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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406328

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406328

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 4ème chambre
Avocat requérantLABARTHE AZÉBAZÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, au greffe du tribunal administratif de Grenoble et transmise au tribunal administratif de Lyon par ordonnance du 25 juin 2024 et par un mémoire enregistré le 25 septembre 2024 M. C B, représenté par Me Labarthe Azébazé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et prononcé une interdiction de territoire français d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- l'arrêté n'est pas motivé et a été pris sans examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'arrêté ne pouvait être pris alors qu'une demande de titre de séjour est en cours d'instruction ;

- l'arrêté méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément, magistrat désigné,

- et les observations de M. B qui maintient ses moyens et conclusions ; il précise qu'il est en attente de rendez-vous pour faire une demande de titre de séjour.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant tunisien, est entré en France en 2019. Par un arrêté du 13 juin 2024, le préfet de la Haute-Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de territoire français d'un an. M. C B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Haute-Savoie a donné à M. D A, directeur des relations avec les collectivités locales, délégation pour signer tous actes à l'exception de décisions limitativement énumérées parmi lesquelles ne figurent pas celles relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions en litige comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Savoie n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant d'édicter ses décisions au regard des éléments portés à sa connaissance. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Et aux termes de l'article 51 de la même charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

6. D'autre part, selon les termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Ces dispositions sont issues de dispositions de la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité qui ont procédé à la transposition, dans l'ordre juridique interne, des objectifs de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier. Elles ne prévoient pas de droit pour un étranger à être entendu dans le cadre de la procédure de prise d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français.

7. En l'espèce, il ressort des pièces au dossier que, suite à son interpellation, le requérant a été entendu, au cours de son audition par les services de la police nationale le 13 juin 2024, tant sur l'irrégularité de son séjour en France que sur la perspective de son éloignement du territoire français l'intéressé ayant alors précisé qu'il ne disposait d'aucun titre de séjour. Il ressort également des pièces produites par la préfecture que M. B a été informé que l'autorité préfectorale était susceptible, après analyse de ses déclarations relatives à ses conditions d'entrée et de séjour en France de mettre en œuvre une mesure d'éloignement à son encontre. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, que M. B tient des principes généraux du droit de l'Union européenne et qui est notamment énoncé par les dispositions précitées de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

8. En cinquième lieu, M. B, célibataire et sans enfant, né en 1993, qui indique être entré en France en 2019, se prévaut de la présence de son frère en France mais n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Tunisie où il a résidé jusqu'à son entrée en France. Dans ces conditions, en dépit de ce que M. B exerce un emploi, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. En sixième lieu, si le requérant invoque une méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, en tout état de cause, alors qu'il n'est pas établi que le requérant aurait fait une demande de titre, le préfet n'était pas tenu de se prononcer sur une admission exceptionnelle au séjour du requérant avant de prendre l'arrêté en litige.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 juin 2024 du préfet de la Haute-Savoie présentées par M. C B doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Haute-Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

M. ClémentLe greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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