandonné ;

- les déclarations de M. A, qui précise notamment que son père et ses deux frères résident en Algérie, qu'il avait connaissance de l'obligation de quitter le territoire et qu'il n'est pas l'auteur des faits qui lui ont valu sa récente interpellation ;

- et les observations de Me Coquel, substituant Me Tomasi, pour le préfet de la Haute-Savoie, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se présente comme un ressortissant algérien né en 1996 qui serait entré en France en 2012. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour pendant un an, édictées le 4 mai 2023 par le préfet de l'Ardèche. Il a été assigné à résidence par le préfet de la Haute-Savoie le 15 mai 2024 en vue de l'exécution de cette mesure d'éloignement dans une perspective raisonnable.

2. Interpellé à Annemasse le 24 juin 2024 dans le cadre d'une enquête de recel de vol, il fait l'objet d'une décision prise le lendemain par le préfet du même département qui prolonge l'interdiction de retour de deux années supplémentaires. M. A, placé en rétention, en demande l'annulation.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur le surplus des conclusions :

4. En premier lieu, l'interdiction en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées alors même qu'elles ne mentionnent pas l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, telle que la présence à Montélimar d'une tante. Il ne ressort pas des pièces du dossier, par ailleurs, que l'autorité administrative n'aurait pas tenu compte de l'ensemble des critères présidant à la prise de cette décision ou qu'elle n'aurait pas examiné l'ensemble de la situation portée préalablement à sa connaissance.

5. En second lieu, l'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire alors qu'il était obligé de le quitter sans délai en vertu du 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour fixer cette durée, il lui appartient de tenir compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, des conditions dans lesquelles il n'a pas exécuté le mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

6. Contrairement à ce que soutient M. A, le préfet de la Haute-Savoie a pu légalement retenir que son comportement constitue une menace à l'ordre public compte tenu des deux précédentes condamnations pénales prononcées à son encontre et des multiples signalements, détaillés par la décision contestée, qui ne sont pas sérieusement contestés. Il ne ressort pas des pièces du dossier, par ailleurs, que la prolongation de l'interdiction de retour d'une durée de deux ans porte atteinte à son à mener une vie privée et familiale normale ou est susceptible d'occasionner des conséquences manifestement graves sur sa situation personnelle dès lors que celui-ci, qui indique lui-même vivre dans un garage en faisant l'objet de multiples violences notamment du fait d'une relation récente avec une ressortissante roumaine, vit dans des conditions d'extrême précarité sur le sol français alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où résident son père et sa fratrie, et où il a lui-même vécu plus de la moitié de sa vie.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 juin 2024. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires, doivent, par conséquent, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Savoie.

Copie en sera adressée à Me Rossi et à Me Tomasi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

E. Gros

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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