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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2406339

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2406339

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2406339
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET DAUMIN COIRATON DEMERCIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés respectivement le 28 juin 2024, le 4 juillet 2024 et le 12 juillet 2024, la société SAS KOMPAI ROBOTICS représentée par Me Carreras demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'enjoindre aux Hospices civils de Lyon de lui communiquer le détail des notes sur les différents sous-critères ;

2°) d'annuler la décision du 21 juin 2024 des Hospices civils de Lyon rejetant son offre présentée dans le cadre de l'appel d'offres ouvert ayant pour objet les prestations de développement, installation et maintenance d'une solution intégrée de transport autonome des dispositifs médicaux nécessaires à l'activité des blocs opératoires dans le cadre du projet BAURéaLS pour l'Hôpital Lyon Sud, ainsi que la décision d'attribution prise au bénéfice du candidat attributaire ;

3°) de suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation de ce contrat ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre aux Hospices civils de Lyon, s'ils entendent poursuivre cette opération, de reprendre la procédure au stade du lancement de la consultation, et ce, dans le délai d'un mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jours de retard ;

5°) de mettre à la charge des Hospices civils de Lyon le versement de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a introduit la présente requête en référé sans avoir eu connaissance des motifs de rejet de son offre et en dépit de ses multiples relances en méconnaissance des dispositions de l'article R. 2181-2 et 3 du code de la commande publique ; le courrier rejetant son offre du 21 juin 2024 ne détaille pas les sous-critères de la note technique contrairement à ce qui était prévu dans le règlement de consultation ; l'absence du respect de ces dispositions constitue ainsi un manquement aux obligations de transparence et de mise en concurrence et, à défaut pour les Hospices civils de Lyon d'apporter l'ensemble des éléments d'information sollicité dans un délai lui permettant de contester utilement la procédure, ce manquement est de nature à entrainer l'annulation de la décision contestée ; elle a dû attendre la saisine du tribunal pour pouvoir enfin obtenir la communication par écrit, le 5 juillet 2024, de l'ensemble de ses notes, ainsi que les motifs de ce rejet, la communication des motifs de refus de l'offre lui ayant permis de constater ainsi que les HCL s'étaient finalement trompés dans les notes qui avaient été attribuées à la société E-COBOT ;

- la mise en œuvre des critères et sous-critères est irrégulière en raison de leur imprécision ; ainsi, le premier critère " méthodologie " comporte deux sous-critères que sont " moyens mis en œuvre " et " planning global ", donne une pondération globale du critère (20%) et ne donnent pas la pondération des deux sous-critères ; de même, le deuxième critère " adéquation au besoin logistique et performance de la solution technique " comporte 4 sous-critères que sont " sécurité ", " rapidité ", " encombrement " et " fiabilité ", donne la pondération globale du critère (20%) sans donner la pondération des 4 sous-critères ; le troisième critère " niveau et qualité des prestations associées sur la durée du contrat " comporte lui aussi six sous-critères " gestion des évaluations ", " maintenance ", " assistance ", " formations ", " continuité de service ", " capacité d'accompagnement au déploiement de la solution ", et si les HCL donnent la pondération globale du critère (20%), ils ne donnent pas la pondération des 6 sous-critères ; en tout état de cause, l'acheteur ne donne pas la pondération ainsi que la hiérarchisation de l'ensemble des sous-critères qui composent la note technique, qui doivent être regardés comme ayant constitués des critères de sélection, cette pondération et cette hiérarchisation auraient dû être portées à la connaissance des différents candidats ; ce manquement au principe de transparence des procédures est susceptible de l'avoir lésée et entraine l'annulation de la procédure de passation ;

- son offre a été dénaturée, les Hospices civils de Lyon ne l'ayant pas lu de manière complète et objective, cette altération erronée de son offre violant ainsi les principes d'égalité de traitement des candidats ; en effet :

* la méthodologie a été notée 5/20, alors qu'elle est détaillée et conforme aux normes ISO 21500:2021, que le mémoire technique inclut une description exhaustive de la gestion de projet, un planning global, des ressources affectées et des exemples de projets réussis ;

* concernant le critère de l'adéquation aux besoins logistiques et performances de la solution technique pour lequel elle a eu la note de 5/20 :

- les HCL ont reproché l'absence de simulations de flux et étude chiffrée alors que le CCTP stipule que cette étude doit être réalisée pendant l'exécution du marché, et non au moment de la soumission de l'offre, et qu'il était infaisable de fournir cette étude au moment du dépôt de l'offre ;

- s'agissant de la confusion entre les modèles de robots, les HCL ont signalé une confusion entre l'embase robuLAB et le KOMPAÏ delivery, alors qu'elle explique qu'elle utilise le KOMPAÏ delivery Top Module+, et que le robuLAB est mentionné uniquement pour démontrer ses capacités antérieures, une lecture attentive du mémoire technique aurait ainsi évité cette confusion ;

- s'agissant de la mention des gares et interface avec les échelles, les HCL ont critiqué l'absence de détails sur ces points alors qu'elle a fourni des schémas techniques détaillés et une illustration 3D de l'embase dans leur mémoire technique, illustrant également clairement les gares et l'interface avec les échelles ;

- s'agissant du détail du système de navigation, les HCL lui ont reprochée un manque de détail sur le système de navigation alors que leur mémoire technique décrit ce système en détail, complété par plusieurs annexes et des vidéos explicatives ;

* concernant le critère de la maintenance et support, noté 15/20, elle conteste cette notation alors que le mémoire technique détaille adéquatement le processus de maintenance et de support sur sept pages, que leur système de gestion des appels et des demandes de support, bien que les standardistes ne soient pas des spécialistes de la robotique, est conforme aux pratiques courantes, comme par exemple les urgences médicales

Par un mémoire enregistré le 11 juillet 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 15 juillet 2024, les Hospices civils de Lyon, représentés par Me Daumin, concluent au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société SAS KOMPAI ROBOTICS du versement d'une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont communiqué les notes globales et le classement des offres dès la lettre de rejet, ont donné des renseignements complets et exacts au téléphone, notamment sur la notation obtenue critère par critère, et ont adressé un courrier notifié au requérant le 5 juillet 2024, dans lequel ils ont détaillé non seulement les notes attribuées à l'offre, mais également la motivation de ces dernières, répondant ainsi aux dispositions de l'article R. 2181-4 du code de la commande publique ;

- le règlement de consultation annonçait les critères, aucun sous critère n'était envisagé et aucune pondération n'était à prévoir, la succession de mots à l'intérieur d'un même critère n'étant en réalité que l'annonce des éléments d'appréciation permettant au pouvoir adjudicateur d'attribuer des notes par critère ;

- l'offre de la société requérante n'a pas été dénaturée.

Les Hospices civils de Lyon ont produit les mémoires techniques des sociétés Kompaï Robotics et E-Cobot, sur le fondement de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, un mémoire distinct enregistré le 15 juillet 2024 demandant que ces pièces soient soustraites au contradictoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Segado, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 16 juillet 2024 à 9 heures 30, au cours de laquelle, ont été entendus :

- le rapport de M. Segado, vice-président,

- Me Carreras, pour la société SAS KOMPAI ROBOTICS qui a repris ses observations écrites en précisant, concernant la formation, que les remarques formulées dans le mémoire en défense n'étaient pas exposées dans la décision de rejet et le courrier de communication des motifs du rejet, que les formations, leurs montants chiffrés, les nombres d'heures et le prix des formations, étaient détaillés dans le mémoire technique et la lettre financière renvoyait aux pages de ce mémoire technique traitant de la formation, que les HCL pouvaient demander plus de détails de son offre comme le prévoit le règlement de consultation ;

- Me Daumin, pour les Hospices civils de Lyon qui a repris leurs observations écrites.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L.551-1 du code de justice administrative : "Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, ou la délégation d'un service public./ Le juge est saisi avant la conclusion du contrat". En vertu des dispositions précitées, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l'opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésé ou risquent de le léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente.

2. Les Hospices civils de Lyon (HCL) ont lancé un appel d'offres ouvert ayant pour objet les prestations de développement, installation et maintenance d'une solution intégrée de transport autonome des dispositifs médicaux nécessaires à l'activité des blocs opératoires dans le cadre du projet BAURéaLS pour l'Hôpital Lyon Sud, selon les dispositions des articles L. 2124-2 et R. 2124-2, R. 2161-2 à R. 2161-5 du code de la commande publique. Cet appel d'offres porte sur un accord mono-attributaire, conclu à prix global et forfaitaire, intégrant trois marchés subséquents : le 1er marché subséquent concerne la phase développement et études détaillées, le 2ème marché subséquent concerne la phase fabrication, installation et mise en service de la flotte de robots, le 3ème marché subséquent interviendra après la réception des installations et concerne le contrat de maintenance pour une durée de 5 ans, renouvelable une fois 5 ans. La société SAS KOMPAI ROBOTICS, qui s'est portée candidate à cet appel d'offres, a été informée du rejet de son offre par un courrier du 21 juin 2024 et du nom de l'attributaire. La société requérante demande au juge des référés d'annuler cette décision de rejet ainsi que la décision prise au bénéfice du candidat attributaire, de suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation de ce contrat, d'enjoindre aux Hospices civils de Lyon, s'ils entendent poursuivre cette opération, de reprendre la procédure au stade du lancement de la consultation, et entend ainsi obtenir l'annulation de la procédure de passation de ce marché.

3. En premier lieu, pour assurer le respect des principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, l'information appropriée des candidats sur les critères d'attribution d'un marché public est nécessaire, dès l'engagement de la procédure d'attribution du marché, dans l'avis d'appel public à concurrence ou le cahier des charges tenu à la disposition des candidats. Dans le cas où le pouvoir adjudicateur souhaite retenir d'autres critères que celui du prix, il doit porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation de ces critères. Il doit également porter à la connaissance des candidats la pondération ou la hiérarchisation des sous-critères dès lors que, eu égard à leur nature et à l'importance de cette pondération ou hiérarchisation, ils sont susceptibles d'exercer une influence sur la présentation des offres par les candidats ainsi que sur leur sélection et doivent en conséquence être eux-mêmes regardés comme des critères de sélection. Il n'est, en revanche, pas tenu d'informer les candidats de la méthode de notation des offres.

4. Le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.

5. Il résulte de l'instruction que le règlement de consultation en cause énonçait en son article 3 intitulé " Examen des offres ", que l'appréciation de l'offre économiquement la plus avantageuse s'opère en fonction de 3 critères techniques et un critère portant sur le coût global de la solution, pondérés, et définis comme suit : " Méthodologie projet, moyens mis en œuvre et planning global " pondéré à 20%, " Adéquation au besoin logistique et performances (sécurité, rapidité, encombrement, fiabilité) de la solution technique " pondéré à 20%, " Niveau et qualité des prestations associées sur la durée du contrat : gestion des évolutions, maintenance, assistance, formations, continuité de service, capacité d'accompagnement au déploiement de la solution " pondéré à 20%, et " Coût global de la solution sur la durée du contrat " pondéré à 40 %. Contrairement à ce qu'allègue la société requérante, les trois critères techniques étaient suffisamment précis et détaillaient pour chacun d'eux, les éléments d'information à fournir au pouvoir adjudicateur en vue de l'évaluation de chacun de ces trois critères. Les informations ainsi mentionnées pour chacun de ces trois critères techniques constituaient, non pas des sous-critères constitutifs de critères de sélection pour lesquels les Hospices civils de Lyon auraient omis d'indiquer leur pondération et leur hiérarchisation comme l'allègue la société requérante, mais uniquement des éléments d'appréciation permettant au pouvoir adjudicateur d'évaluer et d'attribuer la note de chacun de ces trois critères techniques. Ainsi, la SAS KOMPAI ROBOTICS n'est pas fondée à soutenir que les HCL n'auraient pas respecté le principe de transparence des procédures en ne donnant pas la pondération ainsi que la hiérarchisation de l'ensemble des sous-critères qui composent chacun des trois critères composant la note technique, et en ne portant pas à la connaissance des différents candidats cette pondération et cette hiérarchisation.

6. En deuxième lieu, il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en en méconnaissant ou en en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.

7. La SAS KOMPAI ROBOTICS soutient que son offre a été dénaturée, que les Hospices civils de Lyon n'ont pas lu de manière complète et objective son offre, et que cette altération erronée de son offre méconnait ainsi les principes d'égalité de traitement des candidats.

8. Tout d'abord, elle allègue, à l'appui de ses allégations, que le critère relatif à la méthodologie a été noté 5/20, alors que, contrairement à ce qu'exposent les HCL, elle est détaillée et conforme aux normes ISO 21500:2021, que le mémoire technique inclut une description exhaustive de la gestion de projet, un planning global, des ressources affectées et des exemples de projets réussis. Toutefois, il résulte de l'instruction que, comme il a été dit précédemment, l'appel d'offre comportait trois phases, la phase développement et études détaillées, la phase fabrication, installation et mise en service de la flotte de robots, la dernière phase étant relative au contrat de maintenance intervenant après la phase de réception. Comme l'ont relevé les HCL, le planning produit par la société requérante ne porte que sur le planning strictement limité à la phase 1 conception, n'offrant pas un planning global, contrairement à la société E-Cobot qui a transmis trois macro plannings prévisionnels, le premier relatif à la phase conception comme la société requérante, le second relatif à la phase 2 acquisition, et le dernier intitulé " synthèse planning " affichant le planning global, et il ne résulte pas de l'instruction que les HCL auraient dénaturé l'offre de la société requérante sur point. Il résulte également de l'instruction que, pour estimer que les moyens dédiés au projet étaient limités, les HCL ont examiné les ressources affectées par la société requérante au projet, en tenant compte des moyens humains pour ce projet mentionnés dans le mémoire technique de la société requérante, soit les neuf personnes de la société tels que mentionnés de manière générale dans le mémoire technique, ainsi que le fait qu'elle ferait appel à des moyens humains de la société PGES pour renforcer ses ressources humaines, ainsi que des sociétés Lantegi Batuak, IDEX et Teamnet, en relevant, sans dénaturer le dossier d'offre, que la lettre d'engagement de la société PGES datait du 23 mai 2023 et concernait un appel d'offres précédent lancé par le GCS UniHA, la lettre d'engagement de la société IDEX datait du 31 mai 2023 et était adressée au GCS UniHA, et que la lettre d'engagement de la société Teamnet datait du 30 mai 2023 et était adressée à RESAH (RÉSeau des Acheteurs Hospitaliers qui pilote des groupements de commandes). Il ne résulte pas de l'instruction, alors qu'il n'appartient pas au juge des référés de se prononcer sur l'appréciation portée par les HCL concernant la valeur de l'offre au regard de ce critère technique, qu'en estimant, au vu du mémoire technique produit et des éléments exposés ci-dessus, que la méthodologie pour la phase de conception, exposée sur six pages de manière générale, était en l'espèce peu détaillée par rapport aux prestations attendues par les HCL et n'apparaissait pas adaptée à ses besoins, que les moyens dédiés au projet apparaissaient limités et que le planning global n'avait pas été trouvé dans l'offre de la société requérante lui faisant perdre immanquablement des points, les HCL auraient dénaturé le contenu de l'offre de la SAS KOMPAI ROBOTICS .

9. Ensuite, s'agissant du critère technique de l'adéquation aux besoins logistiques et performances de la solution technique pour lequel elle a eu la note de 5/20, les HCL ont estimé que le mémoire technique était difficile à comprendre, en relevant qu'il manquait dans l'offre de la société requérante notamment des simulations de flux ou d'étude chiffrée pour évaluer la flotte et les contraintes d'espaces liées au bâtiment, qu'une certaine confusion entre embase robuLAB et Delivery dans l'offre avait desservi la compréhension de la solution, et que la solution proposée était par ailleurs incomplète, aucune mention des gares, de détail sur l'interface avec échelle ou encore de détail du système de navigation n'était mentionné. La société requérante fait valoir, concernant les manquements relatifs aux simulations de flux ou d'étude chiffrée et à l'absence de mentions de gares et de détail sur l'interface avec les échelles, que le CCTP stipulait que l'étude de flux et programmation devait être réalisée pendant l'exécution du marché en décembre 2024, et non au moment de la soumission de l'offre, et que ce même CCTP prévoyait que l'étude robot devait être réalisée en septembre 2024. Elle soutient en outre qu'elle a fourni des schémas techniques détaillés et une illustration 3D de l'embase dans son mémoire technique, illustrant également clairement les gares et l'interface avec les échelles. Elle expose également qu'elle expliquait dans son offre qu'elle utilise le KOMPAÏ delivery Top Module+, et que le robuLAB est mentionné uniquement pour démontrer ses capacités antérieures, une lecture attentive du mémoire technique aurait ainsi évité, selon elle, cette confusion. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les HCL ont entendu reprocher à la requérante l'absence de simulations exactes de flux ou de fournir une étude portant sur le dimensionnement des gares à l'aide de plans d'exécution relevant des prestations qui devaient être ainsi réalisées dans le cadre du marché. Les HCL ont entendu en l'espèce relever l'absence de mention de leur compréhension et l'impasse faite sur les contraintes du projet, en relevant ainsi que les robots proposés devaient être décrits dans la solution technique au regard de ces contraintes, (définition des zones de décélération à l'approche d'un obstacle, les emplacements ou définition des scrutateurs de sécurité, la technologie choisie pour contourner les obstacles) et en constatant l'absence dans le mémoire technique d'éléments comme les zones de danger et d'accès restreint, la description d'un croisement entre robots, rendant ainsi selon les HCL, difficile la compréhension de l'offre. Il n'apparaît pas que les HCL ont dénaturé ou altéré l'offre de la société requérante sur ces points comme il ne résulte pas davantage de l'instruction que le pouvoir adjudicateur a dénaturé le contenu de l'offre de la société requérante au sujet de la prise en compte du matériel robuLAB, matériel mentionné particulièrement dans la liste des projets réalisés et technologies de la société mais non proposé dans le cadre de l'offre, et de la prise en compte du matériel KOMPAÏ delivery Top Module+, qui était proposée dans l'offre comme solution et pour lequel les HCL font état de la difficulté pour la société requérante à décrire ce matériel par rapport au projet, la description de ce matériel se présentant, selon eux, comme un catalogue sans effort particulier de compréhension par rapport aux caractéristiques et contraintes du projet sans estimation du nombre de robots envisagés. Si la société requérante soutient enfin que, s'agissant du détail du système de navigation, le mémoire technique décrit ce système en détail au paragraphe 2.3.3, complété par plusieurs annexes et des vidéos explicatives, et l'ergonomie des logiciels étant exposé au paragraphe 7.1, il ne résulte pas également de l'instruction qu'en estimant que le système de navigation décrit dans le mémoire technique, dont fait état la société requérante et qui a été pris en compte par l'autorité attributaire dans l'appréciation de la valeur de l'offre sur ce point, n'était pas détaillé et était lacunaire, les HCL ont dénaturé l'offre de la SAS KOMPAI ROBOTICS. Il n'apparaît pas ainsi que l'offre de la société requérante concernant ce critère " de l'adéquation aux besoins logistiques et performances de la solution technique " a été dénaturée par les HCL.

10. Enfin, s'agissant du critère de la maintenance et support, noté 15 sur 20, les HCL ont estimé que l'offre de maintenance est globalement complète et adaptée, mais peu détaillée, que l'offre répond au programme, mais qu'il a été noté par exemple que les appels ou mails pour des demandes d'intervention aboutissaient chez des opérateurs qui n'étaient pas des spécialistes de la robotique. Dans ses écritures en défense, les HCL ont relevé également s'agissant du détail de l'offre sur la maintenance, qu'outre l'intervention en première ligne d'opérateurs qui n'étaient pas des spécialistes de la robotique et qu'ils qualifient d'inadaptée au projet, l'offre de la SAS KOMPAI ROBOTICS était très réduite pour ce qui concerne la formation et la maintenance. La société requérante conteste cette notation au motif que, selon elle, le mémoire technique détaille adéquatement le processus de maintenance et de support sur sept pages, que leur système de gestion des appels et des demandes de support, bien que les standardistes ne soient pas des spécialistes de la robotique, est conforme aux pratiques courantes, comme par exemple les urgences médicales. Toutefois, il résulte de l'instruction que, même si elle avait obtenu sur ce troisième critère technique la note de 20 sur 20, et non la note de 15 sur 20 qui lui a été attribuée, sa note globale serait passée à 70 et serait ainsi restée inférieure à celle de la société E-Cobot évaluée à 80,05. Le manquement, à le supposer établi, n'est donc pas, en tout état de cause, susceptible de l'avoir lésée.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre. ". Aux termes de l'article R. 2181-2 dudit code : " Tout candidat ou soumissionnaire dont la candidature ou l'offre a été rejetée peut obtenir les motifs de ce rejet dans un délai de quinze jours à compter de la réception de sa demande à l'acheteur. ". Aux termes de l'article R. 2181-3 de ce code : " La notification prévue à l'article R. 2181-1 mentionne les motifs du rejet de la candidature ou de l'offre. Lorsque la notification de rejet intervient après l'attribution du marché, l'acheteur communique en outre : 1° Le nom de l'attributaire ainsi que les motifs qui ont conduit au choix de son offre ; 2° La date à compter de laquelle il est susceptible de signer le marché dans le respect des dispositions de l'article R. 2182-1. ". Aux termes de l'article R. 2181-4 de ce même code : " A la demande de tout soumissionnaire ayant fait une offre qui n'a pas été rejetée au motif qu'elle était irrégulière, inacceptable ou inappropriée, l'acheteur communique dans les meilleurs délais et au plus tard quinze jours à compter de la réception de cette demande :

1° Lorsque les négociations ou le dialogue ne sont pas encore achevés, les informations relatives au déroulement et à l'avancement des négociations ou du dialogue ; 2° Lorsque le marché a été attribué, les caractéristiques et les avantages de l'offre retenue. ".

12. Il résulte de l'instruction que les Hospices civils de Lyon ont notifié à la société requérante, par une lettre en date du 21 juin 2024, la décision de rejet de son offre. Ce courrier mentionnait le classement des offres, soit le classement en seconde position de son offre et le classement en première position de l'offre de la société E-Cobot, ainsi que leurs notes financières, techniques et globales, en indiquant dans cette notification, qu'elle s'imposait un délai de suspension de 11 jours avant la signature du marché public ou de l'accord cadre, à compter de l'envoi de cette notification, identifiant ainsi l'attributaire du marché. Si la société requérante fait valoir que le courrier rejetant son offre du 21 juin 2024 ne détaille pas les sous-critères de la note technique contrairement à ce qui était prévu dans le règlement de consultation, qu'elle a sollicité à plusieurs reprises la communication des motifs et qu'elle n'a pu avoir connaissance des sous critères de chacun des critères, il résulte de l'instruction que les Hospices civils de Lyon ont répondu à ces demandes d'information, par téléphone, puis par une lettre du 5 juillet 2024 notifiée ce même jour, cette lettre précisant les notes obtenues par l'intéressée et par l'attributaire du marché pour chacun des trois critères de la note technique, ainsi que les motifs détaillés de la notation de chacun de ces trois critères techniques. Par ailleurs, comme il a été dit précédemment, aucun des trois critères techniques était décomposé en sous-critère et il ne saurait être ainsi reproché aux HCL de ne pas avoir suffisamment informé des motifs de rejet du fait de l'absence de mention de sous-critères des critères techniques et des motifs relatifs à ces sous-critères. Enfin, si le courrier du 21 juin 2024 contenait une erreur sur la note globale pour les trois critères techniques de la société attributaire en mentionnant une note de 60 au lieu de 55, il résulte de l'instruction que la lettre du 5 juillet 2024 détaillant les motifs de rejet, a corrigé cette erreur en mentionnant qu'une erreur avait été commise concernant les notes de l'offre E-Cobot dans le courrier du 21 juin 2024, en précisant que la note globale obtenue pour ces trois critères techniques de cette offre était de 55 et non de 60, et en indiquant le détail de cette note, soit 20 pour le critère " Méthodologie projet, moyens mis en œuvre et planning global ", 15 pour le critère " Adéquation au besoin logistique et performances (sécurité, rapidité, encombrement, fiabilité) de la solution technique " et 20 pour le critère " Niveau et qualité des prestations associées sur la durée du contrat : gestion des évolutions, maintenance, assistance, formations, continuité de service, capacité d'accompagnement au déploiement de la solution ". Les informations ainsi communiquées à la société requérante par les Hospices civils de Lyon, les 21 juin et 5 juillet dernier, étaient suffisamment précises pour permettre à la société requérante de contester utilement le rejet de son offre, ce qu'elle a d'ailleurs fait dans le cadre de la présente procédure de référé. Par suite la société SAS KOMPAI ROBOTICS a fait une exacte application des dispositions précitées du code de la commande publique et n'a pas ainsi, s'agissant de ses obligations découlant de ces textes, manqué à ses obligations de publicité et de mise en concurrence.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête de la société SAS KOMPAI ROBOTICS doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, font obstacle à ce que soit mise à la charge des HCL qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par la SAS KOMPAI ROBOTICS. D'autre part, il n' y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les HCL sur le fondement de ces dispositions

ORDONNE

Article 1er : La requête de la SAS KOMPAI ROBOTICS est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par les Hospices civils de Lyon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société SAS KOMPAI ROBOTICS, aux Hospices civils de Lyon, et à la société E-Cobot.

Fait à Lyon, le 22 juillet 2024.

Le juge des référés,

J. SegadoLa greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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