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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406331

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406331

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juin 2024, M. C E demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 26 juin 2024 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé d'une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros par application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen préalable sérieux de sa situation personnelle ;

- cette décision est disproportionnée.

Le préfet du Puy-de-Dôme a produit des pièces qui ont été enregistrées le 1er juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 2 juillet 2024, Mme B a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Naili, avocat de M. E, qui a conclu aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutenu, en outre, que l'arrêté attaqué porte au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- les observations de M. E,

- les observations de M. Iririra Nganga, avocat du préfet du Puy-de-Dôme, qui a conclu au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 15 novembre 1996, déclare être entré en France en 2017 ou 2018. Le préfet du Puy-de-Dôme a pris à son encontre, le 9 octobre 2020, une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'une durée de six mois et d'une assignation à résidence dont il n'a pas respecté les prescriptions. Ce même préfet a, par une décision du 6 septembre 2021, prolongé l'interdiction de retour d'une durée de six mois et a à nouveau assigné à résidence M. E, lequel n'a toutefois pas davantage respecté les obligations de pointage. Par des décisions du 1er juin 2022, le préfet du Puy-de-Dôme a pris à l'encontre de M. E une nouvelle obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pendant six mois et d'une assignation à résidence. La durée de cette interdiction de retour a été prolongée de dix-huit mois par un arrêté du Puy-de-Dôme du 9 mai 2024 portant également assignation à résidence, dont la légalité a été confirmée par un jugement n°2401059 du magistrat désigné du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

2. M. E a été interpellé et placé en garde à vue le 24 juin 2024 pour des faits de conduite sous l'emprise de stupéfiants. Le préfet du Puy-de-Dôme a, par l'arrêté attaqué du 26 juin 2024, prolongé l'interdiction de retour prononcé à son encontre, d'une durée totale de deux ans, de deux années supplémentaires, la portant à quatre ans. Le même jour, M. E a été placé en rétention administrative deLyon.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D A, directrice de la citoyenneté et de la légalité, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 30 mai 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué fait mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée, qui n'avait pas à faire figurer l'ensemble des éléments ayant trait à la situation personnelle du requérant ou ceux qu'il aurait invoqués notamment durant son audition, aurait été prise sans examen préalable sérieux.

7. En quatrième lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. E, qui réside irrégulièrement sur le territoire français depuis qu'il y est entré, selon ses déclarations en 2017 ou 2018, fait valoir qu'il y dispose de ses attaches privées et familiales[SA1], alors qu'il est dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, l'Algérie. Il invoque en particulier la présence de sa mère chez laquelle il est hébergé, de sa sœur et de sa fille, de nationalité française, âgée de deux ans. Il fait aussi état d'une promesse d'embauche. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. E, qui se maintient en situation irrégulière depuis plusieurs années au mépris de plusieurs mesures d'éloignement prononcées à son encontre, n'exerce pas l'autorité parentale sur sa fille française, née de son union avec la cousine de son ex-épouse. A cet égard, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand relève, dans son jugement du 29 mars 2024 rendu sur saisine de la mère de l'enfant que M. E n'est aucunement investi dans la prise en charge de sa fille, et n'a produit aucun élément ni aucune explication concernant sa situation personnelle qui serait de nature à démontrer qu'il a l'intention et les moyens de s'investir à l'avenir utilement auprès d'elle. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué prolongeant la durée de l'interdiction de retour n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. L'arrêté attaqué n'est, pour les mêmes motifs, pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

9. En dernier lieu, selon le 1° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel l'arrêté attaqué a été pris : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

10. M. E se maintient irrégulièrement sur le territoire français au mépris de plusieurs mesures d'éloignement prises à son encontre, et n'a pas respecté les termes des assignations à résidence dont il a fait l'objet. Il n'exerce pas l'autorité parentale sur sa fille française âgée de deux ans, et n'établit pas s'être déjà investi dans son éducation de quelque manière que ce soit. M. E est, enfin, défavorablement connu des services de police, en dernier lieu pour conduite de véhicule sous l'emprise de cocaïne, amphétamines et méthamphétamines. Dès lors, quand bien même sa mère et sa sœur résideraient régulièrement sur le territoire français, et alors qu'il n'est pas établi que M. E serait dépourvu de toute attache en Algérie, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas, en prolongeant d'une durée de deux ans l'interdiction de retour visant le requérant pour la portée à une durée totale de quatre ans, entaché sa décision d'erreur d'appréciation ni méconnu les dispositions précitées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a prolongé d'une durée de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet, la portant à quatre ans.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024

La magistrate désignée,

A. B

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

[SA1]Je ne comprends pas '

N°2406331

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