mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2406321 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024, Mme D G épouse E, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Bescou), demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 28 mai 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an ou de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont signées par une autorité incompétente ;
- elles ne sont pas suffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit faute d'examen de l'intérêt supérieur de l'enfant au sens de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
- la décision refusant la délivrance du certificat de résidence n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir de régularisation de la préfète du Rhône ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision refusant le renouvellement du certificat de résidence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle bénéficiait de plein droit d'un droit au séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 et celles de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- les décisions fixant à trente jours le délai de départ volontaire et le pays de destination sont illégales en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme de Tonnac, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D G épouse E, ressortissante algérienne née le 22 novembre 1973, est entrée en France en 2018 muni d'un visa de court séjour, avec ses deux fils alors mineurs, et a bénéficié d'un certificat de résidence, au regard de l'état de santé de son fils A E, valable du 21 avril 2022 au 20 avril 2023, sur le fondement des dispositions de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le 24 mars 2023, elle a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence, en raison de l'état de santé de son fils B E. Par des décisions du 28 mai 2024 dont Mme G épouse E demande l'annulation, la préfète du Rhône a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, les décisions attaquées du 28 mai 2024 sont signées par Mme C F, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône, en date du 15 mai 2024 régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux, qui mentionne la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que les circonstances relatives à la situation personnelle de la requérante, comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il serait insuffisamment motivé doit être écarté.
4. En troisième lieu, les décisions litigieuses mentionnent les éléments relatifs à l'état de santé du fils de la requérante B E, vise l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur lequel elles se fondent pour considérer qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine, de même que les perspectives de reconstitution de la cellule familiale sur le territoire d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète du Rhône n'aurait pas examiné les conséquences de sa décision au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant garanti par la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant le renouvellement du certificat de résidence :
5. En premier lieu, si Madame E fait valoir qu'elle a obtenu une autorisation de travail du ministère de l'intérieur le 30 mai 2024, au titre d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 19 juin 2023 avec la société Elior Restauration France, celle-ci est postérieure à la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen préalable, réel et sérieux à cet égard doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ". Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que si H réside sur le territoire national depuis 2018, son époux n'a pas fait de demande de titre de séjour en France et la demande de titre de séjour de son fils majeur a été rejetée, ce dernier faisant également l'objet d'une mesure d'éloignement, de sorte que rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie, pays dont tous les membres de la famille ont la nationalité, où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans et où elle n'est pas dépourvue d'attaches. Ainsi, H ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors même qu'elle avait conclu un contrat de travail à durée indéterminée onze mois avant la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés.
8. En troisième lieu, aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Il ressort de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration que l'état de santé du fils mineur de, B E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque vers le pays d'origine. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que H ne pourrait pas reprendre une activité professionnelle en Algérie et continuer ainsi de contribuer à l'éducation et l'entretien de ses enfants. Dès lors, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et serait à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En quatrième lieu, il résulte des éléments développés aux points 7 et 9 que la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de H.
11. Enfin, compte tenu des éléments exposés au point 7 et alors que la circulaire du 28 novembre 2012 n'est pas utilement invocable dès lors qu'elle ne contient que des orientations générales seulement destinées à éclairer les préfets dans l'exercice du pouvoir d'appréciation dont ils disposent, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que H ne justifiait ni de circonstances humanitaires ni de motifs exceptionnels de nature justifier une admission exceptionnelle au séjour. L'expérience et les qualifications de la requérante ne sont pas davantage de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en lui refusant une admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, H n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale du fait de cette illégalité.
13. En second lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ".
14. H n'établit pas avoir fait l'objet du contrôle médical d'usage ni avoir présenté, à la date des décisions litigieuses, un contrat de travail visé par l'autorité compétente pour bénéficier du certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " salarié ". Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire serait illégale dès lors qu'elle réunissait les conditions pour se voir octroyer un titre de séjour de plein droit ne peut qu'être écarté.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. / 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ".
16. Eu égard aux éléments développés aux points 7 et 9 du présent jugement, H n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 3-1 ou celles de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions fixant à trente jours le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
17. La requérante n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à soutenir que les décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination seraient illégales du fait de ces illégalités.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, doivent être rejetées.
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G épouse E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G épouse E et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Leravat, conseillère,
Mme de Tonnac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
A. de Tonnac
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026